Impatient d’être lavé de toute accusation, le vice-amiral Mark Norman s’exprime par la voix de son avocate

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Le vice-amiral Mark Norman. (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Impatient d’être lavé de toute accusation, le vice-amiral Mark Norman attaque à son tour, faisant savoir par la voix de son avocate que l’affaire qui a provoqué sa suspension en janvier avait assez duré et qu’il lui tardait qu’on arrive à une conclusion.

Le suspense a assez duré.

Le vice-amiral a retenu les services de la célèbre avocate criminaliste Marie Henein, associée du cabinet Henein Hutchison de Toronto, pour le représenter.

C’est Marie Henein qui avait défendu l’ancien animateur radio de la SRC, Jian Ghomeshi, qui a été acquitté en 2016 d’une série d’accusations d’agressions sexuelles. L’une des avocates les plus en vue du pays, elle été désignée à maintes reprises comme l’un des 25 avocats les plus influents du Canada par le Canadian Lawyer Magazine.

Dans un communiqué en date de ce 23 février, l’avocate rappelle que le vice-amiral Norman, fils et petit-fils de militaires, est un leader avec, derrière lui, 36 ans de services irréprochables. Un homme à qui son engagement de toute une vie au service du pays et de la sécurité des Canadiens lui a mérité le plus grand respect de ses pairs.

Elle poursuit en disant que le vice-amiral est impatient d’être lavé de toute accusation, lui qui a toujours agi avec pour seuls objectifs les intérêts et la défense du Canada.

L’enquête dont le vice-amiral est l’objet porterait sur des fuites au sujet du programme de construction navale de la Marine royale canadienne, mais ne serait aucunement une affaire se sécurité nationale.

Donnant ce qui pourrait être une indication sur l’affaire, Me Heinein souligne aujourd’hui qu’il est profondément injuste que celui qui a servi sous de nombreux gouvernements et qu’elle n’hésite pas à qualifier de héros, soit pris dans un «feu croisé bureaucratique», insistant pour qu’une enquête objective se conclue rapidement pour que son client puisse enfin retourner servir le pays et ses citoyens.

L’historique de l’affaire

Mi-janvier, dans un geste aussi inattendu que troublant, sans aucune explication, le chef-d’état major de la Défense, le général Jonathan Vance, a relevé temporairement de ses fonctions son numéro 2 et ami de longue date, le vice-amiral Mark Norman.

Dans une lettre envoyée à l’ensemble de l’état-major, Jonathan Vance écrivait dans un français approximatif: «À partir de maintenant et jusqu’à nouvel ordre, le vice-amiral M.A.G. Norman pour n’assumera pas les fonctions et responsabilité du VCEMD, incluant le commandement de Vice-chef d’état-major de la défense (VCEMD). Je désigne donc le Vice-Amiral M.F.R. Lloyd pour exercer les fonctions et responsabilité du VCEMD, incluant le commandement, de façon intérim.»

Des responsables de la Défense nationale avaient alors indiqué que le vice-amiral ne faisait toutefois pas l’objet d’une enquête criminelle par les Forces armées canadiennes, mais on apprenait plus tard que la GRC, elle, en aurait ouverte, ce qu’elle a toutefois refusée de confirmer.

Un peu plus tard, le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, a assuré que la suspension soudaine du numéro deux de l’état-major militaire canadien n’avait «rien à voir avec la sécurité nationale», déclaration qui visait probablement à rassurer les alliés, mais créait encore plus d’incertitudes sur les raisons pour lesquelles le vice-amiral a été relevé de ses fonctions.

De plus en plus victimes des rumeurs

Depuis, les rumeurs vont bon train.

La décision de relever temporairement le vice-amiral Norman de ses fonctions de vice-chef d’état-major de la Défense a été l’un des «jours les plus difficiles» de la carrière du général Jonathan Vance, mais c’était la bonne chose à faire, avait avoué le CEMD le 17 février, au deuxième jour de la Conférence sur la sécurité et la défense du CDA Institute où il était l’orateur principal.

Lors d’une mêlée de presse après son discours, interrogé sur le statut de l’enquête en cours sur Mark Norman, le général avait alors réitéré que la décision [de le relever de ses fonctions, NDLR]devait être prise et qu’il se concentrait désormais sur la protection de la vie privée du vice-amiral au milieu des rumeurs circulant dans le milieu de la défense et dans les médias.

Mark Norman avait été personnellement choisi par Vance pour ce poste de vice-chef d’état-major de la Défense et il était jusqu’à cette histoire considéré comme un candidat probable pour lui succéder. « J’ai connu l’amiral Norman toute ma vie […], mais parfois, la bonne chose à faire fait mal. », avait ajouté le général.

Mais, plus d’un mois plus tard, aucune accusation n’a été portée contre Mark Norman et plusieurs au sein du monde de la défense commencent à se demander sérieusement si le général Vance n’aurait pas agi précipitamment en prenant une mesure aussi inusitée et radicale.

Mark Norman a la réputation d’être un homme droit et sa suspension a choqué plusieurs militaires, en particulier les membres de la Marine royale du Canada dont il fut le commandant avant d’accéder au poste de vice-chef d’état-major. Il ne serait pas exagéré de dire que, non seulement les hommes et les femmes en uniforme, mais le Canada tout entier a maintenant hâte de connaître le dénouement de cette histoire et espère que le vice-amiral pourra bientôt de nouveau retourner servir le pays, comme il l’a si bien fait pendant ces 36 dernières années.

Oui, le suspense a assez duré.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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