Trump persiste dans ses accusations contre Obama, mais suscite le scepticisme

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Le président américain Donald Trump au téléphone dans le Bureau Ovale, en janvier 2017. (Archives/Mandel Ngan/AFP)

Remis à jour le 05/03/2017 à 22h30

Le président américain Donald Trump a persisté dimanche dans ses accusations explosives d’écoutes téléphoniques dont il aurait été victime de la part de Barack Obama, demandé une enquête au Congrès, mais suscité énormément de scepticisme sur la réalité de ces faits.

Dans un geste hautement inhabituel, le directeur de la police fédérale, le FBI, a demandé au ministère de la Justice de démentir publiquement ces accusations « soutenues par aucune preuve », selon des informations du New York Times qui cite des responsables américains. Le ministère n’a pas accédé à la requête de James Comey, un responsable réputé pour son indépendance.

Un peu plus tôt, c’est James Clapper, chef du renseignement américain (DNI) sous Barack Obama, qui avait affirmé qu' »aucune opération d’écoute (n’avait) été mise en oeuvre » par les organismes sous sa responsabilité (dix-sept agences et entités de renseignement) contre Donald Trump.

Le président américain avait surpris la classe politique samedi au petit matin en affirmant, sans fournir d’éléments de preuves, que son prédécesseur avait fait placer sur écoutes, un peu avant les élections de novembre, les lignes téléphoniques de la Trump Tower. C’est là que se trouvent son domicile et ses bureaux à New York.

« Comment le président Obama a-t-il pu tomber assez bas pour mettre mes téléphones sur écoute pendant la période sacrée des élections. C’est Nixon/Watergate », avait lancé sur Twitter Donald Trump depuis la Floride, où il a passé le week-end.

Donald Trump fait référence au scandale le plus retentissant de l’histoire politique américaine, le Watergate. En 1974, le président républicain Richard Nixon avait été poussé à la démission après la découverte de micros dans les bureaux du parti démocrate.

La Maison Blanche a insisté dimanche sur ces accusations, quoiqu’en termes beaucoup plus mesurés et prudents, et demandé au Congrès de mener des investigations.

« Les rapports concernant des enquêtes aux motivations politiques potentielles juste avant l’élection de 2016 sont très inquiétants », a déclaré dans un communiqué Sean Spicer, son porte-parole.

« Le président Donald J. Trump demande que, dans le cadre de leurs enquêtes sur l’activité russe, les commissions sur le renseignement au Congrès exercent leur autorité de supervision pour déterminer si les pouvoirs d’enquête de la branche exécutive ont été outrepassés en 2016 », a-t-il ajouté.

Messsage reçu par le président républicain de la commission du renseignement de la Chambre des représentants, Devin Nunes. Celle-ci cherchera « à savoir si le gouvernement (avait) mené des activités de surveillance sur des responsables ou des représentants de l’équipe de campagne d’un parti politique », a-t-il dit.

Les accusations contre Barack Obama avaient été catégoriquement démenties samedi par son porte-parole. Elles s’appuieraient, selon les médias, sur un reportage du site d’information d’extrême droite Breitbart, dont l’ex-patron est Steve Bannon, conseiller en stratégie de Donald Trump.

En demandant au Congrès, le Parlement américain, d’élargir ses enquêtes, Donald Trump a lui-même fait le lien avec les affaires russes dans lesquelles il est englué depuis le début de son mandat.

Au moins trois commissions du Sénat et de la Chambre des représentants ont lancé des investigations sur de possibles ingérences de la Russie pendant la campagne électorale, dont le but aurait été de favoriser la victoire de Donald Trump face à Hillary Clinton.

L’administration Obama a accusé la Russie d’être à l’origine du piratage des emails de proches d’Hillary Clinton et a pris des sanctions contre Moscou fin décembre. La Russie a toujours démenti avoir piraté ces emails.

De plus, les multiples contacts entre des proches de Donald Trump et des responsables russes, pendant la campagne et dans les semaines ayant suivi la victoire du milliardaire, font peser le soupçon d’une collusion.

Le conseiller de Donald Trump pour la sécurité nationale Michael Flynn a dû démissionner le 13 février. Et la semaine dernière, c’est le ministre de la Justice Jeff Sessions, un autre très proche du président, qui a dû s’expliquer sur ses conversations avec l’ambassadeur russe à Washington, Sergueï Kisliak.

James Clapper a assuré que, sous son ère, « nous n’avions aucune preuve de collusion » entre l’entourage du milliardaire et la Russie. « Ça a pu être révélé ou être disponible depuis que j’ai quitté le gouvernement », a-t-il relevé.

Pour l’opposition démocrate, les accusations de Donald Trump contre Barack Obama n’ont qu’un but: détourner l’attention de ces dossiers russes qui accaparent une grande partie du débat politique depuis sa prise de fonctions le 20 janvier.

« Je pense que ce n’est que de la diversion. Détourner les regards des très, très graves interférences d’une puissance étrangère dans notre démocratie », a déclaré Al Franken, un sénateur démocrate.

Les liens « politiques, financiers ou personnels de Donald Trump avec la Russie, c’est la vérité que nous voulons connaître », a martelé Nancy Pelosi, chef des démocrates à la Chambre des représentants.

Ces nouvelles controverses surviennent alors que M. Trump avait reçu un accueil favorable pour son discours « très présidentiel » mardi dernier devant le Congrès.

La semaine qui s’ouvre pourrait également être riche en controverses avec la signature par le président, peut-être dès lundi, d’un nouveau décret sur l’immigration qui devrait de nouveau interdire l’entrée aux Etats-Unis des ressortissants de plusieurs pays

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