Les Canadiens chez les G.I. pendant la Guerre du Vietnam, partie 1: Histoire et motivations

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À gauche, le Canadien Rob McSorley, avec deux de ses amis US Rangers, en mars 1970. (Archives/L Company Ranger 75th Infantry)

Dernier épisode historique couvert dans le cadre de notre dossier sur les combattants canadiens à l’étranger, comme l’avait été la Guerre de sécession plus de 200 ans plus tôt pour une autre génération, la Guerre du Vietnam a été la raison pour beaucoup de Canadiens de traverser la frontière vers les États-Unis, pourtant à contre-courant des fameux draft-dodgers qui fuyaient la conscription américaine.

La Guerre du Vietnam

Après la Seconde Guerre mondiale, la France tenta de reconquérir son ancienne colonie d’Indochine, dont le Vietnam que nous connaissons aujourd’hui faisait alors partie à l’époque. La partie nord du Vietnam avait alors été proclamée indépendante par Hô Chi Minh, un révolutionnaire communiste vietnamien et l’idéologie communiste se répandait comme une traînée de poudre.

Suite à une lourde défaite militaire française dans la vallée de Dien Bien Phu en 1954, des accords de paix furent conclus, prévoyant un cessez-le-feu, une frontière temporaire entre le nord et le sud au 17e parallèle et des élections qui devaient mener à la réunification.

Cependant, ces conditions ne furent pas respectées d’une part et d’autre et une rébellion éclata, dégradant par la suite en guerre civile, ce qui poussa les États-Unis, alors en pleine Guerre Froide, à une intervenir militairement contre la menace communiste. Une guerre sans pareil s’enclencha, opposant une guérilla insurrectionnelle des Viêt-Cong contre une armée américaine prête à mener une guerre conventionnelle, et dont la popularisation de la télévision pouvait retransmettre en direct au pays les images d’horreur.

Un peu plus de 58 000 victimes américaines plus tard, et après de dures années de combats inefficaces et sans succès, pliant sous une opinion publique défavorable, le gouvernement américain décida finalement de retirer ses troupes du Vietnam en 1975.

Jusqu’en 1973, la conscription avait été active aux États-Unis. Donc tout homme âgé entre 18 et 25 ans devait se faire inscrire sur la liste surnommée le «draft» et risquait d’être tiré au sort pour être mobilisé dans l’armée américaine selon les besoins.

Selon la BBC, plus de 60 000 insoumis, surnommés les draft dodgers, ont immigré au Canada afin d’éviter la conscription. Pour le Canada, il n’y avait aucun avantage à l’époque à renvoyer les draft dodgers aux États-Unis puisque la majorité d’entre eux étaient des jeunes qui venaient tout juste de graduer du collège ou de l’université et qu’ils constituaient donc une immigration éduquée et qualifiée.

De l’autre côté, un flot continu de jeunes Canadiens traversa la frontière dans l’autre sens afin d’aller s’engager dans l’armée américaine. L’historien Victor Levant fait état d’un chiffre très conservateur de 10 000 volontaires canadiens qui se seraient enrôlés chez leur voisin du Sud. Certains avaient par contre estimé jusqu’à 40 000 Canadiens dans les forces américaines, mais un nombre plus réaliste de 20 000 est cependant donnée par la Canadian Vietnam Veterans Association, qui affirme aussi que près de 12 000 Canadiens servirent dans des rôles de combat et que 134 y perdirent la vie.

Motivations

Compte tenu de la position géographique et culturelle très rapprochée entre les deux pays, il n’est pas étonnant de voir de grandes quantités de Canadiens s’engager dans les forces armées américaines.

Par contre, le contexte de la Guerre du Vietnam est particulier, puisqu’à cette époque, le gouvernement Canadien avait pris un virage dans sa politique étrangère s’éloignant de celle de son allié de longue date.

Par idéalisme

Plusieurs Canadiens ont donc rejoint les rangs de l’armée américaine parce qu’ils avaient un idéalisme qui n’était plus compatible avec ce que les missions de paix sous l’égide de l’ONU pouvait leur permettre dans les Forces armées canadiennes. Certains croyaient que, dans un contexte de Guerre froide contre l’URSS, il était de leur devoir d’aller combattre le communisme directement sur le terrain, l’arme à la main.

La Crise des missiles de Cuba menaçant directement l’Amérique du Nord en encouragea plusieurs à passer de la parole aux actes, comme ce fût effectivement le cas pour Ron Parkes, l’un des premiers Canadiens à voir les combats au Vietnam, qui, une fois de retour au pays, co-fonda la Canadian Vietnam Veterans Association puisque la Légion royale canadienne refusait à l’époque de reconnaître les anciens combattants du Vietnam.

D’autres, comme Richard Dextraze, le fils même du Général Dextraze, voyaient dans les forces américaines l’occasion de poursuivre une brillante carrière militaire. Son père s’était illustré durant la Seconde Guerre mondiale et avait gravi les échelons jusqu’à devenir chef d’état-major de la défense du Canada, mais le virage plus pacifique que prirent les gouvernements libéraux et conservateurs successifs de l’époque avait engendré d’importantes coupures en matière de défense, ce qui entravait à l’ambition de certains jeunes Canadiens.

Par goût de l’aventure

Mais à une époque bouleversée par de grands changements politiques et culturels dans le monde occidental, le risque d’une guerre nucléaire d’un bord, l’avènement de la culture hippie de l’autre, beaucoup de jeunes Canadiens partirent combattre au Vietnam comme s’ils partaient à l’aventure.

Dans un article de la CBC, les parents de Rob McSorley racontent que leur fils de 17 ans était tanné de l’école en Colombie-Britannique et, malgré leur désapprobation, décida de traverser la frontière pour aller s’enrôler avec le but de partir au Vietnam. Le vétéran Pierre Blais, quant à lui, avait perdu le goût de vivre et avait donc décidé que quant à mourir, alors aussi bien de le faire en héros.

Au final, l’armée américaine des années 60 et 70 offrait aux jeunes Canadiens désireux d’aventure une alternative qui ne leur était pas disponible au Canada et qui, pour les plus rebelles d’entre eux, leur permettait d’épouser une idéologie à contre-courant de l’opinion publique canadienne de l’époque.
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Bibliographie

– CORDAY, Chris, « Lost to history: the Canadians who fought in Vietnam », CBC, 10 novembre 2015, http://www.cbc.ca/news/canada/british-columbia/lost-to-history-the-canadians-who-fought-in-vietnam-1.3304440
– GRAY, Jeff, « US deserter’s Canadian campaign », BBC, 6 juillet 2004, http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas/3867481.stm
– LEVANT, Victor, « Guerre du Viêt-nam », the canadian encyclopedia, 11 novembre 2013, http://www.thecanadianencyclopedia.com/fr/article/vietnam-war/
– LEVANT, Victor, Secrète alliance : Le Canada dans la guerre du Viêt-Nam, Ville LaSalle, Hurtubise HMH, 1990
– SHARP, Mitchell (hon), Viet-Nam : Participation à la commission internationale de contrôle et de surveillance telle qu’envisagée par le Canada du 25 octobre 1972 au 27 mars 1973, Ottawa, Information Canada, 1973

«Les Canadiens chez les G.I. pendant la Guerre du Vietnam, partie 2: Recrutement et réaction canadienne», à lire mercredi 8 février à 06h00 sur 45eNord.ca

Passionné d'histoire et de politique, Victor-Joël Couture est gradué du Collège militaire royal du Canada en Études militaires et stratégiques. Il a aussi complété une mineure en Études françaises et s'intéresse à l'actualité internationale et domestique.

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