À Lahr, à la rencontre de ces «22» qui sont restés en arrière (PHOTOS/VIDÉO)

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L’Allemagne restera toujours un pan important de l’histoire des Forces armées canadiennes, et notamment du Royal 22e Régiment qui y était présent durant une bonne partie de la Guerre froide. 45eNord.ca s’est rendu à Lahr, à la rencontre des militaires canadiens qui ont décidé de rester vivre en Allemagne après le démantèlement de la brigade stationnée dans cette petite ville en 1993.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors que l’Est et l’Ouest s’opposent sur leurs idéologies, des militaires canadiens sont postés en Allemagne dans le cadre d’une mission de l’OTAN. Leur mission principale, entre 1953 et 1993 consistait à protéger les membres de l’OTAN contre les risques d’attaques du régime soviétique. Cela impliquait une force de frappe terrestre, collaborant avec les troupes britanniques et américaines.

Au début des années 1970, le gouvernement canadien réduit de moitié ses effectifs militaires et le contingent canadien en Europe passe de 10 000 à 5 000 hommes. Cette réduction entraîne le déménagement des bataillons d’infanterie du nord au sud de l’Allemagne, pour grouper les unités terrestres aux unités aériennes qui s’y trouvaient déjà. Le déménagement a donc lieu vers la bourgade de Lahr et la BFC Lahr entre en activité.

Malgré des réticences au début suscitées par la présence des militaires au lendemain d’une terrible guerre, les Allemands se sont liés d’amitié avec les Canadiens et se sont acclimatés au bruit des avions de chasse et des tanks. À l’apogée de la présence canadienne à Lahr, on y trouvait environ 6 600 militaires et 17 000 Canadiens en incluant les familles.

L’ensemble forme alors une véritable communauté francophone dans cette petite ville. Des écoles francophones, un journal, un poste de radio bilingue de Radio-Canada et même un cinéma canadien s’ouvrent. La majorité du contingent a appris l’allemand, les enfants des militaires ont fréquenté les écoles allemandes, les femmes faisaient leurs courses dans les commerces locaux, etc.

Par goût de l’aventure, par conviction, pour les opportunités

Les raisons pour les militaires du Québec de venir travailler en Allemagne sont aussi nombreuses qu’il n’y avait de soldats. Pour sa part, le sergent à la retraite Gilles Viens explique qu’il avait «de vieilles connaissances militaires qui y sont allées et qui nous disaient que la vie militaire en Europe était beaucoup mieux qu’au Canada. Alors on a dit ‘ok, on est célibataires, on va aller en Allemagne pour voir qu’est ce que c’est’. Puis la vie militaire en Allemagne nous a très bien plu et c’est pour ça que nous sommes restés.»

«D’un point de vue militaire, notre vie était bien mieux ici en Allemagne, surtout pour nous l’infanterie, où nous avions beaucoup plus d’opportunités, que de jouer au cowboy à Québec avec des pistolets à eau», raconte non sans une pointe d’humour le sergent à la retraite Paul Garneau.

«Je pensais qu’on allait arriver sur un terrain de guerre, se souvient encore Paul Garneau. Je m’attendais plus à être sur un front que de faire des exercices avec l’OTAN, le bataillon ou la brigade, alors j’ai été désappointé, mais à 19 ans on peut pas tout avoir, j’ai pris la pilule et on a commencé tranquillement».

Un attentat frappera cependant la base en juillet 1987, qui ne fera fort heureusement aucune victime, que des dégâts matériels.

Sur la base, les milliers de militaires présents se divisaient en quatre branches: les opérations, l’administration, les services techniques et le contrôleur. Avec la chute du Mur de Berlin, du communisme et de l’URSS, les derniers membres du 4e Groupe-brigade mécanisé du Canada quittèrent le 31 août 1993 et la BFC Lahr fut démantelée officiellement le 15 août 1994.

Pour beaucoup de militaires en fin de carrière ou non, ce fut alors pour des raisons familiales qu’ils sont restés en Allemagne, lorsque l’annonce du démantèlement de la brigade est arrivée. Certains étant mariés à des Allemandes, avec des enfants allant à l’école locale, le choix fut à la fois difficile et facile de ne pas retourner au Canada.

«Il faut pas oublier que nous sommes passés sur un système civil allemand qu’on connaissait pas, mais au final la transition ça été un peu comme au Canada: certaines personnes vont être capables de s’adapter très rapidement au système civil et d’autres non. Pour moi personnellement, les deux premières années ont été très dures», explique Gilles Viens.

Depuis la fermeture de la base en 1994, une véritable tradition s’est installé pour les quelques anciens militaires des Forces armées canadiennes restant dans la région. «C’est un peu comme la tradition de l’Happy Hour le vendredi. Alors on a décidé que chaque vendredi soir, c’est question de se rencontrer, de discuter… un rehaussement de notre vie sociale ici en Allemagne», explique l’un d’eux. Une manière pour tous de rester connecter entre anciens frères d’armes et de se raconter entre eux des histoires passées qui ne peuvent être dites ailleurs ou bien leur vie actuelle.

22 un jour…

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT

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