Irak: les forces armées convergent vers l’aéroport de Mossoul, Mattis à Bagdad

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Le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis à son arrivée le 20 février 2017 à Bagdad. (AFP/Thomas WATKINS)

Les forces irakiennes soutenues par des avions et des hélicoptères convergeaient lundi vers l’aéroport de Mossoul, premier objectif de leur offensive pour reprendre au groupe État islamique (EI) la partie ouest de la deuxième ville d’Irak.

Cette vaste opération est au centre de la première visite en Irak du nouveau secrétaire américain à la Défense James Mattis, arrivé lundi matin à Bagdad pour y rencontrer de hauts responsables irakiens.

Au deuxième jour de l’offensive sur la grande ville du nord, « les forces fédérales ont repris leur avancée… Nos canons visent intensément les défenses de Daech » (acronyme arabe de l’EI), a annoncé le chef de la police fédérale Shaker Jawdat.

Les forces progouvernementales avaient déjà repris dimanche aux djihadistes une quinzaine de villages dans une zone désertique au sud de Mossoul, sur le chemin menant à l’aéroport, selon des commandants sur place.

La conquête de cet aéroport, qui ne fonctionne plus, et d’une ancienne base militaire adjacente ouvrirait la voie à un assaut sur la périphérie sud-ouest de Mossoul, à proximité des rives du Tigre, le fleuve qui coupe en deux cette ville qui avait été conquise par l’EI en juin 2014.

Les djihadistes ont établi une ligne de défense renforcée au nord de cet aéroport. Elle protège notamment la vieille ville, au cœur de Mossoul, une zone densément construite où les véhicules blindés de l’armée irakienne auront du mal à se déplacer.

C’est le Premier ministre irakien Haider al-Abadi qui avait donné dimanche le signal pour « libérer » la partie occidentale, 26 jours après la reprise « totale » de l’est de Mossoul dans le cadre d’une opération de grande envergure lancée le 17 octobre.

En chassant l’EI de Mossoul, Bagdad espère porter un coup fatal au groupe ultra-radical sunnite qui avait proclamé en 2014 un « califat » à cheval sur l’Irak et la Syrie. C’est à Mossoul que son chef Abou Bakr Al-Baghdadi avait fait son unique apparition publique.

Les experts s’attendent donc à ce que les djihadistes défendent chèrement leur peau dans leur dernier grand fief irakien en menant leurs traditionnelles actions de guérilla: explosions d’engins piégés, tireurs isolés et attentats suicide…

« Ils vont essayer de causer le plus de pertes possibles car ils savent qu’ils vont mourir de toute façon », a résumé dimanche Alaa, un combattant des troupes fédérales.

Soutien américain

Les forces irakiennes peuvent compter sur les frappes de la coalition internationale qui a utilisé plus de 12.000 munitions en ciblant l’EI depuis le début de l’opération sur Mossoul.

Ce soutien devrait être réaffirmé par le chef du Pentagone au cours de ses rencontres à Bagdad avec le Premier ministre Abadi et son homologue irakien Irfan al-Hiyali.

Dès son arrivée, James Mattis a tenu à apaiser les craintes irakiennes après des déclarations et des décisions controversées du président Donald Trump.

Ce dernier a en particulier affirmé que les États-Unis auraient dû voler le pétrole irakien avant de retirer leurs troupes de ce pays en 2011, pour financer l’effort de guerre et pour priver l’EI d’une source vitale de financement.

Mais M. Mattis, un ancien général à la retraite qui a combattu en Irak et en Afghanistan, a tenu à relativiser ces propos. « Nous en Amérique, nous avons généralement payé pour le gaz et le pétrole et je suis sûr que nous allons continuer à le faire dans l’avenir (…) Nous ne sommes pas en Irak pour accaparer le pétrole », a-t-il déclaré.

M. Trump s’est également attiré les critiques des responsables irakiens après avoir émis un décret interdisant temporairement l’entrée aux États Unis de ressortissants de sept pays majoritairement musulmans, dont l’Irak.

Ce décret a été suspendu par la justice américaine, mais la Maison Blanche dit en préparer un nouveau pour contourner la décision des tribunaux.

James Mattis a dit ne pas avoir vu le nouveau décret mais s’est dit persuadé que ce dernier n’affecterait pas les nombreux Irakiens ayant travaillé aux côtés des forces américaines.

Par ailleurs, l’ONU et des ONG se mobilisent pour pouvoir porter secours et assistance aux quelque 750.000 habitants de l’ouest de Mossoul, qui souffrent déjà de pénuries d’eau et d’électricité ainsi que d’un manque de nourriture.

L’ONU veut ainsi établir rapidement de nouveaux camps dans l’éventualité d’un exode.

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