Le vice-amiral Mark Norman relevé «temporairement» de ses fonctions

Au défilé de fin d'année du CMR Saint-Jean, le 21 mai 2016, le vice-amiral Norman en conversation avec un élof. À l'arrière plan, le major Camapgna, du CMT-SJ.(Jacques N. Godbout/45eNord.ca)
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Remis à jour le 18/01/2017 à 23h00

Lundi, dans un geste aussi inattendu que troublant, car sans aucune explication, le chef-d’état major de la Défense, le général Jonathan Vance, a relevé temporairement de ses fonctions son numéro 2, le vice-amiral Mark Norman.

Jonathan Vance écrit ainsi dans une lettre envoyée à l’ensemble de l’état-major vendredi 13 janvier: «À partir de maintenant et jusqu’à nouvel ordre, le vice-amiral M.A.G. Norman pour n’assumera pas les fonctions et responsabilité du VCEMD, incluant le commandement de Vice-chef d’état-major de la défense (VCEMD). Je désigne donc le Vice-Amiral M.F.R. Lloyd pour exercer les fonctions et responsabilité du VCEMD, incluant le commandement, de façon intérim [sic].»

Dans une bref déclaration envoyée aux médias, le ministre de la Défense nationale Harjit Sajjan a indiqué lundi appuyer «pleinement la décision prise par le CEMD de relever le VCEMD de l’exercice de ses fonctions militaires».

Jusqu’à un éventuel contre-ordre, c’est donc le commandant actuel de la Marine royale canadienne, le vice-amiral Ron Lloyd, qui prendra le poste de numéro 2 des Forces armées canadiennes.

Aucune explication n’a été fournie quant à la raison derrière la suspension des fonctions du vice-amiral et mardi, devant l’insistance de la presse pour en savoir plus et les rumeurs qui se sont mises immédiatement à se multiplier sur les réseaux sociaux, le général Vance s’est contenté de déclarer qu’il comprenait « qu’il y ait beaucoup de spéculations entourant les circonstances qui ont mené à [sa] décision concernant le vice-amiral Mark Norman », mais que  » pour des raisons de confidentialité, [il était] incapable de fournir des informations supplémentaires ».

Des responsables de la Défense nationale ont clairement indiqué lundi que le vice-amiral Mark Norman ne fait toutefois pas fait l’objet d’une enquête criminelle par les Forces armées canadiennes.

Selon plusieurs médias canadiens, la suspension du vice-amiral Norman serait lié à des fuites présumées d’informations hautement classifiées, même s’il n’est pas clair à qui aurait pu profiter ces informations. Si le haut-gradé n’est pas l’objet d’une enquête des Forces, il serait toutefois l’objet d’une enquête criminelle de la Gendarmerie royale du Canada pour avoir divulguer des informations sensibles sur les plans de construction navale de la Marine pour remplacer les frégates et les destroyers.

Mark Norman, âgé de 53 ans, est un officier très apprécié et très respecté, qui peut (ou devrons-on dire pouvait) espérer accéder au poste suprême de chef d’état-major de la Défense.

Toujours net et précis, le vice-amiral avait fait part à la presse en 2015, alors qu’il était commandant de la Marine royale canadienne, de sa frustration devant la hausse constante du coût du programme de construction navale, affirmant qu’il était certain qu’il allait dépassait les 30 milliards de dollars et qu’il craignait que la marine se retrouve sans les capacités dont elle a besoin.

En entrevue à 45eNord.ca en juin 2014, le vice-amiral s’était exprimé avec une étonnante franchise sur les causes de la perte de capacités de la Marine, un langage simple et direct auquel le Canada n’est pas habitué de la part des hauts-gradés de ses Forces armées.

[toggle title= »BIOGRAPHIE DU VICE-AMIRAL MARK NORMAN » load= »hide »]Le vice‑amiral Norman est le fils d’un officier de l’Armée et le petit-fils d’un vétéran de la Première Guerre mondiale. En 1980, à la fin de sa scolarité obligatoire, qu’il a accomplie à Kingston, en Ontario, il s’enrôle dans la Réserve navale comme mécanicien de moteurs Diesel sur le NCSM Catarqui. En 1985, il est muté à la Force régulière.

