Obama reconnaît avoir «sous-estimé» l’impact des piratages russes

Vladimir Poutine (g) et Barack Obama lors de la COP21 à Paris, le 30 novembre 2015. (SPUTNIK/AFP/MIKHAIL KLIMENTYEV)
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Le président américain, Barack Obama, le 15 octobre 2015 à Washington. (Archives/AFP/BRENDAN SMIALOWSKI)

Barack Obama a reconnu dimanche avoir «sous-estimé» l’impact qu’une campagne de piratages et de désinformation pouvait avoir dans les démocraties, deux jours après un rapport des services de renseignement américains sur l’ingérence de la Russie dans la campagne électorale.

Dans une interview à la chaîne ABC, le président américain a toutefois nié avoir sous-estimé son homologue russe Vladimir Poutine, qui selon les espions américains a orchestré cette campagne d’attaques informatiques et de manipulation des médias destinée à favoriser l’élection de Donald Trump au détriment d’Hillary Clinton, ce que le Kremlin dément.

«Mais je pense avoir sous-estimé la manière dont, dans cette nouvelle ère d’information, il est possible pour la désinformation, les attaques informatiques et ce genre de choses d’avoir un impact sur nos sociétés ouvertes, pour s’insinuer dans nos pratiques démocratiques», a déclaré Barack Obama, estimant en outre que cette tendance s’accélérait.

Le président américain, qui est sur le point de céder sa place à Donald Trump le 20 janvier, avait ordonné un rapport d’enquête sur l’implication russe dans la campagne notamment «pour être sûr que c’est quelque chose que Poutine fait déjà depuis un certain temps en Europe, dans un premier temps dans les anciens pays satellites où beaucoup de gens parlent russe, mais de plus en plus aussi dans les démocraties occidentales».

M. Obama, qui prononcera son discours d’adieu mardi à Chicago, a noté que parmi les pays alliés des Américains faisant partie de l’OTAN, plusieurs comme la France tiendraient des élections prochainement: «Nous devons être vigilants», a-t-il dit, inquiet d’éventuelles interférences.

Selon les services de renseignement américains, l’objectif initial de la campagne de désinformation et de piratages russes était de saper le processus démocratique américain, d’affaiblir une éventuelle présidence Clinton, puis d’augmenter les chances de victoire du milliardaire populiste.

Celui-ci a reçu vendredi les chefs du renseignement américain, mais s’il a accepté l’idée que Moscou ait pu prendre part aux piratages informatiques qui ont ciblé le parti démocrate, il rejette l’idée que la Russie ait pu avoir un quelconque impact sur les résultats de l’élection américaine.

Barack Obama l’a encouragé dans son entretien avec ABC à «développer une relation forte avec la communauté du renseignement».

«Si nous ne faisons pas attention, des pays étrangers peuvent avoir un impact sur le débat politique aux États-Unis d’une manière qui n’était pas vraie il y a 10, 20 ou 30 ans, d’une part en raison de la manière dont les informations circulent aujourd’hui, et d’autre part parce que tant de gens sont devenus sceptiques vis-à-vis des grands médias traditionnels», a encore relevé le président américain.

«Dans ce genre d’environnement, où il y a tant de scepticisme à propos des informations, on va devoir passer beaucoup plus de temps à réfléchir à la manière dont nous protégeons notre processus démocratique», a-t-il poursuivi.

Le président américain veut aussi «beaucoup plus» de sécurité informatique.

https://youtu.be/Hq9XYIXMBcE

Discussions «cordiales» avec Trump

Par ailleurs, M. Obama a estimé que ses discussions avec son successeur «ont été cordiales. Il a été ouvert à des suggestions», a-t-il dit, décrivant M. Trump comme «très charmant et sociable».

«J’ai apprécié nos échanges. C’est quelqu’un, je pense, qui ne manque pas de confiance en lui», ce qui est probablement «une condition préalable pour ce travail».

Le 44e président des États-Unis a toutefois averti son successeur qu’il y avait une différence entre faire campagne et gouverner, et qu’il ne pourrait pas gérer la présidence «de la même manière que vous gérez une entreprise familiale».

Barack Obama pense également que Donald Trump «n’a pas passé beaucoup de temps à fignoler les détails» de sa politique, un point qui «peut être à la fois une force et une faiblesse».

«Je pense que cela dépend de son approche. Si cela lui donne un regard neuf alors ça peut être précieux. Mais cela requiert aussi d’être conscient de ce qu’on ne sait pas, et de s’entourer de gens qui disposent d’une expérience et de connaissances qui leur permettent de vous informer pour prendre de bonnes décisions», a-t-il souligné.

Et l’utilisation constante de Twitter par le milliardaire ?

«Clairement ça a marché pour lui, et ça lui donne une connexion directe avec beaucoup des gens qui ont voté pour lui», a constaté M. Obama.

Mais ce dernier a mis en garde M. Trump: quand il sera président «il y a des capitales et des marchés financiers et des gens partout dans le monde qui prennent ce qu’il dit très au sérieux, d’une manière qui n’est pas vraie avant que l’on soit intronisé président».

La décision la plus difficile d’Obama? Envoyer 30.000 hommes en Afghanistan

Le président sortant des Etats-Unis Barack Obama a estimé que la décision la plus difficile de ses deux mandats avait été d’envoyer un renfort de 30.000 soldats en 2010 pour reprendre l’avantage dans la guerre d’Afghanistan.

« La décision la plus difficile est intervenue au début de ma présidence quand j’ai donné l’ordre d’envoyer 30.000 soldats supplémentaires en Afghanistan – en tant que personne ayant fait campagne pour mettre fin aux déploiements massifs de troupes à l’étranger », a expliqué Barack Obama lors de l’interview avec la chaîne américaine ABC diffusée dimanche.

« Je pense que c’était la bonne décision, car les talibans étaient alors sur la pente ascendante, avant que je ne prenne mes fonctions, en partie car nous ne faisions pas attention à l’Afghanistan autant que nous aurions dû le faire », a dit Barack Obama.

Est-il déçu qu’après huit ans, les soldats américains restent présents à la fois en Afghanistan, mais aussi en Irak ?

« Oui, mais j’ai appris que dans la guerre contre le terrorisme, nous n’aurions jamais le même genre de victoires décisives et permanentes que nous obtenions dans les guerres contre des pays », dit le président démocrate. « Par définition, même après avoir décimé Al Qaïda dans les Fata (zones tribales pakistanaises), même après avoir tué Ben Laden, il reste des gens qui ont l’envie et la capacité de frapper les États-Unis si nous ne restons pas vigilants ».

Pour le président américain, la fragilité de certains pays comme l’Irak et l’Afghanistan rendent nécessaire la présence militaire américaine. Il y a aujourd’hui plus de 5.000 conseillers militaires américains en Irak, et environ 8.400 soldats en Afghanistan.

« Mais nous n’avons plus cette présence énorme, et nous risquons moins d’être attaqués en tant que puissance occupante », conclut Barack Obama.