Syrie: l’ONU consulte avant la reprise des pourparlers de Genève

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L’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura le 1er février 2016 à Genève. (AFP/FABRICE COFFRINI)

Remis à jour le 23/02/2017 à 11h45

L’émissaire spécial de l’ONU pour la Syrie a entamé jeudi matin d’intenses consultations avec les représentants du régime syrien et de l’opposition, avant de lancer officiellement « Genève 4 », la quatrième série de pourparlers de paix à Genève.

Trois rencontres ont déjà eu lieu en 2016 sous l’égide de l’ONU sans parvenir à ramener la paix en Syrie, où plus de 310.000 personnes sont mortes et plusieurs millions ont dû fuir sur les routes pour échapper à six années de guerre.

« Genève 4 » s’ouvre au moment où des rebelles syriens pro-turcs viennent d’annoncer la « libération totale » d’Al-Bab, dernier fief dans le nord de la Syrie du groupe Etat islamique. Une victoire significative sur le terrain, mais qui ne change pas la donne des discussions de Genève: elles ne portent pas sur la lutte contre l’EI, un groupe exclu du cessez-le-feu en vigueur.

Avant même le début de cette nouvelle série de pourparlers, le médiateur de l’ONU, Staffan de Mistura, a tenu à modérer les espoirs, en affirmant qu’il ne fallait pas s’attendre à une « percée ».

Afin de définir l’agenda et le bon déroulement de « Genève 4 », il a rencontré dans la matinée le chef de la délégation du gouvernement syrien, Bachar al-Jaafari. Puis il s’est entretenu avec deux représentants du Haut comité des négociations (HCN) qui rassemble des groupes clés de l’opposition, le cardiologue Nasr al-Hariri, chef des négociateurs, et Yehya Kodmani, chef de la délégation du HCN.

D’autres représentants du Groupe de Moscou et du Groupe du Caire, considérés comme des opposants plus modérés au régime de Damas, devaient être également consultés.

L’ONU n’a pas annoncé l’heure à laquelle les discussions seraient officiellement lancées, mais M. De Mistura souhaite organiser dans la journée une cérémonie pour accueillir tous les participants, ainsi que des ambassadeurs des pays membres du Groupe international de soutien à la Syrie (ISSG).

Négociations directes ?

Autre inconnue: le format qui sera retenu pour ces discussions, qui lors des fois précédentes s’étaient tenues dans des salles séparées, avec M. De Mistura dans le rôle d’intermédiaire entre les délégations.

Mercredi soir, le HCN s’est prononcé en faveur de discussions directes.

« Nous demandons des négociations directes. Cela économisera du temps et sera une preuve de sérieux plutôt que de négocier dans des salles » séparées, a dit Salem Meslet, porte-parole du HCN.

Mais la délégation du gouvernement et les autres groupes d’opposition ne se sont pas encore prononcés officiellement.

L’ordre du jour reste également une question très délicate pour le médiateur de l’ONU.

Tout le monde semble d’accord pour discuter d’une « transition politique », prévue dans la résolution 2254 du Conseil de Sécurité qui sert de base aux négociations de paix.

Mais cette expression ne revêt pas la même signification pour le HCN et pour le régime.

L’opposition réclame le départ du président syrien Bachar al-Assad et la mise en place d’un organe de transition pouvant mener à des élections.

Le gouvernement est lui disposé à accepter la tenue d’élections, mais refuse de discuter du sort du chef de l’État syrien.

Une situation changée

Mais depuis les derniers pourparlers de Genève en avril 2016, la situation sur le terrain en Syrie a bien changé et le HCN n’est plus vraiment en position de force.

Le régime de Damas, appuyé par ses alliés russe et iranien, a repris Alep, fief de l’insurrection dans le nord, et l’opposition ne contrôle plus, selon des estimations, que 13% du territoire.

Même la Turquie, alliée de l’opposition, semble avoir adouci sa position et s’est rapprochée de Moscou.

Les États-Unis, autre soutien de l’opposition, semblent, eux, hésiter sur la politique à suivre en Syrie depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

L’opposition ne cache pas son désarroi face à la nouvelle administration américaine.

« La position du président Trump sur la Syrie et le Moyen-Orient n’est pas encore claire », a reconnu un autre porte-parole du HCN, Ahmed Ramadan.

Sur le terrain, le cessez-le-feu mis en place depuis décembre tient plus ou moins, mais l’opposition accuse l’aviation du régime de bombarder des positions rebelles près de Damas et dans la province de Homs (centre).

En signe de bonne volonté, la Russie, alliée du régime de Damas, a appelé mercredi à la suspension des frappes aériennes syriennes pour toute la durée de « Genève 4 ».

Moscou, lui, veut «stabiliser le pouvoir légitime»

Le président russe Vladimir Poutine au Kremlin à Moscou. (Archives/Alexei Nikolsky/AFP)
L’objectif de la Russie en Syrie est de «stabiliser le pouvoir légitime» et de porter «le coup décisif» au terrorisme, a déclaré jeudi le président russe Vladimir Poutine, au moment où les pourparlers sur le conflit syrien reprennent à Genève.

«Nous ne fixons pas d’objectif de nous ingérer dans les affaires intérieures de la Syrie» où la Russie intervient militairement depuis septembre 2015 en soutien au régime de Bachar al-Assad, a assuré M. Poutine, lors d’une rencontre avec des officiers de la flotte russe de retour de ce pays déchiré par la guerre.

Allié fidèle du régime de Damas, la Russie a la «tâche de stabiliser le pouvoir légitime dans le pays et de porter le coup décisif au terrorisme international», a-t-il ajouté.

En près de six ans, la guerre en Syrie a fait plus de 310 000 morts et des millions de déplacés.

«Plus vite le pays passera à un règlement politique, plus de chances aura la communauté internationale de mettre fin à la peste terroriste sur le territoire syrien», a estimé M. Poutine, selon les images de la télévision russe.

Cette déclaration intervient alors que les pourparlers de paix entre les représentants du régime syrien et de l’opposition reprennent jeudi à Genève et que des rebelles syriens pro-turcs ont annoncé la «libération totale» d’Al-Bab, dernier fief dans le nord de la Syrie du groupe djihadiste État islamique (EI).

Engagée militairement depuis septembre 2015 en Syrie, Moscou a changé la donne dans le conflit en volant au secours de l’armée syrienne qui était alors en difficulté face aux rebelles appuyés par des pays du Golfe et occidentaux.

En janvier, la Russie a cependant retiré son groupe du porte-avions des eaux syriennes, après avoir indiqué en décembre que sa présence militaire en Syrie serait «réduite».

Le groupe naval comprenant notamment l’unique porte-avions russe en service, l’Amiral Kouznetsov, a «porté un détriment significatif aux groupes terroristes» et a contribué à la «création des conditions pour la poursuite des pourparlers de paix entre le gouvernement syrien et l’opposition armée», s’est félicité M. Poutine.

Aux yeux du président, lors de cette mission en Syrie, les marins russes «ont contribué directement à la sécurité de la Russie».

«Quelques 4000 ressortissants russes et environ 5000 ressortissants de l’ex-URSS» combattent dans les rangs de l’EI en Syrie selon les services spéciaux russes, en présentant un «danger énorme» pour la Russie, a-t-il rappelé.

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