Crise avec la Turquie: appels au calme de l’UE et de l’Otan

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan, à Ankara, le 19 octobre 2015. (AFP/Archives/Adem Altan)

L’Union européenne et l’Otan tentaient lundi de désamorcer la crise entre les Pays-Bas et la Turquie, qui fulmine contre les autorités néerlandaises pour avoir empêché deux ministres turcs de participer à des meetings de soutien au président Recep Tayyip Erdogan.
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Mise à jour du 12/03/2017 à 19h12

La Turquie, furieuse de voir ses ministres privés de meetings électoraux en Europe, est montée d’un cran lundi dans sa réponse en barrant la route du retour à Ankara à l’ambassadeur néerlandais et en accusant Angela Merkel de « soutenir le terrorisme ».

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L’UE a appelé Ankara à « s’abstenir de toute déclaration excessive et d’actions qui risqueraient d’exacerber encore la situation » après que le président Erdogan eut promis la veille de « faire payer le prix » aux Pays-Bas pour ce traitement, rappelant selon lui « le nazisme et le fascisme ».

« Il est essentiel d’éviter une nouvelle escalade et de trouver les moyens de calmer la situation », a ajouté l’UE dans une déclaration de la responsable de la diplomatie européenne, Federica Mogherini.

Bien que le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE soit dans l’impasse, Ankara n’en reste pas moins un partenaire indispensable notamment dans la gestion de l’afflux de migrants vers l’Europe.

Mais un ministre turc a évoqué lundi un « réexamen » du pacte sur la lutte contre l’immigration conclu il y a un an entre la Turquie et l’Europe.

« La Turquie devrait réexaminer le volet des passages terrestres » figurant dans ce pacte, a déclaré le ministre des Affaires européennes Omer Celik, cité par l’agence progouvernementale Anadolu.

La crise a été déclenchée par le refus des Pays-Bas d’autoriser samedi une visite du chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu, suivi de l’expulsion de la ministre turque de la Famille Fatma Betül Sayan Kaya.

Ils devaient participer à des meetings pour convaincre l’importante diaspora turque de voter « oui » lors du référendum du 16 avril sur le renforcement des pouvoirs de M. Erdogan.

La présence d’hommes politiques turcs à de tels rassemblements a donné lieu ces dernières semaines à des passes d’armes entre Ankara et plusieurs capitales européennes, alors qu’elle ne suscitait pas de remous lors de précédentes échéances électorales turques.

Le chef de l’Otan, Jens Stoltenberg, a lui aussi appelé lundi la Turquie et les pays européens, tous membres de l’Alliance atlantique, à une « désescalade des tensions ».

« Nous travaillons avec eux (les Turcs) pour contrer la violence et les troubles en Syrie et en Irak (…) afin de soutenir la coalition globale contre l’EI (le groupe État islamique), ceci est dans notre intérêt », a souligné M. Stoltenberg.

Dans ce contexte extrêmement tendu, les Pays-Bas ont appelé lundi leurs ressortissants en Turquie à rester « vigilants » et à éviter « les rassemblements et les endroits très fréquentés », après un week-end marqué par des manifestations devant les représentations diplomatiques néerlandaises à Istanbul et Ankara.

Courtiser la base nationaliste

Le ministère turc des Affaires étrangères à convoqué le chargé d’Affaires néerlandais lundi matin, pour la troisième fois depuis le début de la crise, et lui a remis deux lettres de protestation contre « le traitement infligé aux ministres et aux citoyens turcs aux Pays-Bas », selon des sources officielles.

De l’avis de Soner Cagaptay, analyste spécialiste de la Turquie au Washington Institute, « Erdogan se cherche des ennemis étrangers imaginaires pour courtiser sa base nationaliste à l’approche du référendum. C’est aussi simple que cela et les Néerlandais sont tombés dans ce piège au lieu d’ignorer le meeting pro-Erdogan ».

« Aujourd’hui, c’est le bal des hypocrites. On prétend que les négociations d’adhésion (de la Turquie à l’UE) existent encore, mais c’est faux. Il n’y a rien de pire que la situation actuelle. Elle laisse le populisme d’Erdogan s’exprimer », estime pour sa part Didier Billon, de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris.

Cette crise survient quelques jours avant les élections législatives prévues mercredi aux Pays-Bas, où le parti du député anti-islam Geert Wilders est donné en deuxième place par les derniers sondages. Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a toutefois estimé lundi que la Turquie ne tentait pas d’influencer ce scrutin.

Ailleurs en Europe, le Premier ministre danois Lars Lokke Rasmussen a « proposé » dimanche à son homologue turc Binali Yildirim de reporter une visite au Danemark prévue fin mars.

En Allemagne, où plusieurs villes ont annulé des meeting pro-Erdogan ces dernières semaines, le ministre de l’Intérieur Thomas de Maizière s’est dit opposé à la venue de ministres turcs pour de tels rassemblements.

Réagissant lundi aux propos de M. Erdogan, la chancelière Angela Merkel a estimé que « la comparaison (avec le nazisme) est complètement trompeuse, elle banalise la souffrance ».

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