Obama commue la peine de la lanceuse d’alerte Chelsea Manning

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Bradley Manning portant une perruque de femme et du maquillage sur une photo non datée fournie par l'armée américaine le 22 août 2013 (Photo: Archives/AFP)
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Bradley Manning est escorté, le 30 juillet 2013, à sa sortie de la cour martiale de Fort Meade, près de Washington (Photo: Archives/Saul Loeb/AFP)

À trois jours de son départ, le président américain Barack Obama a commué mardi la peine de Chelsea Manning, qui purgeait une peine de 35 ans pour avoir transmis des documents confidentiels à WikiLeaks et sera libérée le 17 mai.

La militaire transsexuelle, qui s’appelait auparavant Bradley Manning, avait été condamnée en août 2013 pour avoir transmis plus de 700.000 documents confidentiels au site WikiLeaks.

« VICTOIRE », a immédiatement twitté l’organisation spécialisée dans les révélations de documents secrets.

Selon la Constitution américaine, le président peut soit gracier un condamné, soit commuer sa peine, c’est-à-dire en raccourcir la durée sans effacer la sentence.

Louée par ses partisans pour avoir dévoilé selon eux les abus des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan, Manning a été jugée pour avoir mis son pays et ses compatriotes en danger.

La femme soldat de 28 ans avait tenté de mettre fin à ses jours en octobre, après une première tentative de suicide en juillet.

La semaine dernière, Wikileaks a affirmé que son fondateur, Julian Assange, accepterait d’être extradé vers les États-Unis si Barack Obama faisait preuve de clémence envers Chelsea Manning.

« Merci à toux ceux qui ont fait campagne en faveur d’une clémence pour Chelsea Manning. Votre courage et votre détermination a rendu possible l’impossible », a tweeté Julian Assange sans rien dévoiler de ses intentions.

Julian Assange, 45 ans, est réfugié à l’ambassade d’Equateur à Londres depuis juin 2012 pour éviter une extradition vers la Suède où des accusations de viol sont portées à son encontre et que le fondateur de Wikileaks nie. Ce dernier craint d’être extradé par Stockholm vers les États-Unis.

«Dans cinq mois tu seras libre. Merci pour tout ce que tu as fait pour tout le monde, Chelsea», a pour sa part réagi Edward Snowden sur Twitter.

Le cinéaste Michael Moore a lui aussi réagi avec enthousiasme à l’annonce de cette décision présidentielle. «MERCI président Obama pour avoir commué la peine de prison de Chelsea Manning!!! Elle sera libérée en mai au lieu de 2045 !! MERCI».

La Maison Blanche a toujours insisté sur la différence de taille entre les cas de Manning et l’ancien consultant de l’agence de sécurité américaine NSA, qui a rendu public des milliers de documents classifiés révélant l’ampleur de la surveillance des données privées mise en place par les autorités américaines.

« Chelsea Manning est quelqu’un qui été jugée par la justice militaire, a été reconnue coupable, a été condamnée et a reconnu ses torts », a expliqué Josh Earnest, porte-parole de l’exécutif américain

« M. Snowden a fui dans les bras d’une adversaire et a trouvé refuge dans un pays qui, très récemment, a délibérément tenté d affaiblir notre démocratie », a-t-il poursuivi. « Les divulgations d’Edward Snowden étaient beaucoup plus graves et beaucoup plus dangereuses », a-t-il ajouté.

À l’inverse, le sénateur républicain de l’Arkansas Tom Cotton a déploré qu’un « traître » soit traité comme un « martyr ». Il a affirmé ne pas comprendre « pourquoi le président aurait une compassion particulière pour quelqu’un qui a mis en danger les vies de nos soldats, de nos diplomates de nos agents de renseignement et de nos alliés ».

Ses avocats, qui avaient fait appel de sa condamnation, estimaient en particulier que le gouvernement n’avait pas produit de preuves significatives démontrant que les révélations de Chelsea Manning aient « réellement nui à la sécurité nationale des Etats-Unis ou à ses intérêts diplomatiques ».

Le général des marines James Cartwright amnistié

Le général des marines James Cartwright, à l’époque où il était le numéro deux du Pentagone (Photo: DoD)
Par ailleurs, le président Barack Obama a amnistié mardi son ancien « général favori », James Cartwright, un haut gradé qui avait fait une fausse déclaration au FBI lors d’une enquête sur des fuites concernant une attaque informatique que les États-Unis avaient lancée contre l’Iran en 2010.

Le nom du général Cartwright figure sur une liste de 64 personnes graciées par le président et annoncée mardi par la Maison Blanche.

L’ex-général américain à la retraite avait reconnu en octobre 2016 avoir fait une fausse déclaration aux policiers fédéraux, un délit pour lequel il avait été inculpé.

« J’ai eu tort d’induire en erreur le FBI le 2 novembre 2012 et j’en assume l’entière responsabilité », avait écrit le général des Marines, ancien numéro deux de l’état-major des armées, dans un communiqué transmis à l’AFP par son avocat.

James Cartwright avait menti aux enquêteurs en prétendant ne pas être à l’origine de la transmission à un journaliste du New York Times d’informations confidentielles, selon l’acte d’inculpation consulté par l’AFP.

Ce journaliste, David Sanger, a écrit un livre relatant les détails d’une attaque américaine à l’aide du virus informatique Stuxnet contre les installations nucléaires iraniennes.

Dans son communiqué, James Cartwright avait reconnu avoir parlé à la presse tout en continuant de réfuter être à l’origine de la fuite sur Stuxnet.

« Je savais que je n’étais pas la source de cette histoire et je ne voulais pas me voir reprocher d’en être la source. Mon seul objectif en parlant aux journalistes a été de sauvegarder les intérêts et les vies américains », avait-il soutenu.

James Cartwright, ancien général quatre étoiles, a pris sa retraite en août 2011. Cet ancien pilote était considéré comme un proche conseiller militaire du président Barack Obama.

Stuxnet, conçu spécialement pour attaquer les opérations d’enrichissement d’uranium iraniennes, a frappé l’Iran en 2010 et a créé d’importants dégâts dans le programme nucléaire controversé de ce pays.

Selon la Constitution, le président peut soit gracier un condamné, soit commuer sa peine, c’est-à-dire en raccourcir la durée sans effacer la sentence.

Le droit de grâce est un pouvoir régalien que des présidents américains ont utilisé juste avant de laisser le Bureau ovale à leur successeur.