Afflux de migrants: préoccupés, le Canada et les États-Unis enquêtent

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Coopération sur la frontière canado-américaine

Le Canada et les États-Unis ont décidé vendredi de coopérer pour déterminer les causes de l’afflux de migrants traversant la frontière illégalement, a annoncé le ministre canadien de la Sécurité publique, Ralph Goodale, à l’issue d’une rencontre avec son homologue américain John Kelly.

« Personne ne suggère la construction d’un mur le long de la frontière canadienne », a déclaré Ralph Goodale en conférence de presse, référence implicite à la décision du président Donald Trump d’ériger un mur à sa frontière avec le Mexique.

Les « données biométriques et biographiques » des demandeurs d’asile sont néanmoins analysées pour tenter de savoir comment les migrants sont arrivés au Canada et pour écarter tout éventuel « risque terroriste ».

Les rencontres du secrétaire américain John Kelly avec plusieurs ministres canadiens se sont déroulées à l’abri des médias. Il a, dans un entretien à la télévision publique CBC, implicitement démenti que l’afflux de migrants au Canada était lié au décret américain anti-immigration.

La plupart des migrants qui traversent illégalement la frontière canado-américaine étaient présents en toute légalité sur le sol américain, et « beaucoup ont seulement été aux États-Unis pour une courte période, quelques jours, avant de venir au Canada », a estimé John Kelly sur CBC.

D’ailleurs, « je ne comprend pas vraiment » pourquoi des migrants effectuent un tel trajet depuis leur pays d’origine, a-t-il ajouté.

Le Canada et les États-Unis vont compiler les données pour savoir « qui est impliqué dans cette migration, où le voyage commence, combien de temps les migrants ont-ils passé en transit ou ont séjourné aux États-Unis, les facteurs qui influencent ces migrations et, d’un point de vue logistique, comment sont-elles réalisées », a indiqué M. Goodale.

Le ministre juge que des « inquiétudes sur la sécurité » persistent, notamment sur les réseaux de passeurs.

« Nous n’avons pour l’instant aucune preuve que ce soit le cas, mais nous voulons savoir si des intérêts mercantiles motivent ces migrations », a indiqué M. Goodale, faisant notamment état de potentielles « exploitations » ou de « trafic d’êtres humains ».

Les deux pays veulent établir un « portrait détaillé de la situation des deux côtés de la frontière » et des « ressources légales disponibles pour y remédier » même si, selon Ralph Goodale, il est pour l’instant impossible de tirer de conclusions sur l’origine exacte de la hausse du nombre de demandeurs d’asile au Canada.

Source: Sécurité publique Canada

Aujourd’hui, l’honorable Ralph Goodale, ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, s’est réuni avec l’honorable John Kelly, secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis, dans le cadre de son premier séjour au Canada en tant que secrétaire, et ils ont fait la déclaration suivante.

«Quelque 400 000 personnes et 2,4 milliards de dollars en échanges traversent nos frontières partagées tous les jours. Il n’y a aucun doute qu’une relation solide est essentielle pour assurer la facilitation du commerce et des déplacements légitimes, tout en protégeant nos pays contre les menaces communes. Aujourd’hui, nous avons poursuivi nos conversations sur nos intérêts communs, nos défis communs et les prochaines étapes à suivre pour les initiatives conjointes.

Ces efforts commencent en renforçant nos antécédents de longue date d’opérations réussies de dédouanement des passagers, qui servent actuellement près de 12 millions de passagers par année sur des vols à destination des États-Unis à partir de huit grands aéroports du Canada. Donnant suite aux engagements pris en mars 2016, nous avons discuté des prochaines étapes pour l’élargissement du prédédouanement à de nouveaux emplacements des modes de transport aérien, ferroviaire, terrestre et maritime. Le Canada continuera également à envisager des opérations éventuelles aux États-Unis. Même s’il reste du travail à faire en matière de législation avec l’adoption du projet de loi C-23 au Canada, nous avons chargé nos fonctionnaires de rendre compte de ces questions, en plus de négocier une voie à suivre pour poursuivre le prédédouanement ou l’inspection préalable de fret, y compris la détermination de sites pilotes possibles.

Nous reconnaissons l’importance d’interactions uniformes, prévisibles et respectueuses à la frontière pour les voyageurs dans les deux directions, et nous continuerons de chercher des moyens d’améliorer la circulation du commerce et des déplacements légitimes. Le mouvement sécuritaire et efficace des marchandises et des personnes à la frontière permet de créer des emplois et favorise la croissance économique, et il est essentiel comme source de revenu de millions d’Américains et de Canadiens.

Nous avons réaffirmé notre engagement à l’égard de l’échange de renseignements sur les menaces à nos deux pays et sur les communications ouvertes. Nous continuerons à le faire conformément aux lois et aux politiques de chaque pays en matière de protection des renseignements personnels, ainsi que selon des principes conjoints liés à la protection de la vie privée. Nous avons hâte de réaliser tous les avantages de l’initiative en matière d’entrée-sortie dès que les exigences législatives canadiennes seront satisfaites au moyen de l’adoption du projet de loi C-21. Ce programme nous a permis de confirmer le départ de certains voyageurs sans causer de retards à la frontière.

À la lumière de l’attention plus grande portée sur la circulation de migrants au Canada, nous avons confirmé notre engagement à échanger des renseignements sur la situation, à maintenir des systèmes de demande d’asile solides conformément à nos obligations internationales, et à mettre en application les lois de nos pays d’une manière humaine et professionnelle. Nous continuerons de collaborer afin de comprendre le mouvement des migrants, et de surveiller la situation sur notre frontière terrestre commune, aux points d’entrée et entre eux.

Voilà seulement quelques-unes des priorités dont nous avons traité aujourd’hui, la première d’un grand nombre de conversations. Parmi d’autres défis auxquels nous continuerons de collaborer, mentionnons la cybersécurité, les infrastructures essentielles, l’application des lois commerciales et la lutte contre la radicalisation menant à la violence, ainsi que les initiatives frontalières conjointes comme les programmes de voyageurs dignes de confiance.

Le secrétaire Kelly a aussi tenu des discussions avec Marc Garneau, ministre des Transports, Ahmed D. Hussen, ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, et Chrystia Freeland, ministre des Affaires étrangères, sur d’autres domaines importants d’intérêt mutuel pour le Canada et les États-Unis, y compris la sécurité aérienne, la collaboration en matière d’application de la loi, l’infrastructure, ainsi que l’immigration, les réfugiés et la politique en matière de visas.

Nous espérons poursuivre notre collaboration sur des enjeux qui contribuent à la sécurité, à la croissance économique et à la protection des droits et libertés de nos deux grandes nations.»

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