Ottawa paiera les funérailles de la famille massacrée par le vétéran Lionel Desmond

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Lionel Desmond (tout en bas à droite) faisait partie du 2e Bataillon Royal Canadian Regiment, basé à la BFC Gagetown. (Facebook)

Le gouvernement fédéral a confirmé qu’il paiera pour les funérailles des quatre personnes retrouvées mortes dans une maison de la Nouvelle-Écosse, mardi, rapporte La Presse Canadienne aujourd’hui, sans toutefois pouvoir préciser comment se dérouleront les cérémonies funèbres de Lionel Desmond, de sa femme, de sa fille et de sa mère.

Citant des membres de la famille, plusieurs médias ont aussi rapporté que le gouvernement avait accepté de payer la totalité des coûts funèbres.

Une campagne de sociofinancement par internet afin d’aider la famille à payer les dépenses funérailles avait permis de récolter 22 000 $, samedi soir. Les organisateurs espéraient amasser 30 000 $. Au moment d’écrire ces lignes, on ne sait pas ce qu’il adviendra de cet argent, après l’annonce par Ottawa que le gouvernement fédéral paiera la totalité des frais funéraires de la famille massacrée.

C’est mardi que la GRC a commencé son enquête après la découverte macabre à Upper Big Tracadie, située à trois heures de route au nord-est d’Halifax, en Nouvelle-Écosse, de quatre membres d’une même famille décédés des suites d’une fusillade dans ce qui a tout de suite semblé être une affaire de meurtres-suicide.

Selon la police, Desmond (33 ans) aurait tué par balles sa femme Shauna (31 ans), sa fille Aaliyah (10 ans) et sa mère Brenda Desmond (52 ans) avant de s’enlever la vie dans leur résidence d’Upper Big Tracadie.


Shana Desmond et sa fille Aliyah. (Facebook)

Ce qui amène la police à cette conclusion est, notamment, que les blessures par balles de Lionel Desmond semble être auto-infligées, mais pas pour les trois autres personnes.

Deux armes à feu ont été trouvées sur les lieux.

L’homme était un militaire en service actif jusqu’en 2015, et a été déployé en Afghanistan en 2007, durant l’opération ATHENA. Il aurait cherché à se faire aider pour un apparent syndrome de stress post-traumatique, mais n’aurai pas reçu l’aide demandée.

Et allez, on vous paiera de belles funérailles!

Le vétéran des Forces canadiennes avait reçu des soins de santé mentale par le passé dans une clinique de Montréal et faisait partie d’une unité conjointe de soutien au personnel qui soutient les membres malades et blessés jusqu’à sa libération de l’armée en 2015.

Après, cela a été une toute autre histoire.

Selon sa sœur, Cassandra Desmond, a rapporté la télévision publique canadienne, Lionel a supplié et demandé de l’aide pour le syndrome de stress post-traumatique, mais aurait été abandonné par le système de santé mentale de la Nouvelle-Écosse et Anciens Combattants Canada après avoir quitté les Forces armées canadiennes.

Pour la militante engagée et blogueuse sur 45eNord.ca Jenny Migneault, qui s’exprimait sur nos pages mardi, «on continue de sous-estimer la souffrance du syndrome de stress post-traumatique et de l’impact de l’absence des services». Elle va plus loin en estimant que s’il est avéré que «la mort de ces gens-là est relié au SSPT… eh ben c’est pas relié au SSPT ! C’est relié à toute la dégradation d’un état qui est pas traité dès le départ! Le syndrome de stress post-traumatique ne tue pas personne… sauf que l’abandon, sauf que la colère, sauf que la solitude, sauf que l’isolement, font en sorte que ça dégénère».

Coup sur coup, ici au Canada, une famille massacrée en Nouvelle-Écosse et, aux États-Unis, 5 personnes tuées à l’aéroport de Fort-Lauderdale-Hollywood par un vétéran américain qui avait servi en Irak et souffrait de problèmes mentaux: deux événements tragiques qui, certainement, posent crûment et durement la question de la souffrance de plusieurs vétérans.

Pour plusieurs lecteurs de 45eNord.ca, la décision du gouvernement fédéral de payer tous les frais funéraires est l’illustration parfaite du « trop peu, trop tard » et, même si l’annonce d’Ottawa peut être bien reçue, elle est aussi perçue par certains comme un message cynique qui leur dirait quelque chose comme: « Et allez, on vous paiera de belles funérailles! »!

Esteban Santiago aux États-Unis, Lionel Desmond au Canada, chronique d’un échec annoncé

Esteban Santiago, le tireur présumé de la fusillade à l’aéroport de Fort-Lauderdale-Hpllywood qui a fait 5 morts vendredi , en Floride, avait lui aussi des antécédents de troubles de santé mentale – dont plusieurs sont survenus à son retour d’Irak – et il recevait finalement un traitement psychologique à son domicile, en Alaska, selon ses proches.

Il était devenu paranoïaque et il entendait des voix.

L’homme de 26 ans avait de la difficulté à contrôlersa colère après son service en Irak et avait dit à son frère Bryan qu’il croyait être pourchassé et contrôlé par l’Agence centrale du renseignement (CIA) par l’entremise de … messages secrets sur le web.

Après qu’il eut révélé à des agents de la police fédérale (FBI), en novembre, qu’il avait des tendances paranoïaques, Esteban Santiago a subi une évaluation pendant quatre jours, puis a été relâché sans faire l’objet de suivi médical ou thérapeutique, a déploré son frère en entrevue avec l’agence de presse américaine Associated Press.

Aux yeux de Bryan Santiago, il est clair que le système a échoué.

Se réintégrer à la société en Amérique, au Canada comme aux États-Unis, alors que nous habitent des démons que nous seuls, croyons-nous, pouvons connaître, peut parfois sembler une tâche impossible.

Les deux histoires, celle de Santiago aux États-Unis et celle de Desmond au Canada, semblent toutes deux être aussi la chronique d’un échec annoncé! Plusieurs s’interrogent donc encore davantage aujourd’hui sur la volonté de s’occuper de nos vétérans une fois qu’ils ont quitté les rangs des forces armées.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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