Ukraine: combats meurtriers, l’Otan somme Moscou d’agir

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Le Chef de la république autoproclamée de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko (g) se dresse à côté de soldats ukrainiens en captivité (à genoux) à un arrêt de bus où 13 personnes ont été tuées dans un bombardement de trolleybus à Donetsk, le 22 janvier 2015 (Aleksander Gayuk/AFP)

Au moins six personnes ont été tuées mercredi sur la ligne de front dans l’est de l’Ukraine, au quatrième jour de combats entre soldats ukrainiens et rebelles prorusses, l’Otan sommant Moscou d’user de son influence pour rétablir le calme.

Ces combats sont les plus violents depuis l’investiture du président américain Donald Trump, qui prône un rapprochement avec la Russie, accusée par Kiev et l’Union européenne de soutenir les séparatistes malgré ses dénégations.

Moscou doit user de sa « considérable influence auprès des rebelles » prorusses pour rétablir la trêve signée fin décembre, a exigé Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’Otan.

Les affrontements ont entraîné la mort de deux soldats ukrainiens, selon l’armée, qui avait déjà annoncé plus tôt le décès d’un autre de ses soldats.

Les rebelles ont fait état pour leur part de la mort de deux civils près de Donetsk, bastion des rebelles, et Makeïevka, petite ville voisine, tandis que la police pro-Kiev d’Avdiïvka a déclaré qu’une habitante a été tuée par un tir.

Au total, 19 personnes ont péri depuis le regain de tensions dimanche sur cette portion de la ligne de front.

Alors qu’elle restait privée d’électricité et connaissait d’importantes coupures en eau courante, la population de la ville d’Avdiïvka, située une dizaine de kilomètres au nord de Donetsk, doit aussi faire face à un chauffage sporadique, par des températures atteignant les -8 degrés.

« C’était une nuit très difficile, les enfants ont été réveillés par les tirs », a confié à l’AFP Larissa Mikhaïlivna. « Un obus est passé devant la fenêtre de notre maison, mais, Dieu merci, il n’a pas éclaté », a raconté cette retraitée de 62 ans qui a décidé de quitter la ville avec ses deux petites-filles.

Plus de 70 habitants ont comme elle quitté la zone, bien que l’armée ukrainienne n’ait pas annoncé une évacuation de la population.

« A 10H00 (08H00 GMT), 77 personnes ont été évacuées. Au total, 180 personnes sont inscrites sur les listes, elles seront évacuées ce soir ou demain », a déclaré Pavlo Jebrivski, à la tête de l’administration pro-Kiev de cette ville.

« Il y a des personnes âgées qui ne peuvent même pas quitter leurs appartements et qui y sont restées deux jours durant, sans chauffage », a regretté un soldat âgé de 23 ans, répondant au nom de guerre Nikopol, qui aidait les habitants à évacuer la ville.

L’armée, qui contrôle la ville d’Avdiïvka, a dressé dans l’enceinte du stade municipal six grandes tentes où des générateurs permettaient de fournir aux habitants chauffage, thé chaud et de quoi recharger leurs téléphones.

Selon la mission de surveillance de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), 22.000 personnes sont sans chauffage ni électricité.

Les autorités ont affirmé avoir réussi à rétablir en partie le chauffage et l’arrivée de gaz dans les appartements d’Avdiïvka.

‘Graves inquiétudes’

Outre les 19 personnes tuées depuis dimanche, les combats ont également fait au cours de ces dernières 24 heures une trentaine de blessés, dont 20 soldats ukrainiens selon l’armée.

L’armée a accusé sur Facebook les rebelles d’avoir mené plusieurs attaques contre ses positions près d’Avdiïvka cette nuit et au petit matin, avec, entre autres, grenades, mitrailleuses, lance-roquettes.

« Des tirs ont lieu actuellement. Il faut un cessez-le-feu pour commencer les travaux de reconstruction », a déclaré sur Twitter la mission de l’OSCE, dont le chef adjoint Alexander Hug s’est rendu à Donetsk.

En plus d’avoir suscité une réaction de l’Otan, ce regain de violence a provoqué l’inquiétude de l’UE, des États-Unis et de l’ONU. La diplomatie de l’UE a dénoncé mardi soir une « rupture flagrante du cessez-le-feu » en vigueur depuis fin décembre.

Exprimant ses « graves inquiétudes » devant cette évolution de la situation, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une déclaration, rédigée par Kiev, appelant à « un retour immédiat au régime de cessez-le-feu ».

Accusant Moscou de soutenir les séparatistes, ce que la Russie dément, le président ukrainien Petro Porochenko a ensuite promis sur Twitter de continuer à « défendre l’Ukraine contre l’agression russe ».

Le conseiller du Kremlin Iouri Ouchakov a rétorqué en estimant que Kiev utilise les affrontements à Avdiïvka comme « un moyen de pression sur Moscou ».

L’Ukraine est en proie depuis bientôt trois ans à un conflit ayant fait près de 10.000 morts.

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