Après avoir apaisé Pékin, Trump affirme aussi l’engagement des États-Unis pour «la sécurité» du Japon

0
Le président américain Donald Trump accueille le Premier ministre japonais Shinzo Abe à la Maison Blanche, le 10 février 2017 à Washington. (AFP/Brendan Smialowski)

Donald Trump a affirmé l’engagement des États-Unis pour «la sécurité» du Japon, au cours d’une conférence de presse, vendredi à la Maison-Blanche, avec le premier ministre japonais Shinzo Abe.

Le président américain a insisté sur le lien et l’amitié «très, très profonds» entre les États-Unis et le Japon.

«L’alliance entre les États-Unis et le Japon est la pierre angulaire de la paix et de la stabilité dans la région du Pacifique», a insisté Donald Trump.

Shinzo Abe est venu à Washington pour obtenir des assurances de l’administration Trump sur le devenir de l’alliance américano-japonaise. Les propos de Donald Trump pendant la campagne sur une possible remise en cause de l’engagement militaire des États-Unis dans la région avaient inquiété Tokyo.

Donald Trump a dit considérer comme «une priorité très, très haute» de se défendre contre «le missile nord-coréen et la menace nucléaire», que fait peser la Corée du Nord sur la région.

Accueilli en personne par M. Trump à sa descente de voiture, il a ensuite retrouvé ce dernier dans le Bureau ovale pour un entretien qui sera suivi d’une conférence de presse commune. «Mains fermes!», s’est exclamé M. Trump dans un sourire, dans une allusion apparente à leur partie de golf à venir.

L’appel téléphonique «extrêmement cordial» annoncé tard dans la nuit jeudi entre Donald Trump et le président chinois Xi Jinping devrait donner un relief supplémentaire à la rencontre.

Shinzo Abe, qui avait qualifié de «chaleureuses» ses premières discussions avec Donald Trump à New York quelques semaines après son élection, veut mettre en avant la relation personnelle.

Vendredi matin, lors d’une intervention devant la Chambre de commerce américaine, il a souligné que les relations commerciales entre les États-Unis et le Japon étaient basées sur le principe du «gagnant-gagnant» et qu’il voulait établir une «relation de confiance» avec le nouveau président américain.

L’Australie, le Mexique, l’Allemagne: nombre de dirigeants de pays alliés des États-Unis se sont fait tancer – ou ont été publiquement critiqués – par le très impulsif nouveau président américain.

Le premier ministre japonais, qui a été le premier dirigeant étranger à rencontrer M. Trump après son élection grâce à des contacts noués avec son équipe bien en amont, a, lui, jusqu’ici eu droit à un traitement plus cordial. Et espère bien poursuivre dans la même veine.

«Je veux que ce sommet montre que l’alliance entre le Japon et les États-Unis va se renforcer avec le président Trump», a-t-il lancé avant de s’envoler pour Washington où il est arrivé jeudi soir.

Il a visité vendredi, avant de rencontrer Donald Trump, le cimetière militaire américain d’Arlington, près de Washington.

Voitures japonaises, ouvriers américains

La visite il y a une semaine à Tokyo du nouveau secrétaire américain à la Défense James Mattis a, à cet égard, largement rassuré les dirigeants nippons.

«Nous sommes fermement, à 100%, à vos côtés et aux côtés du peuple japonais», avait-il assuré, réaffirmant que le microscopique archipel des Senkaku, appelé Diaoyu en chinois et situé en mer de Chine orientale, était couvert par l’alliance militaire entre les États-Unis et le Japon.

Quelque 47 000 soldats américains sont stationnés sur l’archipel actuellement.

Le premier ministre japonais peut aussi être légitimement encouragé par le changement de ton de Donald Trump: ses propos de campagne, dans lesquels il avait évoqué une possible remise en cause de l’engagement militaire des États-Unis dans la région, sont lointains.

Washington souffre d’un important déficit commercial avec Tokyo, le deuxième derrière la Chine. Un déséquilibre jugé néfaste par le locataire de la Maison-Blanche.

Mais Shinzo Abe se veut porteur d’un message différent pour rassurer son hôte.

Vendredi, il a rappelé que la plupart des voitures japonaises vendues aux États-Unis étaient «fabriquées dans des usines américaines par des ouvriers américains». Et souligné que les investissements japonais aux États-Unis totalisaient 411 milliards de dollars et avaient contribué à créer 840 000 emplois.

Peu après la fin de leur conférence de presse très attendue, les deux dirigeants doivent rejoindre la luxueuse résidence du milliardaire à Palm Beach, en Floride.

Interrogé sur le financement de ce déplacement, l’exécutif américain a indiqué qu’il s’agissait d’un «cadeau personnel» de M. Trump à M. Abe.

