Le Canada ouvre ses portes aux réfugiés yézidis et autres survivants victimes du groupe État islamique

0
Une famille yazidie qui a fui la violence de son village de Sinjar en Irak, réfugiée dans une école au Kurdistan, le 5 août 2014 (Safin Hamed/AFP)

Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed D. Hussen, faisant le point cet après-midi sur le plan du Canada visant à réinstaller des femmes et des enfants yézidis vulnérables et d’autres survivants du groupe armé État islamique, annonce que le Canada aura accueilli d’ici la fin de l’année 1 200 réfugiés yézidis.

Le Canada travaille maintenant de concert avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HRC), et avec la coopération et le soutien du gouvernement irakien, pour identifier les yézidis vulnérables et autres survivants du groupe armé État islamique qui se trouvent aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Irak.

On s’attend à ce que près de 400 réfugiés yézidis et d’autres survivants des extrémistes islamistes pris en charge par le gouvernement soient arrivés d’ici le 22 février 2017, soit 120 jours depuis l’adoption de la motion à ce sujet par la Chambre des communes l’automne dernier.

À ce nombre, s’ajouteront 800 autres d’autres survivants des extrémistes islamistes d’ici la fin de l’année, pour un total de 1 200.

La sécurité des Canadiens ne sera pas négligée pour autant, précise aussi Immigration Canada: « Toutes ces personnes seront soumises à une entrevue de sécurité et d’immigration menée par des agents des visas expérimentés, à des contrôles de sécurité et des contrôles biométriques complets ainsi qu’à des examens médicaux. »

Cette annonce du ministre Hussen survient quatre mois après que la Chambre des communes eut unanimement appuyé une motion présentée par les conservateurs pour appeler le gouvernement à accorder l’asile à des femmes et des filles yézidies dont le nombre le nombre n’avait pas alors été précisé. L’initiative devrait coûter 28 millions.

Garder les familles unies

Des réfugiés kurdes au Mont Sinjar, en août 2014. (Archives/AFP)

La motion présentée par les conservateurs soulignait que l’EI commet un génocide contre le peuple yézidi et que le groupe utilise plusieurs femmes et filles comme esclaves sexuelles. Toutefois, même si ce sont les femmes et les enfants vulnérables qui sont prioritairement identifiés, ce total de 1 200 comprend aussi les membres de leur famille, afin de garder les familles ensemble.

Garder les familles unies aidera également les réfugiés à s’adapter à la vie au Canada et à guérir du traumatisme dont ils ont souffert, souligne Ottawa.

De plus, même si la motion mentionnait spécifiquement les femmes et les filles, des hommes feront aussi partie des 1200 réfugiés qui seront accueillis au Canada, car le groupe djihadiste ciblait aussi les jeunes hommes.

« Notre gouvernement est déterminé à offrir une protection aux survivants de Daech et nous sommes résolus à prendre le temps qu’il faut pour bien le faire. Notre opération vise à amener au Canada les personnes les plus à risque et à leur donner le soutien et les services dont elles ont besoin pour s’établir ici et commencer une nouvelle vie. », a déclaré le ministre Hussen.

Date de modification : 2017-02-21

Conformément à sa tradition humanitaire, le gouvernement du Canada fournit de l’aide aux personnes dans le besoin. Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada est déterminé à apporter son soutien à des femmes et des enfants yézidis vulnérables ainsi qu’à d’autres survivants de Daech, et à prendre le temps nécessaire pour bien faire les choses. D’ici la fin de 2017, le Canada accueillera environ 1 200 femmes et enfants yézidis vulnérables ainsi que d’autres survivants de Daech accompagnés des membres de leur famille.

Le Canada apporte du soutien en fonction de la vulnérabilité des gens, et non de leur religion ou de leur origine ethnique uniquement. C’est pourquoi le programme du Canada aidera des femmes et des enfants yézidis vulnérables ainsi que d’autres survivants de Daech. Les yézidis pourront figurer au premier plan, puisqu’ils ont subi de la violence particulièrement brutale aux mains de Daech.

Ces personnes ont vécu de graves traumatismes et, par conséquent, pour s’assurer qu’elles disposeront à leur arrivée de services d’établissement adéquats pour répondre à leurs besoins particulièrement pressants, la collectivité de l’établissement au Canada se prête actuellement à un exercice de coordination.

Nous collaborons avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) pour identifier les femmes et les enfants yézidis vulnérables ainsi que d’autres survivants de Daech et des membres de leur famille qui se trouvent à l’extérieur comme à l’intérieur de l’Iraq.

Entre le 25 octobre 2016 et le 22 février 2017, soit la date butoir qui a été établie dans une motion adoptée par la Chambre des communes, le Canada aura accueilli près de 400 survivants de Daech à titre de réfugiés pris en charge par le gouvernement.

