Aurora, forces spéciales et 430e escadron main dans la main, clé de la réussite des Forces armées canadiennes en Irak (PHOTOS/VIDÉO)

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Au moment même où les forces irakiennes lançaient la deuxième partie de l’opération de reconquête des mains du groupe terroriste État islamique de la ville de Mossoul, 45eNord.ca s’est rendu au Koweït et en Irak prendre le pouls d’une opération à hauts risques, mais qui s’avère déjà être un succès.

Depuis l’avancée fulgurante de l’EI en Syrie et en Irak au cours du printemps-été 2014 qui a notamment vu la deuxième plus grande ville d’Irak tombée aux mains des djihadistes, ceux-ci ont perdu près de la moitié de leur territoire, selon les plus récentes estimations.

Une bonne partie de cette réussite sur le terrain vient notamment du renseignement militaire, et plus particulièrement côté canadien du Centre de renseignement toutes sources (CRTS), mis sur pied en mai 2016, après un changement dans la mission voulue par le gouvernement libéral de Justin Trudeau.

Le commandant de cette unité de près de 50 personnes (dont nous ne pouvons pas révéler l’identité pour des raisons de sécurité) rappelle que le combat contre l’EI dépend d’une source de renseignements «crédibles et intégrés». «On ne largue pas des bombes à l’aveugle», lance-t-il. «Beaucoup de travail doit être fait en amont avant de larguer une bombe sur une cible. Il faut savoir quels effets on recherche, quelle est l’étendue du réseau que l’on cherche à perturber, qui sont les gens sur place, etc.», explique encore le major.

Ce travail de surveillance et de renseignement est mené par différentes capacités, certaines uniques, comme le CP-140 Aurora. Et les Forces armées canadiennes en ont justement deux déployés sur l’Opération IMPACT.

Aurora

S’il a été conçu durant la Guerre froide pour chasser des sous-marins ennemis, l’Aurora a évolué avec son temps et permet désormais aux Forces armées canadiennes et à la Coalition de bénéficier d’imagerie de haute qualité de potentielles cibles.

Volant des fois jusqu’à 13 heures par jour, les membres du détachement des Aurora passent de longues heures à surveiller leurs écrans afin de repérer des cibles mais aussi comprendre le fonctionnement du «réseau» du groupe État islamique.

Depuis 2016, les membres d’équipage des CP-140 Aurora dispose de la Suite logicielle de frappe de précision d’une force d’opérations spéciales qui leur permet de cibler beaucoup plus précisément et plus rapidement. Auparavant, il était nécessaire de «parler» pour pouvoir montrer à tout le monde présent dans l’appareil une cible désignée. Désormais, le partage est immédiat et simplifiée grâce à l’addition des données de détecteurs et l’assignation des coordonnées précises GPS.

Le rôle du personnel à bord des Aurora n’est toutefois pas de sélectionner des cibles à frapper, mais bien de toutes les identifier, incluant les écoles, les mosquées, les hôpitaux et d’autres infrastructures essentielles, le but étant de donner à la Coalition le plus d’informations possibles sur les activités du groupe. Ce n’est qu’à un échelon beaucoup plus haut au sein de la Coalition qu’est prise la décision ou non d’engager une cible, notamment en fonction de son intérêt, mais aussi du risque qu’elle peut représenter pour la population et donc des lois et règlements nationaux et internationaux sur les conflits.

Le brigadier-général David Anderson, responsable de l’Équipe de liaison ministérielle à Bagdad et responsable CJ7 de la Force opérationnelle interarmées de l’Opération INHERENT RESOLVE, rappelle que l’EI est sans scrupules et «utilise tout ce qui rend difficile de les atteindre: des enfants, des hôpitaux, des femmes et des mosquées». Depuis que leur momentum est passé, les djihadistes vont même jusqu’à chercher hommes, femmes et enfants chez eux et les exécuter par mesure préventive.

D’autres moyens permettent aux Canadiens et à la Coalition de récolter des renseignements et une fois l’ensemble récoltée, c’est alors le moment de combiner les infos les unes avec les autres afin d’avoir un portrait d’ensemble de la situation. Comme le CRTS, d’autres pays de la Coalition fournissent aussi une capacité de renseignements.

Forces spéciales

Dans le même temps, des membres des forces d’opérations spéciales du Canada sont sur le terrain côte à côte avec les forces kurdes afin de surveiller de loin la ligne de front et des activités pouvant être suspectes.

