Israël enterre ses jeunes soldats suite à l’attaque au camion bélier

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le 25 mars 2015 à Jérusalem (Menahem Kahana/AFP)
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Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé dimanche que Fadi al-Qunbar était un sympathisant du groupe jihadiste.  (Archives/Menahem Kahana/AFP)

Des centaines d’Israéliens ont assisté lundi aux enterrements des quatre soldats tués la veille à Jérusalem dans l’une des attaques les plus meurtrières des derniers mois qui confirme bien la persistance des tensions israélo-palestiniennes.

La dépouille du lieutenant Shir Hadjaj, dans un cercueil recouvert du drapeau à l’étoile de David, a été mise en terre parmi les hurlements de douleur des membres de sa famille et au milieu de centaines de soldats de son unité et de proches rassemblés dans le froid au cimetière du mont Herzl à Jérusalem.

« On pensait que tu ferais la Une des journaux pour un prix ou une invention. Mais, à la place aujourd’hui, dans les journaux, il y avait une bougie du souvenir pour toi », a dit auprès de sa tombe l’une de ses soeurs en faisant référence au rituel juif consistant à allumer une bougie à la mémoire des morts

La détresse a empêché la mère de Shir Hadjaj d’adresser une dernière fois la moindre parole à sa fille disparue à 22 ans. La veille, elle avait, selon la presse, envoyé un ultime message sur le téléphone de sa fille: « Ma chérie, ma vie, parle-moi s’il te plaît ».

Alarmée par les informations, elle ignorait encore que Shir Hadjaj, deux autres soldates, Shira Tzour et Yaël Yekoutiel, 20 ans, et un soldat, Erez Auerbach, 20 ans, avaient été fauchés par le camion lancé intentionnellement par le Palestinien Fadi al-Qunbar contre un groupe de soldats Israéliens en excursion sur l’un des points de vue les plus saisissants sur Jérusalem situé non loin du consulat des États-Unis.

Dix-sept soldats ont été blessés, et trois seraient en état critique. Fadi al-Qunbar a été abattu sur place.

Les soldats sont les premiers Israéliens tués depuis le 9 octobre dans une succession d’attaques palestiniennes qui, quasiment quotidiennes pendant des mois, se sont espacées en 2016, sans s’arrêter.

Les autorités israéliennes ont répondu à cet attentat comme aux autres par une série de mesures répressives.

La police a indiqué avoir arrêté neuf personnes, dont cinq membres de la famille de Fadi al-Qunbar, peu après l’attentat.

Cette famille se préparait à quitter sa maison, promise à la démolition punitive par Israël, a indiqué un cousin à l’AFP. En attendant, les forces de sécurité israéliennes ont détruit lundi la tente dressée traditionnellement pour le deuil devant chez lui, tout près des lieux de l’attaque, à Jérusalem-Est –partie palestinienne de Jérusalem annexée par Israël–, ont constaté les journalistes de l’AFP.

Les autorités israéliennes ont décidé de ne pas restituer le corps de Fadi al-Qunbar à sa famille, une autre mesure punitive fréquente.

Israël a par ailleurs décidé d’emprisonner sans procès ni détention toute personne qui s’identifierait avec le groupe Etat islamique (EI), a indiqué un officiel sous le couvert de l’anonymat.

« Illusion d’optique »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé dimanche que Fadi al-Qunbar était un sympathisant du groupe jihadiste.

Fadi al-Qunbar était certes religieux, comme toute la famille, « mais rien dans sa vie ne dit qu’il faisait partie de l’EI. Il n’a jamais pris contact avec l’EI et ne connaissait pas l’EI”, a assuré son cousin Mohammad.

M. Netanyahu n’a pas précisé sur quels éléments il se fondait. Il s’est employé ces derniers mois à inscrire les centaines d’attaques palestiniennes dans la même perspective que les attentats jihadistes, comme ceux commis en France ou en Allemagne.

Depuis le 1er octobre 2015, les violences dans les Territoires palestiniens et en Israël ont coûté la vie à 247 Palestiniens, 40 Israéliens, deux Américains, un Jordanien, un Erythréen et un Soudanais, selon un décompte de l’AFP.

La plupart des Palestiniens tués sont des auteurs ou auteurs présumés d’attaques anti-israéliennes, souvent commises par des jeunes isolés.

Le nouveau secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a condamné l’attaque de Jérusalem mais prévenu qu’elle ne devait pas décourager les efforts de relance des pourparlers de paix.

« La violence et le terrorisme n’apporteront pas de solution au conflit israélo-palestinien, au contraire (…) Ces actes ne devraient pas décourager les nouveaux engagements en faveur d’un dialogue » entre Palestiniens et Israéliens, a dit M. Guterres cité par le porte-parole de l’ONU Stephane Dujarric.

Contexte international

Peut s’ajouter à cette montée de tensions le plan polémique de Donald Trump de déplacer l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, ainsi que son appel aux ministres israéliens de droite d’annexer les territoires occupés par les palestiniens.

Le Premier ministre Netanyahu s’est prononcé sur la situation sur Twitter: « Nous, à Jérusalem, avons subi une attaque terroriste délibérée, une attaque meurtrière qui a pris la vie de quatre jeunes Israéliens et qui en a blessé d’autres. Ceci s’inspire directement de la tactique utilisé par l’EI que nous avons pu voir en France, puis en Allemagne et maintenant à Jérusalem. »

Aucun groupe ou individu n’a revendiqué cette attaque, et des Palestiniens sans liens avec l’EI ont déjà exécuté des attaques au camion bélier.

Selon The Guardian, le conducteur a été abattu par d’autres soldats et le guide du groupe alors qu’il dirigeait de nouveau son camion sur les morts et les blessés.

L’organisation islamique du Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, a félicité le jeune Palestinien dans un tweet: « Nous bénissons l’opération héroïque et courageuse du camion de Jérusalem, qui vient dans le cadre de la réponse naturelle aux crimes de l’occupation israélienne. »

Selon le site médiatique Al Bawaba, des images montrant des jeunes individus célébrant l’attaque qui distribuait des sucreries dans Gaza et dans le camp de réfugié de Jalil au Liban ont été partagées sur Facebook.

Le gouvernement Israélien maintient que les causes principales de cette violence provient de l’incitation des dirigeants Palestiniens, qui encouragent les jeunes hommes à attaquer les soldats et civils Israéliens, rapporte The Guardian,

Possible rapprochement avec l’Europe?

De nombreux pays européens, comme l’Allemagne et la France, se sont considérablement distancés d’Israël ces dernières années, mais avec la vague de violences qui traverse l’Europe depuis les deux dernières années, de plus en plus d’experts européens tentent de s’inspirer des mesures de sécurité anti-terroristes israéliennes.

Selon Le Monde, c’est ce savoir-faire israélien qui intéresse désormais les capitales européennes depuis l’attentat qui a frappé l’aéroport de Bruxelles-Zaventem, mardi 22 mars.

Aujourd’hui reconverti dans l’analyse de risques, Shlomo Hornoy, qui fut directeur du département de la sécurité aéroportuaire pour le Shin Bet (les services secrets intérieurs israéliens) jusqu’en 2003, confirme des contacts de plus en plus réguliers avec des responsables d’aéroports européens. « Israël a malheureusement une longue expérience dans le domaine du terrorisme », relève-t-il. »

Avec la réponse de l’Allemagne à l’attaque de dimanche, un rapprochement pourrait donc être possible.

*Avec AFP