Piratage contre le parti démocrate: Trump cite la Russie comme l’un des pirates présumés

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Donald Trump a fait allusion vendredi 6 à la possibilité du rôle russe dans le piratage des courriels du parti démocrate. (Archives/AFP)

Le président élu Donald Trump a admis vendredi des piratages contre le parti démocrate, à l’issue d’une rencontre avec les chefs du renseignement américain, mais il n’est pas allé jusqu’à endosser leur thèse d’une ingérence russe à son profit dans l’élection du 8 novembre.

Le bras de fer public entre le prochain président des Etats-Unis et les services sur lesquels il aura une autorité totale dans deux semaines se poursuit, avec la déclassification vendredi après-midi d’un rapport expurgé de 25 pages étayant cette thèse de la main de Moscou dans le scrutin, des accusations que le Kremlin rejette.

« Le président russe Vladimir Poutine a ordonné une campagne d’influence » visant à favoriser l’élection de Donald Trump et à discréditer la campagne électorale d’Hillary Clinton, conclut le renseignement dans ce document, élaboré sur la base d’informations recueillies par le FBI, la CIA et la NSA.

Le but de la campagne russe était de « dénigrer Mme Clinton, et de nuire à sa capacité à être élue et à sa présidence potentielle », conclut le rapport.

« Poutine voulait très probablement discréditer Mme Clinton car il l’accuse publiquement depuis 2011 d’avoir incité à de grandes manifestations contre son régime fin 2011 et début 2012 », à une époque où elle était chef de la diplomatie.

Moscou « appliquera les leçons apprises » dans cette campagne pour influencer les élections dans d’autres pays, avertit également le rapport.

Des emails piratés du parti démocrate et d’un proche d’Hillary Clinton ont été diffusés sur internet, notamment par Wikileaks avant l’élection, déstabilisant la candidate démocrate.

Le document rendu public vendredi est amputé de ses informations les plus sensibles, mais Donald Trump a pu prendre connaissance de la version complète lors de sa réunion avec les chefs espions du pays.

Dans son communiqué publié à l’issue de cette réunion, le républicain ne s’est toujours pas rangé à l’avis de l’administration sortante. Il a reconnu que les États-Unis, dont le parti démocrate, étaient la cible continue de tentatives d’incursions informatiques. Mais s’il a cité la Russie comme l’un des pirates présumés, ce n’était que parmi une liste des malfaiteurs incluant aussi « la Chine, d’autres pays, des groupes et individus extérieurs ».

« Il n’y a eu absolument aucun impact sur le résultat de l’élection », a-t-il insisté, semblant en outre reprocher aux démocrates les vulnérabilités de leurs systèmes informatiques.

« Il y a eu des tentatives de pirater le parti républicain, mais le parti avait mis en place des défenses fortes contre le piratage, et les pirates ont échoué », a ajouté M. Trump.

Le successeur de Barack Obama a promis de mettre fin aux cyberattaques et demandé à ses futures équipes de lui soumettre un plan dans les 90 jours suivant sa prestation de serment, le 20 janvier.

Exprimant l’avis de nombreux élus républicains, Paul Ryan, président de la Chambre des représentants, s’est saisi du rapport pour accuser la Russie d’avoir « à l’évidence essayé de s’ingérer dans notre système politique ». Mais il a souligné l’absence de preuves de manipulation des systèmes électoraux eux-mêmes.

« Nous ne pouvons pas laisser des esprits partisans exploiter ce rapport pour délégitimer la victoire du président élu », a dit Paul Ryan.

Le débat aux États-Unis sur l’ingérence supposée de la Russie dans l’élection américaine est devenu une controverse hautement politique depuis deux mois.

Barack Obama a sanctionné la Russie en expulsant 35 diplomates considérés comme des espions, mais Donald Trump estime que l’affaire est une « chasse aux sorcières politique » destinée à l’affaiblir politiquement.

« La Chine, assez récemment, a piraté 20 millions de noms de l’administration », a encore dit le milliardaire au New York Times dans une interview vendredi matin. « Pourquoi personne n’en parle? C’est une chasse aux sorcières politique ».