En vertu d’un accord avec Bagdad, les forces kurdes doivent laisser les autres forces amies en présence s’occuper du nettoyage de Mossoul et donc ne pas pénétrer dans la ville. C’est donc quelques kilomètres plus loin que Kurdes et Canadiens observent la situation et surveillent d’éventuelles fuites ou renforcement de djihadistes dans la région.

S’ils sont loin de l’action, les militaires des forces spéciales canadiennes n’en estiment pas moins crucial le travail qu’elles mènent actuellement.

Après un long vol en hélicoptère entre Erbil et le barrage «le plus dangereux du monde», c’est dans un petit poste d’observation fortifié perché en haut d’un monticule, que 45eNord.ca a rencontré des militaires canadiens observant à l’aide d’une puissante lunette un village et les va-et-vient des véhicules, tout en prenant des notes.

«La région a été récemment libérée, mais nous devons surveiller les routes et chemins qui peuvent servir de corridor à Daesh pour s’enfuir ou bien envoyer des renforts», explique l’un des membres des forces spéciales dans le poste d’observation.

Un officier supérieur de l’unité (dont nous ne pouvons pour des raisons évidentes dévoiler son identité) explique ainsi que le travail est rendu compliqué par le nombre important de groupes armés sur le terrain.

Après avoir passé du temps à aider les forces kurdes dans l’instruction de la navigation terrestre, l’informatique ou les systèmes de position globale, GPS, mais aussi la base médicale pour sauver des vies sur le champ de bataille, les militaires canadiens des forces spéciales ont aidé pour ce qui est de la planification et de la mise en œuvre d’opérations militaires contre le groupe État islamique. Dans cette continuité, notamment en raison de l’opération à Mossoul, les forces spéciales canadiennes donnent désormais surtout des conseils en matière de renseignement en aidant les kurdes à identifier et surveiller de potentielles cibles dans la région. Elles reviennent aussi à la formation de base pour les membres des commandos Zeravani, qui recevront les fameuses armes canadiennes.

Renforçant encore plus l’importance de la présence et de l’aide canadienne, le capitaine Dhyab Mohammad Omar, responsable d’une unité membre du commando Zeravani, estime que sans les Canadiens à ses côtés, la situation serait bien différente aujourd’hui. «Ça aurait été très difficile! Avoir les Canadiens sur nos positions, nous sommes capables de nous battre à notre maximum. […] Nous sommes prêts à mourir pour eux», dit-il avec une grande certitude.

Les nombreuses pertes subies durant les assauts précédents ont clairement marqué les militaires canadiens qui estiment malgré tout que de voir des familles revenir à la maison ou bien des fermiers retourner à leurs activités permet de garder le sourire.

Ils sont cependant bien conscients qu’avec l’élaboration en cours d’un nouveau plan côté américain, la fin du mandat actuel de la mission canadienne qui arrive à échéance au 31 mars et avec la révision de la politique de défense, des incertitudes planent sur leur contribution.

«Si le boss nous dit de revenir à la maison, nous obéirons aux ordres ’Oui monsieur’», de dire l’un d’eux pour qui cependant il ne fait aucun doute que ce qu’ils ont déjà apporté aux forces de sécurités kurdes durant les deux ans et demi de présence des forces d’opérations spéciales du Canada.

430e escadron

Les quelques 60 membres du 430e escadron tactique d’hélicoptères basé à Valcartier, ont pris quand à eux la relève du 427e escadron d’opérations spéciales d’avion au début d’octobre. Ils participent au bon déroulement de l’opération canadienne en Irak, mais aussi aux alliés de la Coalition en fournissant du transport aux troupes, invités et officiels ainsi qu’au matériel.

Le détachement travaille à partir du Camp Érable, lequel est situé à proximité de l’aéroport international d’Erbil.

Commandant le détachement comprenant quatre hélicoptères CH-146 Griffon, le major Mathieu Bertrand n’est pas peu fier de ses hommes qui peuvent enchaîner plusieurs vols d’affilés. Les missions pouvant les amener parfois proche de la ligne de front afin de transporter des membres des forces spéciales, les précautions sont nombreuses et la préparation essentielle. Des fois, le danger peut survenir de là où on ne l’attend pas: des lignes électriques non signalées sur les cartes!

«C’est un beau défi pour nous, mais on voit que la Coalition l’apprécie vraiment. On voit qu’on a beaucoup d’appréciation. La Coalition stipule qu’on a vraiment un rôle important ici pour eux-autres. Et ça continue, nous on va supporter encore jusqu’au mois d’avril», puis ce sera au tour du 408e escadron, basé à Edmonton qui prendra le relais.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT

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