L’arrestation en France d’un ancien rebelle kosovar menace le fragile dialogue Serbie/Kosovo

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Kosovo: un tribunal pour crimes de guerre ouvrira à La Haye pour juger les crimes de guerre commis par des membres de la guérilla indépendantiste kosovare albanaise (UCK). (pbosnia-kentlaw-edu)
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Les Serbes veulent juger Ramush Haradinaj, ex-haut responsable de l’Armée de libération du Kosovo (UCK), la guérilla indépendantiste kosovare albanaise. (Archives/pbosnia-kentlaw-edu)

L’arrestation en France de l’ancien rebelle kosovar Ramush Haradinaj menace le fragile dialogue amorcé par la Serbie et le Kosovo, suscitant une tension inédite depuis 2013.
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Mise à jour du 12/01/2017

La justice française a ordonné jeudi la remise en liberté de l’ancien chef rebelle kosovar Ramush Haradinaj, arrêté la semaine dernière à l’aéroport de Bâle-Mulhouse à la demande de la Serbie, tout en le plaçant sous contrôle judiciaire pour qu’il reste en France en attendant la suite de la procédure.

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Les Serbes veulent juger cet ex-haut responsable de l’Armée de libération du Kosovo (UCK), brièvement Premier ministre en 2004-05, qu’ils soupçonnent de crimes de guerre sur des civils durant la rébellion contre les forces de Belgrade (1998-99).

Ce conflit, qui a fait 13.000 morts, a conduit à la séparation de cette ex-région yougoslave, majoritairement peuplée d’Albanais, puis à son indépendance en 2008, jamais reconnue par la Serbie.

Celle-ci a officiellement demandé mardi l’extradition de l’ex-guerillero aux Français qui l’ont arrêté le 4 janvier à l’aéroport de Bâle-Mulhouse (est) en vertu d’un mandat d’arrêt international. Un tribunal français doit examiner jeudi une demande de libération de Ramush Haradinaj, 48 ans.

Pour ses compatriotes, « Haradinaj est le Kosovo », « une légende vivante » de l’indépendance et de la lutte contre le régime de Slobodan Milosevic, comme le proclament, drapeaux du grand frère albanais au vent, ses centaines de partisans qui ont de nouveau manifesté mercredi dans plusieurs villes du pays malgré des températures négatives.

Manifestations au Kosovo et à l’étranger

Des centaines se sont notamment réunies à Djakovica (ouest), le fief de Ramush Haradinaj, acquitté en 2008 et 2012 par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY).

Des rassemblements se sont également tenus à l’étranger, près des ambassades de France à Tirana et Skopje, ainsi qu’à Vienne et Bruxelles.

Depuis son retour, Haradinaj est devenu un opposant politique au président Hashim Thaçi et un adversaire résolu de l’accord historique de 2013 sur la normalisation des relations avec Belgrade.

Ce dialogue fragile a permis des progrès en terme de coopération et aussi de circulation des personnes et des biens. Mais il n’a jamais rencontré un grand soutien populaire, imposé plutôt qu’il était par le volontarisme de responsables politiques sous la pression de l’Europe.

Il avance laborieusement, comme l’illustrent les réticences du Kosovo à mettre en place une association des municipalités où vit la minorité serbe (environ 100.000 personnes sur 1,8 million).

En octobre, avec le soutien de Belgrade, ses représentants ont suspendu leur participation aux travaux du gouvernement et du Parlement pour protester contre la nationalisation de la mine de Trpca qu’ils considèrent comme propriété serbe, dans le nord du Kosovo, toujours très tendu.

Le Kosovo et la Serbie souhaiteraient rejoindre l’Union Européenne mais Bruxelles a conseillé au deux pays de normaliser leurs relations avant de poursuivre leurs candidatures.

En réponse, les partis de l’opposition du Kosovo ont appelé à l’arrêt du dialogue avec les Serbes, dont l’UE est le médiateur.

Mardi, lors d’une session du Parlement kosovar sur l’affaire Haradinaj, l’opposition a demandé la suspension des « négociations avec la Serbie jusqu’à l’annulation de tous les mandats d’arrêt contre des chefs ou des membres » de l’UCK.

Vendredi, des manifestants d’ethnie albanaise de la ville de Gjakova – pour la plupart des familles de ceux tués par les forces serbes durant le conflit de 1998-1999 – ont caillassé un bus qui transportait des kosovars d’ethnie serbe en pèlerinage pour le réveillon de Noël orthodoxe, rapporte le Balkan Insight,

‘Bloquer les importations’

« La Serbie travaille ouvertement et quotidiennement à la destruction de l’Etat kosovar. Le gouvernement devrait bloquer immédiatement les importations depuis la Serbie », a réclamé le député Ismajl Kurteshi, du mouvement Vetevendosje qui a par le passé organisé des manifestations émaillées de violence contre la normalisation.

Représentant d’une majorité que l’affaire place dans une situation délicate, le Premier ministre kosovar Isa Mustafa estime la volonté des Serbes de juger Ramush Haradinaj « politiquement motivée, avec une tendance claire à encourager les tensions et les conflits ».

De son côté, la Serbie considère le Kosovo comme son berceau historique et affirme sa tutelle dans sa Constitution.

« La Serbie ne renoncera pas à poursuivre Haradinaj ni quiconque d’autre qui a commis des crimes contre le peuple serbe. Le peuple serbe comme tous les autres peuples mérite justice », a prévenu le ministre des Affaires étrangères Ivica Dacic.

Il a affirmé disposer d’informations sur des projets ourdis au sein de la diaspora albanaise pour occuper par la force des locaux diplomatiques serbes en Europe ou aux Etats-Unis. Pristina a démenti.

L’affaire Haradinaj intervient alors que doit se mettre en place en 2017 une cour de justice internationale destinée à juger les rebelles kosovars pour des crimes de guerre.

Parmi les spéculations sur les suspects possibles, figure Hashim Thaçi, dont le nom était apparu dans un rapport du Conseil de l’Europe en 2011.

*Avec AFP