Chypre: le désaccord sur un retrait militaire turc douche les espoirs de paix

0
En 1974, l’ONU a établi la célèbre «Ligne verte», une zone tampon de cessez-le-feu de 180 km à travers Chypre. (Archives/MDN)

L’épineuse question de la présence militaire turque au nord de Chypre a douché vendredi les espoirs de paix suscités par les pourparlers organisés cette semaine à Genève par l’ONU pour réunifier l’île méditerranéenne divisée depuis 42 ans.

Le président chypriote Nicos Anastasiades et le ministre grec des Affaires étrangères, Nikos Kotzias, qui ont participé aux discussions de Genève, ont été catégoriques: pas de solution sans le retrait des quelque 30.000 soldats turcs, Athènes parlant même d’armée d' »occupation ».

La réaction du président turc Recep Tayyip Erdogan ne s’est pas fait attendre. « Le retrait total des soldats turcs est hors de question », a-t-il affirmé.

Chypre, qui compte un million d’habitants, est divisée depuis que l’armée turque a envahi en 1974 la partie nord de l’île en réaction à un coup d’État visant à rattacher le pays à la Grèce et qui inquiétait la minorité turcophone de l’île. Cette invasion a provoquée d’importants déplacements de populations.

La République de Chypre (dont l’autorité ne s’exerce que sur la partie sud de l’île) est membre de l’Union européenne depuis 2004.

Les Chypriotes turcs habitent eux dans la République turque de Chypre du Nord (RTCN), qui occupe actuellement entre 36 et 37% de l’île et n’est reconnue que par Ankara.

Afin de mettre fin à l’un des plus vieux conflits politiques au monde, le nouveau secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, est venu spécialement de New York pour présider jeudi la première conférence multilatérale consacrée à Chypre, avec les trois « garants » de la sécurité de l’île: Grèce, Turquie et Grande-Bretagne.

« Nous sommes très proches d’un règlement », a-t-il déclaré. Mais il a appelé à la patience. « Vous ne pouvez pas attendre des miracles (…) Nous ne cherchons pas un bricolage rapide, nous cherchons une solution solide et durable pour Chypre », a tempéré M. Guterres.

Note d’espoir

Une note d’espoir relayée vendredi par le président chypriote et le dirigeant chypriote-turc, Mustafa Akinci.

« Nous avons tracé une voie qui crée des espoirs » en vue d’un accord, a dit à la presse le président Anastasiades. « La solution ne peut pas créer de gagnant ou de perdant. »

Le dirigeant de la RTCN a souligné que tout échec des négociations serait « une grave erreur ».

« Je crois que nous avons atteint l’étape la plus importante du processus que nous avons engagé », a-t-il dit lors d’une conférence de presse.

Le médiateur de l’ONU, le Norvégien Espen Barth Eide qui suit les négociations depuis mai 2015, a estimé qu’il existait aujourd’hui « la meilleure chance » de régler le problème chypriote.

« Il ne faut pas perdre de temps. Je pense qu’il y a un élan », a-t-il dit aux journalistes, en parlant de « processus exaltant ».

Le deux dirigeants chypriotes ont pendant trois jours discuté âprement des « questions intérieures », telles que le découpage territorial entre les deux communautés, la restitution des propriétés spoliées ou le partage de la gouvernance d’un futur État fédéral.

Les ministres des Affaires étrangères grec Nikos Kotzias, turc Mevlut Cavusoglu et britannique Boris Johnson avaient eux fait le déplacement pour participer à la conférence chargée de garantir la sécurité du futur État chypriote.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini étaient également présents en tant qu’observateurs.

La première session s’est achevée tôt vendredi matin et les délégations vont poursuivre maintenant les travaux à un niveau « technique », après le départ des ministres et des hauts responsables.

M. Eide a précisé qu’un « groupe de travail » se réunirait le 18 janvier pour formuler des « propositions » en vue d’une nouvelle session plénière de la conférence.

Mais la question sécuritaire risque d’être le principal obstacle à une solution pérenne.

Depuis la crise de 1974, des Casques bleus de l’ONU contrôlent la « ligne verte », une zone tampon démilitarisée séparant les deux communautés.

Le dirigeant chypriote-turc a insisté sur le besoin de sécurité ressenti par sa communauté.

« Les Chypriotes-turcs pensent qu’il faut maintenir les garanties de la Turquie (…) afin que les deux communautés se sentent en sécurité », a-t-il dit.

La République de Chypre, soutenue par Athènes, pense que l’Union Européenne serait suffisante pour garantir seule la sécurité du futur État fédéral.

Les commentaires sont fermés.