Migrants traversant illégalement la frontière: surveillance, sécurité, mais compassion, décide Ottawa !

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Un panneau routier indiquant la direction du Canada à Piegan, dans le Montana.(Wing-Chi Poon/Port of Piegan Border Station,Montana,USA/Wikpédia)

Ottawa collaborera étroitement avec les États-Unis pour gérer la récente hausse des demandeurs d’asile traversant illégalement la frontière terrestre canadienne en provenance des États-Unis, a déclaré samedi le ministre de la Sécurité publique Ralph Goodale, mais entend aussi faire preuve de compassion.

M. Goodale a rendu visite samedi à la petite localité d’Emerson, au Manitoba, qui a dû faire face ces dernières semaines à l’arrivée de dizaines de migrants fuyant les États-Unis pour demander l’asile au Canada. Il a indiqué avoir fait le déplacement pour évaluer la situation sur place et remercier la population locale pour son accueil des migrants.

«Nous avons besoin d’une très bonne coopération avec les États-Unis pour bien comprendre (…) tous les facteurs qui contribuent à cette migration et les Américains ont indiqué qu’ils souhaitaient également avoir tous les faits et comprendre la genèse» de ce phénomène, a souligné M. Goodale au cours d’un point de presse retransmis à la télévision.

«Nous allons coopérer étroitement avec eux pour assurer la meilleure gestion possible de la situation», a ajouté le ministre, sans toutefois donner de précisions sur les contacts entre les autorités des deux pays sur ce dossier.

Le nombre de migrants déposant une demande de statut de réfugié au Canada après avoir franchi illégalement la frontière terrestre canadienne est en hausse depuis le début de l’année. Cette augmentation intervient à un moment où le président américain Donald Trump a durci la politique de son pays en matière d’immigration.

Répondant aux critiques de parlementaires de l’opposition conservatrice réclamant des contrôles plus stricts, M. Goodale a insisté sur le fait que «toutes les lois canadiennes sont appliquées» et le sont «avec efficacité».

Mais il a en même temps écarté un renforcement du contrôle de la frontière dans la situation actuelle. Faisant valoir que la frontière américano-canadienne, la plus longue du monde, voit passer chaque jour quelque 400 000 personnes dans les deux sens et pour plus de 2,5 milliards de dollars de marchandises, il a souligné qu’il fallait assurer sa sécurité, mais aussi l’efficacité et la fluidité des passages.

Selon les autorités locales, plus de 180 personnes, en majorité originaires d’Afrique et du Moyen-Orient, ont passé illégalement la frontière canadienne dans la région d’Emerson depuis le début de l’année, dont une soixantaine la semaine dernière.

Le Canada et les États-Unis sont liés par l’«Entente sur les tiers pays sûrs» stipulant que les demandeurs d’asile doivent déposer leur demande dans leur pays d’arrivée. Ce texte prévoit toutefois des exceptions qui font que des migrants arrivant illégalement au Canada, le plus souvent par des chemins forestiers, peuvent y demander l’asile.

M. Goodale a indiqué que son gouvernement n’avait pas l’intention de remettre en cause cet accord.

Les lois sont appliquées, dit Goodale

Ralph Goodale, assure que les lois sont appliquées quand vient le temps de faire face à l’afflux de demandeurs d’asile venant des États-Unis et que le gouvernement est prêt à mettre plus de ressources en place.

M. Goodale a remercié les politiciens locaux et les premiers répondants pour leur travail, affirmant du même souffle que le gouvernement fédéral injecte pas moins de 30 000 $ pour couvrir les coûts excédentaires essuyés par le service de sécurité incendie d’Emerson. Plus d’argent sera disponible, a-t-il précisé.

«Nous devons tous travailler ensemble. Nous devons avoir une bonne communication les uns avec les autres. C’est un ensemble d’enjeux impliquant des responsabilités nationales, provinciales et locales», a-t-il devant les journalistes.

La Gendarmerie royale du Canada et l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) ont dépêché davantage de ressources dans les endroits névralgiques comme la région d’Emerson. L’ASFC a aussi mis à disposition un semi-remorque pour aider aux déplacements transfrontaliers.

La hausse de migrants traversant la frontière canadienne depuis les États-Unis est notamment suscitée par le décret-loi promulgué par le président américain Donald Trump en matière d’immigration qui fait l’objet d’une ordonnance judiciaire de suspension.

Des migrants entrent par des champs et des fossés pour éviter les postes frontaliers officiels, où les autorités canadiennes doivent retourner les individus ayant déjà fait une demande d’asile aux États-Unis, en vertu de l’Entente entre le Canada et les États-Unis sur les tiers pays sûrs.

Or, s’ils arrivent à entrer en territoire canadien avant d’être appréhendés par les autorités canadiennes, les migrants sont autorisés à rester au Canada et faire des démarches selon les procédures normales de demande d’asile.

La porte-parole en matière d’immigration du Parti conservateur, Michelle Rempel, exhorte le gouvernement de Justin Trudeau à accuser les migrants en question d’être entrés illégalement au pays. Le ministre Goodale répond toutefois que de telles mesures ne peuvent être menées contre des personnes qui ont des demandes d’asile en cours d’évaluation.

«Les accusations relatives au franchissement de la frontière ne peuvent être portées jusqu’à ce que la demande individuelle de la personne concernée ait été rejetée.»

Le fédéral évalue par ailleurs les demandes du Québec et du Manitoba relativement à une éventuelle hausse des services de soutien aux immigrants, a dit le ministre.

Le préfet de la municipalité d’Emerson-Franklin, Greg Janzen, a quant à lui dit être satisfait du soutien apporté tant par le fédéral que le gouvernement manitobain.

«Le soutien et la communication ont été bouleversants d’une certaine façon, a-t-il déclaré. En ce moment, (M. Goodale) s’est engagé à verser 30 000 $ sans fixer de limite, ce qui aidera grandement… J’ai bon espoir, en guise de bonne foi, que nos dépenses seront couvertes.»

Trump devrait signer lundi son nouveau décret migratoire

Par ailleurs, aux États-Unis, le président américain Donald Trump devrait signer lundi une nouvelle version de son décret sur l’immigration, suspendu par la justice après avoir suscité une énorme controverse et semé le chaos dans les aéroports, selon un média américain.

Le président signera le nouveau décret au département de la Sécurité intérieure, selon Politico, citant de hauts responsables du gouvernement.

Il n’était pas possible de savoir quels changements Donald Trump a prévu d’introduire dans le nouveau texte, selon cette publication spécialisée dans l’information politique.

Le décret du 27 janvier interdisait l’entrée aux États-Unis des ressortissants de sept pays à majorité musulmane pendant 90 jours, celle de tous les réfugiés pendant 120 jours, et celle des réfugiés syriens d’une manière permanente.

Suscitant l’indignation dans le monde entier et une vague de protestation aux États-Unis, le décret avait entraîné le chaos dans les aéroports.

M. Trump a essuyé deux revers judiciaires sur son décret du 27 janvier: le 3 février, un juge de Seattle en a bloqué l’application. Le 9 février, la cour d’appel de San Francisco a maintenu cette suspension.

*Avec AFP et Presse Canadienne

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