Afghanistan : près de 40 tués dans l’attaque d’un hôpital

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L’hôpital militaire national de Kaboul. (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Près de 40 personnes ont été tuées mercredi dans une attaque contre le principal hôpital militaire d’Afghanistan, au cœur de Kaboul, pris d’assaut par un commando d’insurgés islamistes déguisés en médecins.
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Mise à jour du 12/03/2017 à 12h32

Plusieurs témoignages recueillis par l’AFP infirment, malgré sa revendication, la responsabilité du groupe État islamique (EI) dans ce massacre qui a fait plus de 100 morts selon de multiples sources: « Les assaillants chantaient « Allah Akhbar! Vive les talibans+ », ont rapporté des médecins.

Dès le début de l’attaque, à un jet de pierre de l’ambassade américaine, les autorités et témoins ont signalé des assaillants en blouse blanche. Et dimanche soir le ministère de la Défense a reconnu que l’opération, minutieusement préparée, « avait forcément nécessité des complicités internes ».

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Ce n’est que six heures après le début de l’assaut, en milieu d’après-midi, que les forces spéciales afghanes, déposées par hélicoptère sur le toit de l’établissement, ont pu mettre fin au cauchemar des soignants et des patients.

Selon le porte-parole du ministère de la Défense, le général Daud Waziri, la plupart des victimes, dont plus d’une cinquantaine de blessés, étaient « des patients, des médecins et des infirmiers ».

Le général a fait état « d’au moins 30 morts et 50 blessés » mais l’hôpital de l’ONG italienne Emergency, spécialisé en chirurgie de guerre et qui n’est pas le plus proche du site attaqué, a dénombré à lui seul « 38 morts et 70 blessés ».

Pris sous le feu de quatre assaillants, tous tués par les forces de l’ordre, l’hôpital de 400 lits et ses occupants ont vécu une journée de terreur, dans la fureur et le bruit des détonations et tirs d’armes automatiques qui ont laissé des salles de soins dévastées et noyées de sang.

Vers 9 heures a retenti la première explosion, déclenchée par un kamikaze à l’entrée arrière de l’établissement, qui a ouvert la voie au commando.

Les télévisions ont montré des civils, certains en blouse blanche, réfugiés sur le toit du bâtiment, d’autres cherchant à se mettre à l’abri dans les coursives et sur les rebords extérieurs des fenêtres.

« J’étais dans le vestiaire, j’ai vu un homme habillé en médecin qui tirait avec un AK-47 sur les gardes et les patients au troisième étage », a confié à l’AFP un infirmier, Abdul Qadeer. « J’ai réussi à m’enfuir en escaladant les barbelés, mais mon ami a été touché ».

Le groupe État islamique a revendiqué sur la messagerie cryptée Telegram cette opération.

De leur côté, les talibans afghans ont démenti toute implication sur Twitter. Mais des sources au sein des services de sécurité ont indiqué à l’AFP être sceptiques autant sur ce démenti que sur la revendication de l’EI.

Par la fenêtre

Selon le général Waziri, les assaillants étaient « armés de (fusils d’assaut) AK-47 et de grenades ».

« J’étais au troisième étage, des attaquants vêtus de blouses blanches médicales ont réussi à se frayer un chemin depuis l’arrière », a raconté un des médecins à l’AFP sous couvert de l’anonymat.

« Quand les tirs ont commencé, j’ai couru dans les couloirs, c’était la panique parmi le personnel et les visiteurs. J’en ai vu plusieurs tomber. Ils tiraient sur tout ce qui bougeait ». « Je me suis réfugié en réanimation et quand j’ai vu qu’il n’y avait pas d’autre issue j’ai sauté par la fenêtre », a-t-il ajouté, précisant s’être brisé la jambe en tombant.

De nombreux tirs, explosions et sirènes d’ambulances ont retenti jusqu’à la mi-journée. Une déflagration au moins provenait d’une voiture piégée qui a explosé sans faire de victimes sur le parking de l’hôpital, selon le porte-parole de la Défense.

‘Priez pour nous’

Quelques minutes après le début de l’attaque, un médecin avait exprimé sa détresse en direct sur Facebook : « Les assaillants sont entrés dans l’hôpital, priez pour nous ».

L’hôpital Sardar Daud Khan est connu pour soigner tous les blessés de guerre, des forces de l’ordre afghanes comme des insurgés.

Les condamnations ont afflué de toutes parts, des Nations unies, de l’ambassade américaine à Kaboul ou encore l’ONG MSF, dont un hôpital a été dévasté par une frappe américaine en octobre 2015 et qui évoque une grave « violation du droit international ».

Le chef de l’exécutif afghan, Abdullah Abdullah, a promis de « ne jamais pardonner à ces criminels » .

Cette opération intervient une semaine après une double attaque-suicide revendiquée par les talibans, le 1er mars, contre deux enceintes des services de sécurité à Kaboul, police et renseignements (NDS). Elles avaient fait officiellement 16 morts et plus d’une centaine de blessés.

Mardi soir, deux tirs de roquette ont visé la même zone, près de l’ambassade des Etats-Unis à Kaboul, selon des sources occidentales.

Les ambassades occidentales situées dans le quartier résidentiel de Wazir Akhbar Khan, à quelques centaines de mètres de l’hôpital attaqué, étaient placées en état d’alerte mercredi.

La dernière attaque insurgée d’envergure contre un hôpital afghan remonte à juin 2011 : 38 personnes, principalement des femmes et bébés qui se trouvaient dans la maternité, avaient été tuées dans un attentat-suicide à la voiture piégée dans la province du Logar, à 75 km au sud de Kaboul.

Les talibans avaient alors nié toute implication dans l’attentat et l’avaient condamné.

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