L’ampleur de l’initiative canadienne est comparable à celle de l’opération allemande, qui a permis, malgré un environnement opérationnel complexe et la nécessité d’avoir des services de soutien spécialisés en place avant l’arrivée des réfugiés, de faire entrer en un an en Allemagne un peu plus de 1 000 femmes et filles vulnérables du nord de l’Iraq.

Outre les 1 200 réfugiés pris en charge par le gouvernement que le Canada accueillera, nous facilitons également le parrainage privé des personnes appartenant à ce groupe vulnérable. Davantage de yézidis et d’autres survivants de Daech arriveront au Canada à titre de réfugiés parrainés par le secteur privé

Des personnes résidant à l’extérieur de l’Iraq – au Liban et en Turquie – et enregistrées auprès du HCR ont été recommandées au Canada. La plupart de ces personnes seront au Canada d’ici le 22 février 2017.

En Iraq, le HCR désigne des personnes avec l’aide des autorités locales et des organisations non gouvernementales du Moyen-Orient.

Cette partie de l’initiative vise les femmes et les enfants yézidis vulnérables ainsi que les autres survivants de Daech et les membres de leur famille, et elle permettra la réinstallation de personnes qui n’appartiennent pas à la catégorie traditionnelle de « réfugié », puisqu’elles ont été déplacées à l’intérieur de leur propre pays, c’est-à-dire qu’elles se trouvent toujours dans leur pays d’origine.

Dernièrement, des agents des visas canadiens ont reçu un petit groupe de personnes en entrevue. Il s’agit du premier groupe de personnes déplacées à l’intérieur de l’Iraq qu’il conviendrait de réinstaller au Canada. En faisant venir un petit nombre de personnes tôt dans le processus, nous pourrons déterminer si les services de soutien en place sont adéquats.

Le Canada n’a pas l’intention de réinstaller un grand nombre de yézidis. La population yézidie fait partie intégrante de la société iraquienne, et il est donc important de reconnaître que bien des personnes souhaitent demeurer dans leur collectivité, ce qui explique pourquoi l’initiative visera un petit nombre de personnes pour qui la réinstallation s’avère la meilleure option.

Les Iraquiens résidant en Iraq reçoivent de l’aide de leur gouvernement ainsi que du soutien de la part d’organisations non gouvernementales (ONG). La réinstallation est l’une des solutions proposées par le Canada, dans le cadre des vastes efforts humanitaires déployés dans la région. Nous sommes conscients que les personnes qui ont terriblement souffert aux mains de Daech ne seront peut-être pas en mesure de réintégrer leur collectivité ou qu’elles pourraient avoir besoin de soins et de services spécialisés. Pour ces personnes, la réinstallation au Canada pourrait être la meilleure solution.

Nous avons obtenu le consentement du gouvernement iraquien pour travailler dans la région. Nous avons également communiqué avec les autorités de la région du Kurdistan de l’Iraq, qui appuient aussi notre plan.

Processus de sélection
Le même processus de sélection sera utilisé pour les personnes se trouvant à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iraq.

Une fois que des réfugiés auront été désignés, des agents des visas expérimentés et hautement qualifiés les convoqueront en entrevue afin de recueillir l’information nécessaire pour statuer sur leur cas et éventuellement leur délivrer un visa.

Le traitement des dossiers d’immigration se fait à l’étranger. Avant d’être acceptés aux fins de réinstallation, tous les réfugiés feront l’objet de vérifications de sécurité et des casiers judiciaires pour s’assurer qu’ils n’ont pas commis autrefois un crime grave et qu’ils ne présentent aucun risque pour la sécurité du Canada. Le contrôle de sécurité comprend la collecte de renseignements personnels et biométriques (p. ex. empreintes digitales et photos numériques) qui sont comparés à ceux figurant dans les bases de données de l’immigration, de l’application de la loi et de la sécurité. Ces dossiers pourraient prendre plus de temps à traiter si, pendant l’entrevue ou le processus de vérification, des préoccupations sont soulevées, car il nous faudra alors consulter nos partenaires en matière de sécurité.

Tous les résidents permanents potentiels, y compris les réfugiés, doivent subir un examen médical aux fins de l’immigration dans le cadre du processus de demande pour venir au Canada. Cet examen comprend notamment le dépistage de maladies transmissibles, comme la tuberculose.

L’Organisation internationale pour les migrations organisera le transport des personnes vers le Canada à bord de vols commerciaux.