Une partie de golf, prévue samedi, devrait leur permettre de passer plusieurs heures en tête-à-tête, en présence d’un interprète.

«Ce qui est bien avec le golf, c’est que vous finissez par mieux connaître quelqu’un sur le terrain qu’au cours d’un déjeuner», expliquait il y a quelques jours le président américain. «On va bien s’amuser».

Trump reconnaît la « Chine unique » et apaise Pékin

Le président chinois Xi Jinping alors qu’il faisait un discours à Seattle, le 22 septembre 2015 lors de sa visite d’État aux États-Unis. (Archives/AFP/MARK RALSTON)
Un peu plus tôt, deux mois après un coup de fil retentissant avec Taïwan, Donald Trump a aussi apaisé la Chine en assurant à son homologue Xi Jinping qu’il respecterait le « principe de la Chine unique » interdisant tout contact diplomatique entre des pays étrangers et le frère ennemi taïwanais.

Lors d’un entretien téléphonique, « les deux dirigeants ont discuté de nombreux sujets et le président Trump a accepté, à la demande du président Xi, de respecter le principe d’+une seule Chine+ », a indiqué jeudi la Maison Blanche.

Cette conversation, la première entre les deux hommes depuis l’investiture de Donald Trump, a été « très très chaleureuse », a souligné vendredi le président américain lors d’une conférence de presse commune avec le Premier ministre japonais Shinzo Abe à la Maison Blanche.

« Nous sommes dans le processus de très bien nous entendre, et je pense que cela bénéficiera beaucoup au Japon », a déclaré M. Trump.

L’île de Taïwan est coupée politiquement du reste de la Chine depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949. Le territoire se gouverne seul mais n’est pas reconnu par l’ONU. La Chine interdit donc à tout pays avec lequel elle a des relations diplomatiques d’en avoir simultanément avec Taïwan: c’est le principe de la « Chine unique ». Washington a ainsi coupé ses liens en 1979 avec Taïwan et reconnu le régime communiste de Chine continentale comme l’unique autorité légitime chinoise.

« Xi Jinping salue la réaffirmation par M. Trump de l’adhésion du gouvernement américain au principe de la Chine unique », a réagi vendredi le ministère chinois des Affaires étrangères dans un communiqué. « Les deux chefs d’Etat (…) ont hâte de se rencontrer le plus tôt possible », a-t-il noté.

Dans un entretien au quotidien Wall Street Journal en janvier, Donald Trump avait indiqué être prêt à remettre en cause le principe, estimant que « tout était sur la table, y compris la Chine unique ». Le principe n’est « pas négociable », avait alors rétorqué Pékin.

Après son élection, mais avant son investiture, M. Trump avait également irrité la Chine en acceptant un appel téléphonique de la présidente de Taïwan, Tsai Ing-wen. La presse d’Etat chinoise avait alors dénoncé son « inexpérience ».

« Trump avait besoin de temps pour vraiment comprendre cette question de la Chine unique », indique à l’AFP Wu Xinbo, professeur à l’Université Fudan à Shanghai. S’il avait campé sur ses « positions personnelles », « les intérêts américains auraient souffert. (Cet épisode) constitue en quelque sorte sa première leçon en matière de politique chinoise », juge M. Wu.

Taïwan a indiqué vendredi dans un communiqué « très bien comprendre » la position des Etats-Unis et leur politique en Asie. « Nous exprimons notre gratitude envers l’administration américaine (…) pour avoir réitéré son soutien à Taïwan en de maintes occasions », a souligné Alex Huang, porte-parole de la présidence taïwanaise.

Avant l’appel Trump-Xi, « il subsistait un risque réel que les deux parties soient incapables de se parler », estime Ashley Townshend, expert des relations sino-américaines à l’Université de Sydney. Mais beaucoup de conseillers de Donald Trump et l’administration américaine en général restent « méfiants » vis-à-vis de Pékin et le président américain « continuera à être ferme avec la Chine », estime-t-il.

Durant sa campagne électorale, Donald Trump avait menacé d’imposer des droits de douane de 45% sur les importations chinoises, accusant la Chine d’avoir « volé » des millions d’emplois aux Etats-Unis. Cette perspective continue d’inquiéter fortement les dirigeants chinois.

La Maison Blanche avait annoncé mercredi que le chef de l’Etat américain avait envoyé à Xi Jinping, à l’occasion du Nouvel an chinois, une lettre dans laquelle il souhaitait une « relation constructive » entre les deux pays, après les accès de tension survenus depuis son élection.

« Pour l’instant, nous n’avons vu que des signaux incohérents » de la part de M. Trump, déclare à l’AFP un diplomate d’un pays européen basé à Pékin. « Cet appel téléphonique marque peut-être le début d’une politique plus raisonnable et cohérente ».

Les commentaires sont fermés.