La Conférence du CDA Institute à Ottawa à l’heure de l’incertitude crée par Trump

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Kim Nossal, professeur au Département des études politiques et chercheur au Centre pour la politique internationale et la politique de défense de l’Université Queen’s de Kingston,présentait les perspectives stratégiques 2017 à la Conférence du CDA Institute le 16 février à Ottawa. (Jacques N. Godbout/45eNord.ca)

Cette semaine, on aura parlé de Trump au G20 et à la Conférence de Munich, où son vice-président Mike pence a tenté de rassurer l’Europe désorientée par les propos du nouvel occupant de la Maison Blanche. La Conférence 2017 sur la défense et la sécurité à Ottawa, organisée par l’Institut de la CDA (Conference of defense associations institute) n’a pas fait exception et le milliardaire devenu chef de la plus puissante nation du monde a été là aussi au centre des débats et des préoccupations de plusieurs participants.

La Conférence du CDA sur les enjeux de sécurité et défense, les 16 et 17 février, réunissait experts universitaires, responsables militaires et dirigeants du monde des affaires. Elle portait sur le rôle des grandes puissances et l’évolution de l’ordre mondial, ainsi que sur l’examen de la politique de défense du Canada à la lumière des menaces en constante évolution.

Au terme des consultations de l’an dernier, la nouvelle politique canadienne de défense devrait déjà avoir été publiée et aurait dû être au centre des débats. Mais la nécessité de réviser certaines priorités à la lumière des changements survenus le 8 novembre dernier avec l’arrivée à Washington d’une toute nouvelle administration semble en avoir retardé la publication.

Rencontré sur place, l’ex Chef d’état-major de la Défense Tom Lawson, notait que les fondamentaux, eux n’ont pas changé: « Les décisions qui sortiront de la révision de la politique de défense, à propos des menaces et des intérêts du Canada dans le monde, vont nécessairement revenir aux mêmes fondamentaux qu’auparavant, la géographie canadienne n’ayant pas changé. Donc, si nous acceptons cette réalité, nous pouvons commencer notre travail au niveau suivant. De quelles capacités avons nous besoin pour permettre au chef d’état-major de la Défense de fournir au gouvernement des options lorsque celui-ci veut utiliser les leviers de l’État pour défendre et soutenir les intérêts canadiens ».

« Alors qu’on a déjà répondu aux questions stratégiques, nous devons nous pencher maintenant sur les question opérationnelles, comme les capacités dont nous avons besoin », de préciser Tom Lawson. Mais, comment articuler tout cela quand les signaux venant de Washington sont parfois contradictoires.

Le général à la retraite a toutefois tenu à saluer la nomination de James Mattis au poste de secrétaire à la Défense; « The right man at the right place », « La bonne personne au bon endroit ». Interrogé sur la possibilité que Mattis ne soit toutefois qu’une « caution » auprès des militaires et du monde de la défense pour la nouvelle Maison Blanche, l’ex chef d’état-major canadien n’a pas écarté cette possibilité.

Difficile, donc, d’établir clairement des priorités quand les signaux venant de notre plus important allié sont parfois confus ou contradictoires. La Conférence du CDA sur les enjeux de sécurité et défense, avait d’ailleurs prévu l’après-midi du premier jour une tribune sur « Les relations Canada-États-Unis à l’époque Trump ».

Dès l’ouverture de la Conférence, le politologue Kim Nossal lançait le bal.

Dans sa présentation des perspectives stratégiques 2017, le professeur au Département des études politiques et chercheur au Centre pour la politique internationale et la politique de défense de l’Université Queen’s de Kingston, en Ontario, au Canada, faisait une large place au phénomène Trump, notant que le monde de la défense au Canada comme ailleurs dans le monde attendait de connaître les véritables intentions du nouveau président américain et quelles seront ses politiques. Étant entendu qu’il est bien difficile d’ici là d’établir des priorités au delà du consensus sur la nécessité d’augmenter les dépenses militaires, remettre à jour le système d’approvisionnement, et sur les menaces bien connues auxquelles fait face le Canada, telles la souveraineté canadienne dans l’Arctique, la cybersécurité et le terrorisme.

