Ukraine: Kiev et Moscou s’accusent mutuellement du regain de violence

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Le président ukrainien Petro Porochenko a appelé jeudi à faire pression sur Moscou au cinquième jour de combats entre soldats ukrainiens et rebelles prorusses dans l’est de l’Ukraine. (Archives/Anatolii Stepanov/AFP)
Le président ukrainien Petro Porochenko a appelé jeudi à faire pression sur Moscou au cinquième jour de combats entre soldats ukrainiens et rebelles prorusses dans l’est de l’Ukraine, Vladimir Poutine accusant en retour Kiev d’avoir orchestré la reprise des hostilités.

Ces affrontements, les plus violents depuis une trêve obtenue en décembre, sont aussi les premiers depuis l’investiture du président américain Donald Trump, qui prône un rapprochement avec la Russie accusée par Kiev et l’Union européenne (UE) de soutenir militairement les séparatistes.

Lors d’un entretien téléphonique avec son homologue slovaque Andrej Kiska, Petro Porochenko a accusé « les soldats russes » de tirer sur Avdiïvka, au coeur des combats depuis dimanche, appelant le monde à être « plus actif dans sa pression sur la Russie pour obtenir un cessez-le-feu ».

Vladimir Poutine lui a répondu au cours d’une conférence de presse avec son homologue hongrois Viktor Orban à Budapest, accusant l’armée ukrainienne d’avoir déclenché les affrontements et « avancé de 200 mètres dans le territoire contrôlé par les milices » avant d’en être repoussé.

Les autorités ukrainiennes cherchent « à travers ce conflit » à « établir des relations » avec l’administration Trump, a déclaré le président russe. « C’est beaucoup plus facile ainsi de mettre l’administration (américaine) actuelle au courant des problèmes ukrainiens », a-t-il ajouté.

En effet, l’Ukraine s’inquiète du fait que le président Trump pourrait cesser les sanctions imposées sur la Russie à cause de ces actions en Ukraine, rapporte le Telegraph. Cela pourrait influencer les pays membres de l’UE à faire de même.

La diplomatie ukrainienne a démenti jeudi les accusations de Moscou selon lesquelles Kiev a intensifié les violences pour attirer l’attention internationale sur ce conflit quasiment gelé, dénonçant des allégations « à la fois absurdes et complètement fausses ».

« Le gouvernement ukrainien a besoin d’argent, et le meilleur moyen de permettre aux États-Unis, à l’UE, et aux organisations internationales de payer est de se placer en position de victime d’une agression, » a expliqué Poutine à Budapest, après son entretien avec son homologue hongrois Viktor Orban.

À Bruxelles, le président de l’UE, Donald Tusk, a urgé Moscou de mettre pression sur les séparatistes afin de cesser les hostilités et de restaurer un cessez-le-feu.

« La Russie devrait utilisé son influence pour désengager les séparatistes, » a dit Tusk sur Twitter.

Les combattants des deux camps continuaient à s’affronter jeudi à coups de roquettes et d’obus de mortier, qui ont notamment tué une civile. Les autorités séparatistes ont annoncé le décès d’un de leurs combattants dans les faubourgs d’Avdiïvka et l’armée ukrainienne la mort de deux de ses soldats, portant à 23 le nombre de morts depuis la reprises des violences.

Mercredi, le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg avait appelé Moscou à user de sa « considérable influence auprès des rebelles » prorusses pour mettre fin aux violences.

L’administration Trump a adopté un ton restraint qui reflète la nouvelle approche du pays envers le conflit en Ukraine, et les nouvelles relations russo-américaine qui vont redéfinir la politique étrangère des deux pays, et du reste du monde.

Mortiers et gruau

Alors que les températures descendent sous les -20° en plein coeur de l’hiver ukrainien, les 20.000 habitants d’Avdiïvka doivent en outre faire face à des pénuries de chauffage et d’eau courante en raison des dégâts infligés à la centrale électrique de la ville.

La question de la responsabilité initiale dans la rupture de la trêve n’est pas tranchée, les deux camps, soldats ukrainiens et rebelles prorusses, s’accusant mutuellement. Mais la ville d’Avdiïvka, sur la ligne de front, est sous le contrôle de l’armée ukrainienne, et des soldats ukrainiens ont indiqué à l’AFP avoir été pris par surprise par les attaques des séparatistes durant le week-end.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, une journaliste de l’AFP sur place a été témoin d’attaques menées par les rebelles contre des positions ukrainiennes.

L’armée ukrainienne a affirmé à l’AFP avoir repoussé « plusieurs attaques » contre ses positions.

« Il n’y a pas de lumière dans la ville et nous gardons la centrale à la température la plus basse possible pour éviter que les tuyaux ne gèlent », a précisé la porte-parole de la 72e brigade de l’armée, Olena Mokryntchouk.

Un soldat ukrainien répondant au nom de guerre de « Zoo » a par ailleurs indiqué jeudi à l’AFP être persuadé que des soldats russes avaient participé aux attaques contre Avdiïvka. « Personne d’autre n’aurait pu se coordonner aussi bien », a-t-il affirmé.

Face à la menace de pénurie alimentaire, l’armée a installé des cantines itinérantes pour distribuer du gruau de sarrasin et du thé à plusieurs centaines d’habitants. Sept camps ont en outre été installés à travers la ville pour permettre à la population de se réchauffer.

« En ce moment, nous préparons du sarrasin et de la bouillie de millet. Nous espérons recevoir de la viande en conserve dans la soirée », a expliqué à l’AFP un soldat de 40 ans ne souhaitant donner que son nom de guerre, Taras.

Avdiïvka a toujours été un point stratégique du conflit. Prise par les combattants prorusses en avril 2014 en écho au soulèvement pro-européen du Maïdan à Kiev, la ville a été reprise quelques mois plus tard par les troupes de Kiev qui y ont depuis gardé un très important contingent.

Distante de moins de 10 kilomètres du bastion rebelle de Donetsk, c’est aussi un noeud routier dont les combattants rebelles ont su profiter pour déplacer des armes lourdes, sa cokerie ayant aussi une importance cruciale pour l’alimentation en électricité de la région.

*Avec AFP

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