Déjà au moins 11 villages repris aux djihadistes dimanche par les forces irakiennes au sud de Mossoul.

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Des blindés des forces irakiennes se dirigent vers le village de Sheikh Younis, au sud de Mossoul, le 19 février 2017. (AFP/AHMAD AL-RUBAYE)

Des milliers de soldats et policiers irakiens ont lancé dimanche l’assaut pour chasser les djihadistes de l’ouest de Mossoul, les organisations humanitaires s’inquiétant du sort des 750.000 civils pris au piège d’une bataille qui s’annonce longue et dure.

L’offensive déclenchée à l’aube a permis la reprise rapide d’une dizaine de villages au sud de la deuxième ville du pays, sur le chemin menant vers l’aéroport de Mossoul, l’un des principaux objectifs des troupes gouvernementales.

Mossoul, conquise en juin 2014 par le groupe djihadiste Etat islamique (EI) et où son chef Abou Bakr Al-Baghdadi a fait son unique apparition publique, est le dernier grand bastion de cette organisation radicale en Irak.

Sa reprise totale marquerait un échec cinglant pour l’EI qui a perdu beaucoup de terrain ces derniers mois en Irak et en Syrie voisine, où il s’était emparé de vastes territoires.

A proximité de la ligne de front, sur les collines pelées d’Al-Bousseif, à 5 km à vol d’oiseau de l’aéroport, d’intenses bombardements terrestres et aériens étaient visibles, a constaté une journaliste de l’AFP.

« Nous avons jusqu’à maintenant atteint tous nos objectifs. Nous avons détruit au moins deux voitures piégées et tué plus de 20 djihadistes », a dit le général Abbas al-Joubouri, commandant de la Force d’intervention rapide, devenue incontournable dans la lutte anti-EI.

Alaa, un combattant, s’attend à ce que les djihadistes multiplient les opérations suicide afin « d’occasionner le plus de pertes possibles car ils savent qu’ils vont mourir de toute façon ».

C’est lors d’une brève intervention télévisée que le Premier ministre Haider al-Abadi a annoncé le début de l’offensive, 26 jours après la libération totale de la partie orientale de Mossoul, dans le cadre d’une opération de grande envergure lancée le 17 octobre pour chasser l’EI de l’ensemble de la ville septentrionale.

« Ninive, nous venons libérer la partie ouest de Mossoul » de la terreur de Daech », a proclamé M. Abadi, en parlant de la province dont Mossoul est la capitale et en utilisant un acronyme en arabe de l’EI.

‘Protégez les enfants’

Les forces irakiennes, formées de soldats, de policiers et de milices loyalistes, sont appuyées dans les airs par l’aviation de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis et au sol par des conseillers militaires notamment américains.

Dans un premier temps, la police fédérale et la Force d’intervention rapide tenteront de prendre l’aéroport, situé à la périphérie sud de la ville, à l’ouest du Tigre, le fleuve qui divise Mossoul en deux. Les cinq ponts au-dessus du Tigre liant l’est à l’ouest de la ville ont été détruits ces derniers mois.

La violence des combats qui s’annoncent inquiète l’ONU, qui a lancé « une course contre la montre » pour établir de nouveaux camps dans l’éventualité d’un afflux de déplacés, selon Lise Grande, sa coordinatrice humanitaire en Irak.

L’ONG Save The Children a appelé les forces irakiennes à « tout faire » pour « protéger » les 350.000 enfants dans l’ouest de Mossoul.

« Ces enfants doivent choisir entre les bombes, les combats et la faim s’ils restent et les exécutions et les tirs de snipers s’ils essaient de fuir », s’est alarmé Maurizio Crivallero, son directeur pour l’Irak.

Assiégés depuis plusieurs semaines, les quelque 750.000 habitants de l’ouest de Mossoul vivent dans des conditions difficiles: pénuries d’eau et d’électricité, manque de nourriture et hausse des prix.

Bataille ardue

Il a fallu plus de trois mois de combats acharnés aux forces irakiennes pour venir à bout des djihadistes à Mossoul-Est.

Et la reprise de la partie occidentale plus densément peuplée et aux ruelles étroites, sera plus ardue. L’entrelacs de ruelles va rendre difficile le passage des véhicules militaires, avertissent des experts.

De plus les djihadistes sunnites y sont mieux implantés et sont infiltrés parmi les civils qu’ils peuvent utiliser comme boucliers humains. Et ils pourraient jouir d’un plus grand soutien des habitants de la rive ouest, majoritairement sunnites.

La bataille « risque d’être plus difficile, avec des combats maison par maison, plus sanglants et à plus grande échelle », met en garde Patrick Skinner, du groupe d’analyse Soufan Group Intelligence Consultancy.

« La résistance de l’EI pourrait s’avérer plus importante dans cette zone et il sera plus difficile, mais de la plus grande importance, de nettoyer entièrement Mossoul après sa reprise », indique de son côté Emily Anagnostos, du centre de réflexion Institute for the Study of War.

Les pertes humaines subies par les forces fédérales sont importantes mais celles de l’EI seraient encore supérieures, ce qui pourrait le priver des ressources nécessaires pour défendre efficacement Mossoul-Ouest. Et les routes d’approvisionnement des jihadistes avec la Syrie sont coupées.

En visite aux Emirats arabes unis, le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis a dit que « la coalition intervient en soutien de cette opération », et que « les forces américaines jouent le même rôle qu’elles avaient joué dans l’est de Mossoul ».

« Nous poursuivrons l’accélération de nos efforts pour détruire l’EI », a-t-il dit, alors que le groupe jihadiste, malgré les revers, reste capable de mener des attentats particulièrement sanglants notamment en Irak.

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