Une première rencontre apparemment heureuse entre Harjit Sajjan et son homologue James Matttis

Rencontre du ministre canadien de la Défense Harjit Sajjan et du nouveau secrétaire américain à la Défense James Mattis à Washington le 6 février 2017 pour parler du travail réalisé par le Canada et les É.‑U. avec NORAD, l’OTAN et la Coalition de lutte contre l'EI. (Twitter/‏@HarjitSajjan)
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Rencontre du ministre canadien de la Défense Harjit Sajjan et du nouveau secrétaire américain à la Défense James Mattis à Washington le 6 février 2017 pour parler du travail réalisé par le Canada et les É.‑U. avec NORAD, l’OTAN et la Coalition de lutte contre l’EI. (Twitter/‏@HarjitSajjan)

Ce lundi 6 février, le ministre de la Défense Harjit Sajjan rencontrait pour la première fois son homologue américain, le nouveau secrétaire à la Défense James Mattis à Washington, d’où il pourra vraisemblablement partir soulagé.

Le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la Défense, rencontrait aussi le même jour à Washington son homologue Joseph Dunford, général des Marines comme le nouveau patron du Pentagone, James Mattis. Chef d’État-Major des armées des États-Unis depuis le 1er octobre 2015, Dunford a été maintenu en poste par l’administration Trump.

C’était aujourd’hui la première fois que le ministre Sajjan et le nouveau secrétaire de la Défense des États‑Unis, James Mattis, se rencontraient en personne, mais le premier appel du général Mattis à un homologue de la défense, le mois dernier, avait été pour le Canada.

Le nouveau secrétaire à la Défense avait alors félicité le ministre Sajjan pour son leadership et pour le partenariat de défense profond et durable entre les États-Unis et le Canada, selon un communiqué officiel du Pentagone.

Leurs discussions aujourd’hui ont touché selon Ottawa de multiples sujets, notamment la collaboration militaire entre le Canada et les États-Unis à l’échelle nationale et internationale. Ils ont parlé du travail réalisé par le Canada et les É.‑U. avec NORAD, l’OTAN et la Coalition de lutte contre l’EI.

« Aujourd’hui, j’ai eu le plaisir de rencontrer le Secrétaire à la Défense des États-Unis, James Mattis. Le ton chaleureux et cordial de la discussion reflète le partenariat solide et de longue date entre le Canada et les États-Unis, surtout en matière de défense et de sécurité », a déclaré le ministre Sajjan, ajoutant que « La relation étroite en matière de défense entre nos deux pays nous fournit un niveau de sécurité plus élevé en Amérique du Nord, et contribue à la paix et la stabilité mondiale pendant une époque de plus en plus complexe et incertaine. »

Le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord

Il aurait aussi été impensable de ne pas saluer le 60e anniversaire du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD).

Créée le 1er août 1957, l’organisation, dont la mission est la surveillance de l’espace aérien nord-américain et, depuis mai 2006, d’avertissement maritime également, est au cœur de la relation de défense canado-américaine.

« Comme 2018 marque le 60e anniversaire du NORAD, c’est avec plaisir que j’ai souligné l’importance de ce partenariat unique et ses réussites dans la protection de l’Amérique du Nord. Nous envisageons avec enthousiasme l’occasion de travailler ensemble dans le cadre de sa modernisation. », a déclaré Harjit Sajjan,

Les opérations de paix, toujours pas de nouvelles.

Mais, outre rebattre les cartes aux Affaires étrangères, où Stéphane Dion a été remplacé par Chrystia Freeland, pressentie comme meilleure négociatrice et plus à même d’établir des relations avec l’équipe du nouveau président américain, l’élection de Donald Trump a, malgré la force de la relation de défense canado-américaine, causé bien de l’incertitude sur plusieurs questions militaires.

On croyait que James Mattis et Harjit Sajjan devraient aborder la question des opérations de maintien de paix, mais Ottawa n’en fait pas mention.

Bien qu’on attendait une décision au plus tard début 2017 sur le choix du ou des pays vers lesquels se dirigeront 600 Casques bleus canadiens, Ottawa a finalement reporté le déploiement de ses soldats de maintien de la paix en Afrique dans la foulée de l’élection présidentielle aux États-Unis, disant qu’il voulait d’abord discuter d’une foule de sujets internationaux avec son allié le plus proche.

Il faudra donc voir, après cette rencontre, si le chemin qui devrait mener à une décision est enfin dégagé.

L’OTAN, ce sera peut-être finalement « business as usual »

Le nouvel occupant de la Maison Blanche, à maintes reprises pendant et après son élection, a qualifié l’OTAN d’organisation désuète, allant jusqu’à remettre en cause les fondements même de l’Alliance.

