La suspension du vice-amiral Norman n’aurait «rien à voir avec la sécurité», selon Sajjan

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Au défilé de fin d'année du CMR Saint-Jean, le 21 mai 2016, le vice-amiral Norman en conversation avec un élof. À l'arrière plan, le major Camapgna, du CMT-SJ.(Jacques N. Godbout/45eNord.ca)
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Au défilé de fin d’année du CMR Saint-Jean, le 21 mai 2016, le vice-amiral Norman en conversation avec un élof. À l’arrière plan, le major Camapgna, du CMT-SJ.(Jacques N. Godbout/45eNord.ca)

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a assuré que la suspension soudaine la semaine dernière du numéro deux de l’état-major militaire canadien n’avait «rien à voir avec la sécurité nationale», rapporte le journaliste de La Presse Canadienne Lee Berthiaume ce mardi.

Cette déclaration, qui vise probablement à rassurer les alliés, crée encore plus l’incertitude sur les raisons pour lesquelles le vice-amiral a été relevé de ses fonctions.

Le 16 janvier, dans un geste aussi inattendu que troublant, car sans aucune explication, le chef-d’état major de la Défense, le général Jonathan Vance, a relevé temporairement de ses fonctions son numéro 2, le vice-amiral Mark Norman.

Aucune explication n’a été fournie quant à la raison derrière la suspension du vice-amiral et mardi et, devant l’insistance de la presse pour en savoir plus et les rumeurs qui se sont mises immédiatement à se multiplier sur les réseaux sociaux, le général Vance s’est contenté de déclarer qu’il comprenait «qu’il y ait beaucoup de spéculations entourant les circonstances qui ont mené à [sa]décision concernant le vice-amiral Mark Norman», mais que « pour des raisons de confidentialité, [il était] incapable de fournir des informations supplémentaires».

Des responsables de la Défense nationale ont aussi indiqué le même jour que le vice-amiral ne faisait toutefois pas fait l’objet d’une enquête criminelle par les Forces armées canadiennes, mais on apprenait plus tard que la GRC, elle, avait ouvert une enquête.

Selon plusieurs médias canadiens, la suspension du vice-amiral Norman serait lié à des fuites présumées d’informations hautement classifiées, même s’il n’est pas clair à qui aurait pu profiter ces informations. Si le haut-gradé n’est pas l’objet d’une enquête des Forces, il serait toutefois l’objet d’une enquête criminelle de la Gendarmerie royale du Canada pour avoir divulguer des informations sensibles sur les plans de construction navale de la Marine pour remplacer les frégates et les destroyers.

La machine à « spéculations »

Devant l’absence d’information, les spéculations se poursuivent vont bon train. Citant une source anonyme, le quotidien The Globe and Mail écrivait la semaine dernière que la décision découlait d’une enquête portant sur une présumée fuite de documents secrets touchant la stratégie de construction navale.

Le vice-amiral Norman a été totalement impliqué dans la stratégie navale durant ses trois années à titre de commandant de la Marine royale canadienne avant de devenir vice-chef d’état-major de la Défense en août.

C’est lui qui notamment tracé une nouvelle voie pour la majeure partie de la stratégie sur la construction navale portant sur le remplacement de contre-torpilleurs et de frégates de la Marine royale, et il ne s’était pas gêné pour se plaindre des nombreux retards et dépassements de coûts dans la construction des navires destinées à la marine canadienne.

Le gouvernement fédéral a finalement lancé officiellement en octobre un concours pour choisir d’ici l’été le concept des nouveaux navires dont la construction devrait débuter à Halifax au début des années 2020. D’où l’importance de savoir s’il y a un lien ou non entre la suspension de Mark Norman et le processus d’appel de propositions pour évaluer si un avantage indu a été accordé à l’une des entreprises impliquées dans le processus.

L’absence d’explications a suscité les critiques de la presse et des partis de l’opposition, qui ont affirmé que les Canadiens étaient en droit de savoir s’il y avait eu un risque potentiel à la sécurité nationale.

Le critique conservateur en matière de défense, James Bezan, commentant le fait que les Forces armées canadiennes et la Défense nationale n’avaient pas fourni de «raison» pour justifier l’expulsion provisoire du vice-amiral, a déclaré que «cette situation est sans précédent et il est étrange que le gouvernement et les militaires ne fournissent aucun détail».

«Nous nous attendons à ce que le gouvernement prennent toutes les précautions nécessaires quand il y va la sécurité nationale, tout en protégeant la vie privée des personnes impliquées. Cependant, lorsqu’une décision de cette envergure est rendue, les Canadiens méritent d’être tenus au courant», a encore ajouté M. Bezan.

Les médias canadiens abondent aussi dans le même sens, l’équipe éditoriale du Citizen, entre autres, écrivait le jour où le Canada apprenait la nouvelle: «L’armée et le ministre doivent fournir plus de détails aussi rapidement que possible. Si le vice-amiral Norman est irréprochable, il est injuste de le soumettre ainsi à la rumeur. Et, si quelque chose de grave s’est produit – ou est soupçonné -, il est injuste pour les Canadiens de rester muets».

Pas une question de sécurité nationale

Voilà maintenant que, tout en refusant de dire pourquoi le chef d’état-major de la défense, Jonathan Vance, a suspendu M. Norman, le ministre Sajjan précise au moins cette semaine qu’il ne s’agissait pas d’une question de sécurité nationale.

Pourtant, le 16 janvier, dans une bref déclaration envoyée aux médias, le ministre de la Défense nationale Harjit Sajjan avait indiqué appuyer «pleinement la décision prise par le CEMD de relever le VCEMD de l’exercice de ses fonctions militaires».

Alors, la suspension du vice-amiral Norman ? Pas d’enquête criminelle des Forces armées canadiennes, pas liée des fuites d’information. Goutte à goutte, on nous apprend ce qu’il n’en est pas, mais les entreprises et les Canadiens veulent plutôt savoir, eux, ce qu’il en est.

Entre temps, avec ce genre de déclarations qui vise à rassurer les alliés et les entreprises, la machine à rumeurs risque de s’emballer encore davantage.