Le «palpeur de seins» Wilks, sur lequel les médias avaient attiré l’attention, condamné une troisième fois

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L’ex-maître de 2e classe James Wilks, sur lequel les médias avaient attiré l’attention lors de son précédent procès, amenant de nouvelles victimes à porter plainte, a été reconnu coupable pour une troisième fois de chefs d’accusation pour abus de confiance par un fonctionnaire public et pour agression sexuelle par une cour martiale générale à Gatineau.

Les chefs d’accusation pour lesquels Wilks a été reconnu coupable se rapportent à de l’abus de confiance par un fonctionnaire public et à une agression sexuelle, survenus entre 2013 et 2016 alors que Wilks était médecin-examinateur pour le recrutement des Forces armées canadiennes à London et à Windsor (Ontario).

Sur les huit chefs d’accusation retenus par le directeur des poursuites militaires le 27 juillet 2016, le jury:

  • a déclaré coupable l’ex-M 2 Wilks de 3 chefs d’accusation punissables aux termes de l’article 130 de la Loi sur la défense nationale (LDN) pour abus de confiance par un fonctionnaire public, en contravention de l’article 122 du Code criminel du Canada.
  • a déclaré coupable l’ex-M 2 Wilks d’un chef d’agression sexuelle, aux termes de l’article 130 de la LDN, en contravention de l’article 271 du Code criminel du Canada.

Wilks n’en était pas à ses premiers démêlés avec la justice militaire, loin de là.

Il avait déjà condamné à 30 mois en 2014, après avoir abusé de la confiance de jeunes recrues pendant qu’il effectuait des examens médicaux dans les centres de recrutement des Forces canadiennes de London et de Thunder Bay, en Ontario. De 2004 à 2009, Wilks avait fait subir des examens médicaux à des recrues et des membres en activité de service des FAC contrairement aux procédures médicales établies.

Plus précisément, le technicien médical avait profité d’examens médicaux que subissaient les plaignantes pour voir et toucher leurs seins des patientes en leur faisant croire que cela faisait partie de son mandat, ce qui n’était bien évidemment pas le cas.

Auparavant, Wilks avait même déjà  passé du temps en prison pour des crimes semblables. En décembre 2011, une cour martiale l’avait déjà reconnu coupable d’une accusation d’agression sexuelle et de quatre accusations d’abus de confiance dans le cadre d’une autre affaire et condamné à neuf mois de prison.

La grande visibilité de son procès de 2014 amène d’autres victimes à sortir de l’ombre

Après sa condamnation de 2014, en raison de la grande visibilité et de la couverture médiatique de son procès, huit autres victimes se sont alors manifestées et ont présenté des plaintes. Le Service national des enquêtes des Forces canadiennes (SNEFC) a pu porter à ce moment là de nouvelles accusations contre Wilks en septembre 2015.

Finalement, le début de cette nouvelle affaire en cour martiale s’est fait lundi 9 janvier 2017, le processus des requêtes préliminaires se tenant du 9 au 13 janvier 2017 et le procès lui-même en cour martiale générale débutant le 16 janvier 2017.

Passible de 10 ans, combien aura-t-il cette fois ?

Le juge au procès, Mario Dutil, prononcera maintenant la  peine  du militaire à la retraite le 24 mai.

La peine maximale en cas d’agression sexuelle est de 10 ans d’emprisonnement et de cinq ans pour ce qui est de l’abus de confiance. Une seule peine est imposée au délinquant, en application de la Loi sur la défense nationale. Étant donné que Wilks a été reconnu coupable d’agression sexuelle et d’abus de confiance, il fait donc face,  pour une troisième fois, à une peine maximale de 10 ans d’emprisonnement.

Peut-être les paroles de la populaire comptine « Trois fois passera, la dernière, la dernière, trois fois passera, la dernière… » se réaliseront-elles.

En outre, ce verdict survient alors que les Forces armées canadiennes sont aux prises avec le lancinant problème de l’inconduite sexuelle, qui sape la confiance du public et des militaires envers l’institution.

Le 3 février, dans le communiqué annonçant le verdict de la cour martiale, les Forces armées canadiennes ont  d’ailleurs pris la peine de déclarer qu’elles prennent toutes les allégations d’inconduite sexuelle au sérieux et s’engagent à les traiter le plus rapidement possible.

Depuis le déclenchement de l’opération HONOUR en juillet 2015, visant à «éliminer les comportements sexuels dommageables et inappropriés au sein des Forces armées, plusieurs accusations ont été portées en cour martiale contre des membres des Forces armées.

En outre,  le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la Défense, a annoncé le mois dernier que, dorénavant, les militaires condamnés seront tous exclus des Forces, peu importe leur sentence.

L’utilité des chiens de garde

Mais, ironie du sort, alors que ce sont les médias qui ont braqué les projecteurs sur ce problème, obligeant pour ainsi dire les Forces armées à réagir, et que ce sont encore les médias qui, par leur couverture de l’avant-dernier procès Wilks, ont amené les huit autres victimes à se manifester et à porter plaintes, le chef d’état-major de la Défense, le général dénonçait jeudi une vision «toxique» des FAC dans les médias, se référant notamment à la façon dont la presse traite de l’inconduite sexuelle, des troubles de stress opérationnels ou du suicide chez les militaires.

Bref, les chiens de garde que sont les médias, c’est un peu comme les policiers, tout le monde les détestent sans trop se rendre compte à quel point ils en ont besoin. Se pourrait-il que ce troisième procès Wilks qui nous débarrassera peut-être pour longtemps de ce palpeur de seins invétéré soit aussi un autre témoignage de l’utilité des médias…

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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