Les patrouilles mixtes relancent l’espoir de paix dans le nord du Mali instable et troublé

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Jean-Yves Le Drian à Gao le 25 février 2017 pour rencontrer les premières patrouilles mixtes. (Twitter/‏@JY_LeDrian)

Les premières patrouilles mixtes entre soldats maliens, groupes armés pro-gouvernementaux et ex-rebelles relancent timidement les espoirs de paix dans le nord du Mali, où les défis sécuritaires restent immenses après une série d’attentats sanglants.

« C’est un beau jour ! », s’est félicité samedi le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian en rencontrant des éléments de ces patrouilles lancées jeudi à Gao, la plus grande ville du Nord, conformément à l’accord de paix au Mali signé en mai-juin 2015.

« Les premières patrouilles mixtes, si attendues, si symboliques, si importantes sont maintenant au rendez-vous », a-t-il ajouté, « ce sont des gages importants pour l’avenir ».

Ces patrouilles à Gao, dont les effectifs atteindront à terme 600 hommes, concernent des soldats de l’armée régulière, des combattants des groupes pro-gouvernementaux de la Plateforme et ceux de l’ex-rébellion à dominante touareg du nord du Mali de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA).

Pour la visite du ministre français, une trentaine d’entre eux étaient réunis en rangs d’oignon par 40 degrés au camp de la Mission de l’ONU au Mali (Minusma).

Sur leurs uniformes vaguement coordonnés, tous arboraient des brassards affichant « MOC », sigle du « Mécanisme opérationnel de coordination » chargé d’organiser ces patrouilles censées préfigurer la refonte d’une armée malienne unitaire. Le MOC espère lancer bientôt le même dispositif à Kidal (extrême nord-est) et Tombouctou (nord-ouest), sous l’égide de la force de la Minusma.

« Formidable ! Belle perspective ! Maintenant il faut tenir la suite », a lâché Jean-Yves Le Drian à l’adresse des patrouilles, fortement soutenues par la force française Barkhane (1.400 hommes) dédiée à la lutte contre le terrorisme au Sahel.

Leur lancement, jeudi, est intervenu près de cinq semaines après un attentat-suicide avec un pick-up bourré de 500 kg d’explosif, contre le camp du MOC, situé à quelques centaines de mètres de celui de la Minusma.

Cette attaque, revendiquée par le groupe Al-Mourabitoune du djihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar rallié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), a fait près de 80 morts selon des bilans concordants.

« Aujourd’hui, nous assurons la sécurité des sites du MOC. Mais nous allons dans un bref délai rentrer dans l’opération de sécurisation de la ville de Gao avec les forces maliennes, de la Minusma et Barkhane », a assuré le chef du MOC, le colonel Sidi Mohamed Rhissa, issu de l’armée malienne.

D’anciens rebelles touareg, hier membres de groupes djihadistes, se rallient doucement, attirés par la perspective d’une solde régulière dans une région déshéritée, a souligné une source militaire à la Minusma.

Mais la porosité entre groupes signataires de l’accord de paix et combattants radicaux ainsi que trafiquant en tous genres, membres de mêmes tribus, reste grande.

La sécurité était de fait maximale lors de la venue du ministre Le Drian, encadré par une débauche de forces spéciales et gardes du corps lourdement armés. La patrouille mixte, arrivée à bord de pick-up estampillés MOC, était quant elle non armée.

Le MOC, dont le camp était réputé perméable aux allers et venues d’éléments externes, a assuré de son côté avoir pris « toutes les protections » pour sa sécurité. Mais la tension reste grande.

« La présence de certains groupes ou nationalités, comme les Pakistanais, dans Gao présage pour nous un mauvais augure », a affirmé Aimée-Thérèse Faye Diouf, responsable du programme DDR (Désarmement, Démobilisation et Réinsertion) pour le compte de la Minusma à Gao.

« À chaque fois qu’ils sont là, quelque temps après, on a une explosion, une attaque assez complexe », a-t-elle dit.

Quatre ans après le déclenchement, en janvier 2013, à l’initiative de la France, de l’intervention militaire internationale dans le Nord qui a mis en déroute les djihadistes sans en éradiquer la menace, Jean-Yves Le Drian concède aussi que les défis restent nombreux.

« Il reste encore beaucoup à faire pour que l’autorité de l’État s’impose sur l’ensemble du territoire », a-t-il noté. « Quel que soit votre succès, il ne vous met pas à l’abri d’une attaque ou d’un attentat », a-t-il ajouté devant les soldats de Barkhane.

Longtemps concentrées dans le nord du Mali, les attaques djihadistes se sont étendues à partir de 2015 vers le centre puis le sud du pays ainsi qu’au Niger voisin où, selon les autorités, 19 soldats ont été tués mercredi par un groupe djihadiste, selon une source militaire française.

La France poste des soldats au Niger près de la frontière malienne

L’armée française va prêter main forte aux Nigériens dans une région frontalière du Mali théâtre d’attaques sanglantes de groupes djihadistes ces derniers mois, a aussi annoncé samedi soir le ministre français de la Défense.

« À la demande du président (Mahamadou) Issoufou, un DLAO (détachement de liaison et d’assistance opérationnelle) est en train de se constituer à Tillabéri (ouest) au profit de nos camarades nigériens », a déclaré Jean-Yves Le Drian, devant les soldats de la force française Barkhane à Niamey, à l’issue d’un entretien avec le chef de l’État nigérien.

Entre 50 et 80 hommes, des forces spéciales notamment, seront à pied d’oeuvre « dans trois jours » sur cette position, à 100 km au nord de Niamey, a-t-on précisé de source militaire française. Ils seront dotés de capacités de guidage aérien pour appuyer les soldats nigériens au sol.

Les forces armées nigériennes ont été la cible de plusieurs attaques meurtrières ces derniers mois, attribuées à des groupes djihadistes maliens liés notamment au Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), une des formations djihadistes visées par l’opération française Serval en 2013 au Mali.

Quinze soldats nigériens ont été tués mercredi lors d’une attaque contre une patrouille de l’armée à Tilwa dans la zone de Ouallam (ouest), à proximité de Tillabéri.

Début octobre, un peu plus au nord-est dans la région voisine de Tahoua, 22 soldats nigériens avaient été tués dans l’attaque d’un camp de réfugiés à Tazalit.

La force Barkhane – constituée de 4.000 soldats – mène des opérations antiterroristes, notamment transfrontalières, sur cinq pays du Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad et Burkina Faso).

Au Niger, elle dispose de quatre avions de chasse Mirage 2000 et cinq drones Reaper, chargés de collecter du renseignement sur la zone.

Des soldats français sont aussi postés à Madama, dans le nord du Niger, à la frontière avec la Libye, et à Diffa dans l’extrême sud-est du pays, où le groupe islamiste nigérian Boko Horam mène régulièrement des incursions.

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