Le nouveau président a aussi à plusieurs reprises, et tout récemment encore, chanté les louanges du président russe Vladimir Poutine, suscitant l’inquiétude de plusieurs pays d’Europe centrale et d’Europe orientale.

Il semble aussi que, pour le nouveau président, la question d’argent soit de toute première importance et il n’a eu de cesse comme ses prédécesseurs d’inciter les membres de l’alliance militaire à augmenter leurs dépenses en matière de défense, mais de façon nettement plus pressante.

Le Canada est classé 23e sur les 27 pays de l’OTAN pour ce qui est des dépenses en proportion du produit intérieur brut (PIB). En 2016, le Canada a consacré 0,99 pour cent de son PIB aux dépenses militaires, ce qui est bien en deçà de la cible de l’OTAN, qui est de 2 pour cent.

Par contre, avec l’opération REASSURANCE, l’opération UNIFIER et le commandement d’un bataillon en Lettonie pour renforcer le flanc oriental de l’OTAN, le Canada est engagé à fond qualitativement au sein de l’Alliance, apportant une expérience unique et apprécié. C’est notamment le Canada, fort de son expérience en déminage acquise en Afghanistan, qui forme les démineurs ukrainiens.

De son côté, le général Marris, caution de l’administration en matière de défense et garant de la fidélité des militaires à ce nouveau président atypique et néophyte en matière de sécurité et de défense, a affirmé le 24 janvier lors d’un appel avec son homologue britannique Michael Fallon que l’engagement des États-Unis envers l’Otan était «inébranlable».

« Le Secrétaire Mattis et moi-même avons aussi discuté d’enjeux multinationaux, y compris des engagements à diriger des groupements tactiques à l’appui de la présence avancée renforcée de l’OTAN en Europe de l’Est, nos engagements envers l’ONU et la Conférence des ministres de la Défense qui aura lieu au Canada plus tard cette année », a déclaré notre ministre de la Défense.

« Nous avons aussi parlé des missions de formation en Ukraine et en Irak, et du travail effectué par la Coalition internationale pour affaiblir et vaincre Daech. J’ai aussi profité de cette occasion pour parler de l’Examen de la politique de défense du Canada. », a-t-il également ajouté.

Toujours est-il que notre ministre de la Défense a pu conclure aujourd’hui « Le Secrétaire Mattis et moi-même nous sommes engagés à travailler étroitement, et j’attends avec impatience notre prochaine réunion pendant la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN plus tard ce mois-ci. »

Il semble donc que, malgré les critiques de Donald Trump, se poursuivra la politique qui consiste à protéger l’Europe et particulièrement aujourd’hui, l’Europe de l’Est, de la Russie, tout comme se poursuivra bien sûr la lutte commune contre le groupe État islamique.

Déjà, lors de sa première visite en Asie tout récemment, le secrétaire à la Défense avait réaffirmé l’importance de l’alliance avec le Japon et l’appui indéfectible de l’Amérique à la Corée du Nord, ignorant les propos passés de Trump semblant remettre en cause l’engagement militaire américain dans la région qui avait troublé les deux alliés stratégiques des États-Unis en Asie. Et aujourd’hui, quelles qu’aient été les déclarations de Trump dans le passé, James Mattis semble rassurer le Canada, fortement engagé dans la défense de l’Europe au sein de l’OTAN et qui aurait eu tout à craindre d’un désengagement des États-Unis.

Le renouvellement de la flotte canadienne d’avions de chasse

« Nous avons parlé de la décision du Canada de lancer un processus d’approvisionnement équitable et transparent pour remplacer notre ancienne flotte de chasseurs CF-18, et pour explorer l’acquisition immédiate de 18 nouveaux chasseurs Super Hornet, à titre de solution provisoire. J’ai exprimé au Secrétaire ma reconnaissance pour l’appui et la collaboration du gouvernement américain dans le cadre de ces processus. », a révélé le ministre Sajjan.

La nouvelle administration américaine aurait du mal à s’en plaindre alors que Donald Trump s’est lui-même s’est plaint am`rement du coût élevé des avions de combat F-35.

À n’en pas douter, si Harjit Sajjan et Jonathan Vance reviennent à Ottawa avec le sourire, cela voudra peut-être dire que les Canadiens n’auront plus à s’inquiéter outre mesure des déclarations fracassantes que fait Donald Trump pour plaire à sa base et que la relation militaire canadienne, « forgée sur le champ de bataille » pour reprendre les mots de notre ministre, est tout bonnement indestructible.