Le vice-amiral Norman est un spécialiste de la guerre de surface et il a acquis une vaste expérience en mer dans diverses affectations, notamment comme membre de l’équipage ayant mis en service et ayant participé au déploiement opérationnel inaugural du NCSM Halifax, comme commandant en second du NCSM Iroquois, comme commandant du NCSM St. John’s et comme commandant de la Flotte canadienne de l’Atlantique.

Il a occupé différents postes d’état-major naval et interarmées dans divers domaines, comme l’analyse et le développement tactiques, les besoins en capacités, l’instruction et l’éducation, la planification opérationnelle et stratégique et la gestion des changements. En outre, il a occupé des postes clés de niveau supérieur à l’État‑major de la Marine, à l’État‑major interarmées stratégique, dans l’organisation du vice‑chef d’état‑major de la défense, comme chef adjoint de la transformation, et, plus récemment, comme Chef d’état‑major adjoint de la Marine et commandant adjoint de la Marine royale canadienne (MRC).

Le vice-amiral Norman détient un baccalauréat en économie de l’Université Queens et est diplômé du Cours d’officier de salle des opérations, du Cours de contrôleur de surface, du Cours de commandement et d’état‑major des Forces canadiennes, du Programme de sécurité nationale du Collège des Forces canadiennes à Toronto et, plus récemment, des programmes Capstone et Pinnacle donnés aux États-Unis.

En juin 2013, le vice-amiral Norman est promu à son grade actuel et nommé Chef d’état‑major de la Marine et commandant de la Marine royale canadienne. Après trois années enrichissantes, il quitte la MRC pour devenir le 26e vice-chef d’état-major de la défense.

Lorsqu’il ne travaille pas, il aime passer du temps avec sa famille et ses amis, travailler dans son garage, faire du ski alpin, perdre des balles de golf et essayer de maintenir un niveau raisonnable de condition physique.[/toggle]

Mark Norman, après trois années passées à la tête de la Marine royale canadienne entre 2013 et 2016, est devenu vice-chef d’état-major de la Défense au cours de l’été 2016.

Prenant à bras le corps plusieurs des problèmes rencontrés par les militaires durant leur carrière, l’amiral a notamment été l’homme derrière l’enquête lancée au Collège militaire royal du Canada, suite à une série troublante de décès et de violences, tant sexuelles que comportementales.

Auparavant, quand il était commandant de la Marine royale canadienne, le vice-amiral a aussi sévi contre la consommation excessive d’alcool par les marins à bord des navires entre leurs quarts de travail.

Cet homme, dont l’approche des problèmes est plutôt… directe, ne s’est peut-être pas fait que des amis.

Le critique conservateur en matière de défense, James Bezan, commentant le fait que les Forces armées canadiennes et la Défense nationale n’avaient pas fourni de «raison» pour justifier l’expulsion provisoire du vice-amiral, a déclaré que «cette situation est sans précédent et il est étrange que le gouvernement et les militaires ne fournissent aucun détail».

«Nous nous attendons à ce que le gouvernement prennent toutes les précautions nécessaires quand il y va la sécurité nationale, tout en protégeant la vie privée des personnes impliquées. Cependant, lorsqu’une décision de cette envergure est rendue, les Canadiens méritent d’être tenus au courant», a encore ajouté M. Bezan.

Les médias canadiens abondent aussi dans le même sens, l’équipe éditoriale du Citizen, entre autres, écrivait aujourd’hui: «L’armée et le ministre doivent fournir plus de détails aussi rapidement que possible. Si le vice-amiral Norman est irréprochable, il est injuste de le soumettre ainsi à la rumeur. Et, si quelque chose de grave s’est produit – ou est soupçonné -, il est injuste pour les Canadiens de rester muets».

Un vice-amiral peut-être un peu trop franc ? On ne sait pas et il faudra attendre la conclusion de l’affaire pour en savoir plus, en espérant qu’à ce moment on apprendra enfin la vérité. Et le plus tôt serait le mieux.