Un an après l’attentat où périrent 6 Québécois: marche à Ouagadougou et hommage à Québec

La façade de l'hôtel Splendid, à Ouagadougou, a été touché par des tirs d'hommes armés, vendredi.
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La façade de l’hôtel Splendid, à Ouagadougou.

Environ 1.500 personnes ont marché silencieusement dimanche à Ouagadougou, en hommage aux victimes de l’attentat qui a fait 30 morts et plus de 70 blessés, le 15 janvier 2016 dans la capitale burkinabè et où six humanitaires de Québec ont été été tués dans cette attaque revendiquée par Al- Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

Les six Canadiens tués dans les attentats de Ouagadougou étaient des résidents de la région de Québec qui étaient partis au mois de décembre précédent pour faire de l’aide humanitaire en Afrique. Ils travaillaient avec une congrégation religieuse et le Centre Amitié de solidarité internationale de la région des Appalaches (CASIRA).

Le groupe était composé notamment d’une famille qui résidait à Lac-Beauport, le père, Yves Carrier, un professeur à la retraite, et sa conjointe Gladys Chamberland, qui travaillait au ministère des Ressources naturelles et de la Faune, et leurs enfants, Maude Carrier (belle-fille de Gladys), une enseignante de 37 ans et Charlelie Carrier, un jeune homme de 19 ans qui était toujours aux études. Les deux autres personnes avec eux étaient des proches de la famille, soit Louis Chabot et Suzanne Bernier.

Dimanche soir, il y aura une messe à l’église du Très-Saint-Sacrement de Québec à la mémoire des ces six Québécois qui ont perdu la vie dans l’attaque terroriste.

Lundi, les élèves et membres du personnel de l’école secondaire Cardinal-Roy, où ont travaillé Maude et Yves Carrier, ainsi que Louis Chabot, souligneront commémorerons à leur tour le tragique événement par plusieurs activités. commençant le matin par une minute de silence qui sera observée à 8h30.

Un prix qui porte le nom des Carrier et de Louis Chabot sera aussi remis à un élève qui s’est démarqué pour son engagement communautaire.

Enfin, il y aura une Journée vivre ensemble mardi à l’Assemblée nationale en hommage à la famille Carrier, la ministre québécoise des Relations internationales, Christine Saint-Pierre a déclaré aujourd’hui que le souvenir de l’événement est toujours douloureux un an plus tard.

La ministre québécoise a aussi affirmé que « l’événement de Ouagadougou est la preuve preuve qu’il faut mieux vivre ensemble ».

À Ouagadougou aujourd’hui

La marche à laquelle a notamment participé le Premier ministre burkinabè Paul Kaba Thiéba, s’est déroulée sur le lieu de l’Avenue Kwame N’Krumah où se trouvent l’Hôtel Splendid, le restaurant Cappuccino et le bar Taxi-Brousse, théâtres de l’attaque du commando djihadiste.

Marche silencieuse un an après l’attentat de Ouagadougou où 6 Québécois ont péri le 15 janvier 2016. (Twitter/Impact-SN)
Pour la plupart vêtus de blanc ou de noir, les participants ont marché dans un silence glacial avant d’assister à une sobre cérémonie présidée par le chef de l’État Roch Marc Christian Kaboré en présence de nombreux diplomates notamment de France, des États-Unis, du Canada, d’Italie ou des Pays-Bas, des pays qui ont perdu des ressortissants dans l’attaque.

Une stèle a été inaugurée sur le terre-plein central entre l’Hôtel Splendid et le restaurant Cappuccino où la majorité des victimes a perdu la vie.

Le 15 janvier 2016, un commando de trois assaillants a attaqué avec des armes automatiques des bars et hôtels du centre-ville de la capitale burkinabè Ouagadougou, tuant 30 personnes, majoritairement des étrangers et faisant 71 blessés.

L’attaque avait été revendiquée par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui l’avait attribuée au groupe Al-Mourabitoune de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar.

« C’est pour montrer à la face du monde qu’aucune concession ne doit être faite au terrorisme et aux terroristes que nous sommes rassemblés ici », a lancé, visage fermé, le président Kaboré.

« Le peuple du Burkina Faso, les familles et proches des victimes ainsi que les amis du Burkina Faso n’oublieront jamais toutes ces personnes arrachées à notre affection dans des conditions dramatiques », a poursuivi le président, appelant ses compatriotes à soutenir les forces de défense et de sécurité afin de vaincre « les ennemis de la démocratie et du développement ».

« La meilleure réponse à ces terroristes est de toujours prendre un avion, un train, un car voire un taxi de brousse ou de ville et venir déguster un cappuccino dans un Burkina Faso plus splendide et résilient », a lancé Pascal Lankoandé, le porte-parole des familles des victimes en jouant sur les noms des lieux des attaques meurtrières (Cappuccino, Splendid, Taxi-Brousse).

Certaines familles des victimes ont toutefois déploré le manque de soutiens psychologique et financier.

« Le traumatisme est permanent. Les rescapés adoptent un comportement qu’ils n’arrivent pas à s’expliquer. Cela suppose un accompagnement psychologique. Une détonation d’un pétard, d’une moto, le cri d’une personne et ces rescapés réagissent bizarrement. J’aurai souhaité qu’il y ait un suivi psychologique », a plaidé M. Lankoadé qui a perdu sa sœur cadette dans les attentats.

Le bar Taxi-Brousse et du Splendid Hôtel qui ont rouvert, le restaurant Cappuccino et l’hôtel Yibi sont toujours en travaux. Les responsables de ces établissements dénoncent le manque de soutien du gouvernement.

« Nous avons investi plus de 200 à 300 millions de francs CFA (300 à 450.000 euros) pour la réfection de la moitié de l’hôtel. Il nous reste 75 chambres à refaire », déplore Diakaridia Koné, le manager du Splendid, partiellement rouvert après six mois de fermeture.

Pays sahélien pauvre d’Afrique de l’Ouest jusque-là épargné par les attaques et enlèvements d’occidentaux, le Burkina est entré depuis avril 2015 dans un cycle d’enlèvements et d’attaques islamistes, surtout dans le nord du pays, frontalier du Mali et du Niger.

*Avec AFP


Attaque terroriste: c’était un 15 janvier à Ouagadougou/Radiodiffusion Télévision Burkina/15 janvier 2017)