Boeing prêt à livrer le Super-Hornet que le Canada demandera (PHOTOS/VIDÉO)

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Boeing peut sourire alors que le Canada a annoncé vouloir acheter 18 avions de chasse Super-Hornet pour sa future flotte militaire transitoire. 45eNord.ca, invité par Boeing, a eu un accès sans précédent fin janvier à plusieurs des installations de l’entreprise à travers les États-Unis ainsi qu’à ses dirigeants et partenaires et à la principale base aérienne de la US Navy, Oceana, à Norfolk, en Virginie.

De la bouche même de Dan Gillian, vice-président de Boeing sur les programmes F/A-18 et E/A-18G, l’entreprise qui a une «longue histoire avec le Canada, est très excitée de la décision du gouvernement du Canada d’aller de l’avant avec un achat [pour une flotte]temporaire».

Après des années d’incertitudes, d’annonces d’achat de F-35, d’annulation et de nouvelles études, le Canada a finalement décidé fin novembre 2016 d’acheter sans passer par la case appel d’offres 18 avions de chasse Super-Hornet pour une flotte dite transitoire.

En fait, en attendant une décision finale concernant l’achat de remplaçants définitifs aux vieillissants CF-18 Hornet, l’Aviation royale canadienne pourra compter sur ces F/A-18 Super Hornet pour combler un «écart de capacités» dû au fait qu’il ne reste plus que 76 CF-18 sur les 138 originellement commandés au début des années 80. Selon le gouvernement et les Forces armées canadiennes, les militaires ne sont actuellement plus en mesure de remplir leurs engagements envers l’OTAN et le NORAD.

Des 28 CF-18 stationnés à la 3e escadre Bagotville et des 48 CF-18 de la 4e escadre Cold Lake, aucun n’est cependant assigné à l’OTAN et le nombre d’appareils disponibles en toute temps pour le NORAD est classifié, mais peut varier entre 6 et un maximum de 36.

Négociations en cours

Les négociations sont en cours entre le gouvernement du Canada, le gouvernement américain et l’US Navy pour déterminer les besoins canadiens pour ces appareils, les configurations possibles et ce qui sera inclus dans le «package» final. Le gouvernement fédéral doit envoyer dans les prochaines semaines une lettre de demande à Boeing pour confirmer sa commande.

Si tout va bien, d’ici au début de l’année prochaine tout sera finalisé et le contrat signé et Boeing pourra commencer la construction des appareils, avec une première livraison en 2019, comme l’espère le gouvernement canadien – soit juste avant la prochaine élection fédérale. Il faut à Boeing entre 30 et 32 mois pour construire un F/A-18E/F Super Hornet.

S’il n’est pas facile d’évaluer le coût final puisque cela dépend de la quantité achetée et des capacités choisies, Dan Gillian indique toutefois qu’il en coûte actuellement 65 millions $US (85 millions $) pour avoir un appareil standard. Il faut donc cependant prendre en compte également la configuration choisie et les options sélectionnées telles le type de radar ou d’électronique, ou encore les moteurs et la capacité d’embarquement du fuel, ce qui pourrait faire monter la facture d’acquisition d’environ 20 millions $US (26 millions $). Également à prendre en compte, une taxe du gouvernement américain sur les ventes militaires à l’étranger. Le tout pourrait amener le coût d’acquisition d’un avion à environ 90 millions $US (120 millions $), ce qui reste encore bien moins cher que les F-35 de Lockheed Martin.

Enfin, comme l’a rappelé à 45eNord.ca le vice-président de Boeing, la majorité des coûts (environ 70%) vient des services tels la maintenance, l’entrainement, les logiciels, la main d’œuvre, etc. qui seront ou ne seront pas fournis dans ce «package» final.

L’acquisition seule des 18 Super-Hornet, pour une solution qui est – on le rappelle –  temporaire afin de combler un «écart» dans la capacité de l’Aviation royale canadienne, devrait donc revenir à près de 2 milliards $ au gouvernement canadien.

Pour Ricardo Traven, ancien pilote de CF-18 et actuel pilote d’essai en chef pour les F/A-18 Super Hornet, «le nom est bien choisi: Super Hornet. La super version de cet appareil à tous égard».

«Il y a des similarités [entre le Hornet et le Super-Hornet, NDLR], alors c’est confortable, mais dès que vous accélérez, vous voyez les capacités de l’appareil et, là, vous sentez les différences!», d’affirmer le pilote.

Le Super-Hornet présente un avantage indéniable puisqu’il est la version évoluée d’un avion qui est déjà utilisé par les Forces armées canadiennes. L’intégration des pilotes, mécaniciens, et des techniciens en est donc rendu beaucoup plus facile. De plus, c’est un avion possédant deux moteurs contrairement au F-35 de Lockheed Martin. C’est certainement un gros plus au niveau de la sécurité des vols en région éloignés et dans les vastes espaces aériens canadiens.

Dan Gilian nous a précisé également que les avions sont mis à jour grosso modo tous les deux ans: «Ce sont des plateformes évolutives», rappelle-t-il, suggérant ainsi que si le Canada achète ce qui est connu comme étant des appareils Block 2, ils pourront évoluer vers le Block 3, appelé «Advanced Super Hornet».

Un rapport qui restera secret

Au même moment où les négociations se déroulent entre le Canada et les États-Unis, le ministère de la Défense nationale a décidé de ne pas remettre sur son site internet un rapport de Recherche et développement pour la défense Canada, utilisant des données publiques, mettant en garde des conséquences négatives d’un éventuel achat d’une flotte provisoire.

Dans un courriel envoyé à 45eNord.ca, le ministère écrit: «Un examen a déterminé que les renseignements classifiés dans le rapport de RDDC ne pouvaient pas être facilement excisés. Nous avons donc décidé de le supprimer d’internet».

Le rapport de 2014, retiré peu après l’annonce du gouvernement fédéral de l’achat des 18 Super-Hornet, mentionnait qu’une flotte d’avions de chasse de différents modèles ne fournirait pas la même capacité qu’une flotte d’un seul et même modèle d’avion.

Était également écrit: «les coûts liés aux options de transition les rendent inadaptés à combler les lacunes de capacité à court terme […] Tout investissement à court terme entraîne des coûts disproportionnellement élevés pendant la période de transition».

Le gouvernement libéral a reconnu que la décision d’acheter les 18 Super-Hornet coûtera plus cher à long terme aux contribuables, mais a rejeté la faute au précédent gouvernement conservateur pour ce long processus d’achat aux multiples rebondissements.

*Par souci de transparence, nous tenons à vous préciser que les frais de ce reportage (transport, hébergement et repas) ont été payés par Boeing.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT

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