Obama sort de son silence et dénonce toute discrimination fondée sur «la religion»

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L’ex président démocrate Barack Obama lavait promis de se tenir à l’écart du débat politique sauf si « les valeurs fondamentales » de l’Amérique étaient menacée.s( Archives/AFP/SAUL LOEB)

Dans la tourmente après sa décision de fermer les frontières aux ressortissants de sept pays musulmans, Donald Trump a été mis en cause lundi par son prédécesseur démocrate Barack Obama, qui est sorti de son silence pour saluer le sursaut citoyen à travers les États-Unis.

Au moment où les manifestations et les dénonciations – du monde politique aux monde des affaires – contre les décrets de l’administration Trump se multiplient, l’ancien président démocrate s’est dit encouragé par « le niveau de mobilisation » à travers le pays.

M. Obama avait promis de se tenir à l’écart du débat politique sauf si « les valeurs fondamentales » de l’Amérique étaient menacées: dix jours seulement après son départ de la Maison Blanche, il a jugé que c’était déjà le cas.

« Le président (Obama) est en désaccord fondamental avec la notion de discriminer des individus en raison de leur croyance ou de leur religion », a rappelé son porte-parole, Kevin Lewis.

De partout à travers le monde, les témoignages affluent de ressortissants des pays concernés par les restrictions qui dénoncent, entre abattement, incrédulité et colère, les mesures abruptement mises en place par la nouvelle administration américaine.

Eltirmizy Mohamed, docteur soudanais de 34 ans, qui vient de passer trois années de formation à Atlanta (Géorgie) devait retrouver cet Etat du Sud pour s’y installer. Le décret Trump l’a coupé net dans son élan.

« J’ai soigné nombre de sans-abris et d’Américains pauvres pendant les trois années que j’ai passées aux Etats-Unis », raconte-t-il. « J’avais prévu d’aller travailler dans les zones rurales de Géorgie où les besoins en médecins sont énormes. Mais je me retrouve coincé à Khartoum », déplore-t-il.

Sur la défensive, le président républicain a lundi, dans une salve de tweets matinaux, mis en cause, pêle-mêle, une défaillance informatique au sein de la compagnie aérienne Delta, les manifestations ou encore les réactions faussement outrées selon lui de nombre d’élus du Congrès.

« Tout se passe bien avec très peu de problèmes », a-t-il affirmé, contre toute évidence, citant le secrétaire à la Sécurité intérieure, John Kelly.

Accusé d’avoir lancé cette initiative dans la précipitation, il a défendu son approche: « Si l’interdiction avait été annoncée une semaine à l’avance, les +méchants+ se seraient précipités dans notre pays ».

Visiblement désireux d’attirer l’attention médiatique sur un sujet plus consensuel au sein de son propre camp, l’homme d’affaires septuagénaire a décidé d’accélérer l’annonce de son candidat pour occuper le neuvième siège de magistrat à la Cour suprême. Elle aura désormais lieu mardi, au lieu de jeudi.

Aux Etats-Unis, la mobilisation, du monde politique au monde des affaires ne montrait elle non plus aucun signe d’essoufflement.

Goldman Sachs, l’une des plus puissantes banques d’affaires au monde, dont d’anciens dirigeants ont été nommés à des postes influents au sein de l’administration Trump, a critiqué à son tour lundi le décret présidentiel. « Ce n’est pas une politique que nous soutenons », a fustigé le PDG Lloyd Blankfein dans un message audio interne dont l’AFP a obtenu le texte.

Et de reconnaître que si le décret devait s’appliquer en l’état, il existait un risque « de perturbation » pour le groupe et pour certains de ses employés et leurs familles.

Du jamais vu moins de deux semaines après l’investiture du président des Etats-Unis, plusieurs diplomates américains ont protesté contre le décret, en utilisant un canal officiel dit de « dissidence ». Les employés du ministère – qui sont 70.000 toutes catégories confondues – ont le droit d' »exprimer leurs opinions avec franchise et de manière confidentielle auprès de leur hiérarchie », a souligné le porte-parole de la diplomatie américaine Mark Toner.

Mais la Maison Blanche a peu apprécié : « Soit ils acceptent le programme, soit ils s’en vont », a déclaré Sean Spicer, porte-parole de Donald Trump.

Et aux quatre coins de la planète, la vague d’indignation soulevée par son initiative ne se calme pas, bien au contraire.

Haussant le ton, la chancelière allemande Angela Merkel a estimé que la lutte contre le terrorisme ne justifiait en aucune manière « de généraliser le soupçon contre les personnes en fonction de leur croyance, en l’occurrence ici des personnes de foi musulmane ».

Au Royaume-Uni, le gouvernement était sous pression pour annuler la visite d’Etat de Trump prévue cette année: plus de 1,2 million de Britanniques ont signé une pétition en ce sens.

Le décret signé vendredi par Donald Trump interdit l’entrée à tous les réfugiés, quelle que soit leur origine, pendant 120 jours (et de façon indéfinie pour les réfugiés syriens).

Il l’interdit aussi pendant 90 jours aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane considérés comme des viviers terroristes par Washington: Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen.

Son application confuse, qui a entraîné des scènes de détresse dans des aéroports américains et étrangers avec des personnes bloquées ou refoulées, a déclenché en ce début de semaine une série d’explications entre plusieurs pays et Washington.

Face à la levée de boucliers, l’administration a mis un peu d’eau dans son vin en particulier sur les détenteurs d’un permis de résident permanent, la fameuse carte verte, mais aussi sur les ressortissants des sept pays visés qui ont une double nationalité.

Après l’Iran, qui a décidé d’une mesure de réciprocité à l’égard des Etats-Unis, les députés irakiens ont appelé le gouvernement à faire de même si Washington ne revient pas sur sa décision.

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