À leur arrivée au Canada, les réfugiés pris en charge par le gouvernement seront accueillis à l’aéroport par un fournisseur de services formé du Programme d’aide à la réinstallation, qui est prêt à travailler avec des personnes extrêmement traumatisées. Ces organismes répondront à leurs besoins immédiats et à court terme. Ils leur fourniront un logement temporaire, notamment dans une maison d’accueil ou un hôtel, puis ils les aideront à se réinstaller au Canada et à trouver un logement permanent convenable et abordable. Les fournisseurs de services s’assureront aussi de leur procurer des vêtements et de la nourriture à court terme, tout en les mettant en contact avec des organismes spécialisés, qui leur proposeront les services de soutien nécessaires pour répondre à leurs besoins à moyen et à long terme.

Voir le document d’information sur les efforts d’établissement des réfugiés pour avoir de plus amples renseignements sur le processus d’établissement.

Services d’établissement au Canada
Le Canada a un programme de réinstallation des réfugiés bien organisé qui aide tous les réfugiés à s’établir et à s’intégrer. Bon nombre des activités entreprises dans le cadre de cette initiative spéciale, telles que les évaluations des besoins, font partie de notre programme de réinstallation général, et des services similaires sont offerts aux autres populations de réfugiés.

Toutefois, comme les survivants de Daech ont subi de graves traumatismes, le Ministère travaille de concert avec les collectivités où les réfugiés seront réinstallés, notamment les fournisseurs de services locaux et les représentants provinciaux et territoriaux, afin de mettre en place les services de soutien à l’établissement adéquats. Ces services de soutien comprennent entre autres des services d’interprètes, des services sociaux, physiques et psychologiques. Ces personnes peuvent se prévaloir de ces services d’établissement jusqu’à ce qu’elles obtiennent leur citoyenneté canadienne.

De concert avec nos partenaires à l’étranger, nous évaluons les services de soutien dont ces personnes auront besoin avant même qu’elles ne partent pour le Canada. Cette information est transmise aux fournisseurs de services au Canada. Le Ministère communique également avec les fournisseurs de services d’établissement qui viennent en aide aux personnes qui sont déjà arrivées au Canada et il s’adaptera en conséquence à mesure que nous savons comment se portent les personnes après leur arrivée.

Il est prévu que les personnes réinstallées dans le cadre de cette initiative s’établiront dans des villes en Alberta, au Manitoba, en Ontario et probablement dans d’autres provinces. Nous faisons preuve d’une très grande prudence avec cette population. Pour protéger la vie privée de ces personnes, nous ne donnerons aucune précision sur leurs dates d’arrivée ou les endroits où elles s’installeront.

Une communauté persécutée de longue date

La communauté yézidie, est de longue date l’une des minorités les plus vulnérables d’Irak.

Nadia Murad Basee Taha, une jeune femme yézidi de 21 ans kidnappée pendant trois mois par l’organisation État Islamique, a marqué la dernière séance du Conseil de sécurité des Nations Unies par son témoignage « J’ai été violée par des combattants de l’État Islamique jusqu’à ce que je m’évanouisse ». (Twitter)

Vivant dans les coins reculés du Kurdistan irakien, les Yézidis sont une minorité kurdophone adepte d’une religion monothéiste pré-islamique, issue du mazdéisme, qui a intégré au fil du temps des éléments de l’islam et du christianisme.

Ni arabes ni musulmans, ils sont persécutés depuis des siècles et qualifiés par leurs détracteurs, notamment par l’EI, d’ »adorateurs du diable ».

En août 2014, des dizaines de milliers de Yézidis avaient fui l’EI dans les monts Sinjar, y restant des semaines sans eau ni nourriture par une chaleur accablante, ou rejoignant le Kurdistan irakien ou des pays voisins comme la Turquie. Des milliers d’hommes furent massacrés, des femmes enlevées, certaines réduites en esclavage par les djihadistes.

Il aura fallu des mois pour qu’enfin, en décembre, appuyés par des avions de la coalition internationale à laquelle s’est jointe le Canada, près de 8.000 combattants peshmergas brisent enfin le siège du Mont Sinjar.

En mars 2015, l’ONU avait qualifié l’assaut de l’EI de «tentative de génocide» et réclamé la saisie de la Cour pénale internationale (CPI). Les forces kurdes irakiennes ont repris la ville de Sinjar le 13 novembre 2015.

Selon un bilan dressé en août 2015 par le gouvernement du Kurdistan irakien, sur les 550.000 Yézidis d’Irak, 400.000 ont été déplacés par les combats. Environ 1.500 sont morts et près de 4.000 sont en captivité.

En décembre 2015, Nadia Murad, kidnappée et violée trois mois par l’EI, témoignait: plus de 3000 Yazidis restaient captifs du groupe État islamique (EI) après la campagne de persécutions orchestrée par les djihadistes contre cette minorité

La jeune femme de 21 ans avait, elle, été capturée en août 2014, quand des miliciens de l’EI ont fait irruption dans son village, tuant «tous les hommes» et s’emparant des femmes et enfants, et exploitée sexuellement par la suite pendant trois mois par l’EI,

Les commentaires sont fermés.