L’après-midi, à la tribune sur « Les relations Canada-États-Unis à l’époque Trump », les discussions ont donc tourné autour de l’incertitude sur la façon de s’adapter à la nouvelle administration, ainsi qu’à la personnalité du nouveau président lui-même.

«L’ombre de Trump plane au-dessus de tout cet événement», n’a pas hésité à affirmer Steve Saideman, professeur de relations internationales à l’Université Carleton. « Il [Donald Trump] a dit tant de choses différentes et a tant de gens incompétents autour de lui … cela crée une grande incertitude ».

« Et que le temps s’arrête »…

Une autre victime de de l’incertitude crée par Trump est l’envoi d’un contingent de Casques bleus canadiens au Mali où l’expertise des soldats canadiens, francophones de surcroît, aurait été plus que bienvenue.

Le renouvellement de l’engagement du Canada envers les Nations Unies était une mesure phare du nouveau gouvernement libéral, qui en avait d’ailleurs fait une promesse électorale, soutenant que l’ancien gouvernement de Stephen Harper n’avait pas honoré le rôle traditionnel du Canada et son engagement envers l’organisation internationale.

« Cette décision d’attendre jusqu’à ce que le gouvernement canadien sache si la rhétorique dans les déclarations de M. Trump sur les alliés américains va se traduire en politiques est sage », a quant lui répondu Kim Nossal à l’ancien diplomate Ferry de Kerckhove qui l’interrogeait sur les raisons du retard dans l’annonce de cette mission.

« Tous les alliés des États-Unis seraient, à mon humble avis, bien avisés de ne pas prendre de décisions précipitées avant que cette administration devienne plus connue et prévisible dans son comportement. », d’ajouter le professeur Nossal.

La général Lori Robinson, commandante du NORAD (Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord) et du USNORTHCOM (United States Northern Command), tient une table de ronde avec les journalistes en marge de la Conférence 2017 sur la défense et la sécurité à Ottawa le 16 février. (Jacques N. Godbout/45eNord.ca)

Autre surprise que n’ont d’ailleurs pas manqué de souligner les médias canadiens, la conférencière invité ce jour-là, la général Lori Robinson, commandante du NORAD (Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord) et du USNORTHCOM (United States Northern Command), qui devait devait parler pendant au moins une bonne une heure à titre d’orateur principal, n’aura finalement prononcé qu’un discours prudent, pour ne pas dire timide, d’une duré de moins de 10 minutes.

Comme si tous les responsables politiques et militaires de la planète marchaient plus que jamais sur des œufs depuis le 8 novembre.

Elle a toutefois tenu une table ronde avec des journalistes plus tard dans l’après-midi dans laquelle elle a souligné la nécessité de moderniser l’infrastructure existante pour détecter les missiles à longue portée que la Russie augmente ses capacités.

« Nous voyons des visages familiers, mais leurs capacités ont changé », a-t-elle souligné, se référant aux menaces posées par la Russie, la Corée du Nord et la Chine.

« Dans le passé, nous nous sommes souvent fondés sur un « jeu à l’extérieur » pour répondre à ces menaces, a-t-elle expliqué dans une allégorie sportive, mais aujourd’hui, avec la nature transrégionale de ces menaces, nous devons être prêts avec un très bon « match à domicile » ici en Amérique du Nord.

Les systèmes de défense antimissile qu’utilise le NORAD peuvent, certes, détecter des avions à faible vitesse qui doivent être relativement proches de leurs cibles pour être en mesure de les frapper, mais les missiles que la Russie utilise maintenant sont capables de frapper une cible à quelque 4000 kilomètres de distance.

Quant à savoir si le Canada devrait se joindre aux Américains dans le cadre d’un programme de défense antimissile balistique, c’est encore une autre question qui doit être réglée lors de l’examen de la politique de défense que la nouvelle donne crée par l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche et les signaux contradictoires envoyés par son administration ont brouillé.

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