Dans une volonté apparente de calmer le jeu, le président élu a toutefois qualifié de « constructive » sa rencontre avec James Comey, directeur du FBI, John Brennan (CIA), l’amiral Michael Rogers (NSA), ainsi que le directeur du renseignement, James Clapper.

« J’ai beaucoup de respect pour le travail des hommes et des femmes » du renseignement, a-t-il écrit.

Le rapport avait été demandé par Barack Obama.

Politiquement, Donald Trump ne peut pas laisser accréditer l’idée que Moscou soit pour quelque chose dans son arrivée au pouvoir. D’autant qu’il souhaite mener un réchauffement des relations avec Vladimir Poutine.

M. Trump a donné des gages de fermeté à ses troupes républicaines en laissant filtrer qu’il comptait nommer à la tête du renseignement américain Dan Coats, un ancien sénateur de l’Indiana peu suspecté de complaisance envers Moscou.

Le rapport soumis à Donald Trump vendredi

Voici le rapport (Intelligence community assessment) expurgé de 25 pages de l’Office of Director of National Intelligence étayant la thèse de la main de Moscou dans le scrutin.

Son rapport est une version déclassifiée d’une évaluation hautement classifiée; Ses conclusions sont identiques à celles de l’évaluation hautement classifiée, mais cette version n’inclut pas les informations complètes sur les éléments clés de la campagne d’influence.

« La communauté du renseignement peut rarement révéler publiquement l’étendue de ses connaissances ou les bases exacts de ses évaluations, car la divulgation de ces informations, en révélant des sources ou des méthodes « sensibles », mettraient en péril la capacité des services de renseignements de collecter des renseignements essentiels à l’avenir », écrit l’ODNI dans le rapport.

Ainsi, le rapport ne comprend pas et ne peut pas inclure tous les renseignements à l’appui, y compris les sources et méthodes.Pour d’évidentes raisons de sécurité, certains détails restent donc classifiés.

La conclusion de l’ensemble de la communauté du renseignement n’en est pas moins claire et le rapport montre que l’ingérence russe a été d’une ampleur sans précédent, allant bien au delà des opérations d’espionnage habituelles. Il s’agit ici de piratage et d’attaque des fondements mêmes de la démocratie américaine. Le document rendu public aujourd’hui réfute aussi clairement les affirmations selon lesquelles les agences d’espionnage américaines ne peuvent pas déterminer qui sont les responsables de cette opération de piratage.

Une fois encore, la CIA, le FBI et le Bureau du Directeur du renseignement national (ODNU) ont conclu «avec une grande confiance» que les services de renseignement russes ont pénétré de nombreux systèmes informatiques liés aux partis politiques américains et «relayé» les courriels à WikiLeaks.

Le renseignement américain est parvenu à cette conclusion après avoir analysé une « campagne d’influence » orchestrée selon les services de renseignements américains par Moscou et à laquelle une agence de renseignement militaire russe – le GRU – a participé en créant notamment une personnalité virtuelle – Guccifer 2.0 – et un site internet – DCLeaks.com – pour disséminer des courriels piratés du Parti démocrate et du président de la campagne présidentielle d’Hillary Clinton, John Podesta.

Toujours selon le renseignement américain, après le manque d’intérêt manifesté par les médias américains à l’égard des révélations de Guccifer 2.0 et de DCLeaks.com, ces courriels ont finalement été relayés par le GRU à WikiLeaks

En outre, la campagne de Moscou a misé sur plusieurs autres stratagèmes pour influencer la campagne américain, allant de la propagande et de la désinformation véhiculées par RT (Russia Today), média à la solde du Kremlin, à l’action d’un réseau quasi-étatique de trolls et de blogueurs malfaisants qui a répercuté et amplifier le message du Kremlin sur internet et les réseaux sociaux.

L’ampleur de cette campagne de manipulation et de désinformation est selon le renseignement américain sans précédent et, de toute évidence, en agissant ainsi, Moscou s’assurait de se retrouver au lendemain du 8 novembre avec un président affaibli, que ce soit Donald Trump ou Hillary Clinton.

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*Avec AFP

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