Un millier de soldats supplémentaires en Syrie où Américains et Russes sont à portée de vue,

Plusieurs dizaines de soldats du 75ème régiment des Rangers, un régiment des forces spéciales américaines, se trouvent actuellement dans les environs de Minbej. (Photo d'illustration/US Army)
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Plusieurs dizaines de soldats du 75ème régiment des Rangers, un régiment des forces spéciales américaines, se trouvent actuellement dans les environs de Minbej. (Photo d’illustration/US Army)

Les soldats américains et russes qui se trouvent dans la ville syrienne de Minbej (nord) sont à portée de vue mais ne se parlent pas directement, a indiqué mercredi un porte-parole militaire américain, alors que le Pentagone envisage de déployer jusqu’à un millier de soldats supplémentaires pour l’offensive contre Raqa, principal fief du groupe État islamique

« Ils peuvent observer leurs mouvements réciproques », a expliqué le colonel John Dorrian, un porte-parole de la coalition anti-djihadiste qui s’exprimait par vidéo-conférence depuis Bagdad.

« Ils peuvent se voir » mais « ils ne se parlent pas et ils ne traînent pas ensemble » a-t-il ajouté.

Plusieurs dizaines de soldats du 75ème régiment des Rangers, un régiment des forces spéciales américaines, se trouvent actuellement dans les environs de Minbej.

Par contraste avec la discrétion qui avait entouré jusqu’à maintenant la mission des forces américaines en Syrie, les blindés Strykers des Rangers arborent désormais de grands drapeaux américains.

Leur mission est notamment de dissuader toute opération des forces turques et de leurs alliés rebelles syriens contre la ville de Minbej, reprise au groupe État islamique par des alliés de la coalition, l’alliance arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes.

Ils sont également à même d’observer les mouvements de soldats russes arrivés à Minbej. Selon le Pentagone, ces soldats russes sont venus avec des véhicules blindés pour accompagner des convois humanitaires du régime syrien à destination de cette ville.

Selon le colonel Dorrian, les forces américaines et russes communiquent au niveau des états-majors par la ligne de communication spéciale qui doit permettre d’éviter les incidents aériens entre les deux pays.

Elle avait été mise en place en 2015, peu après le début du déclenchement des opérations militaires russes en soutien au régime de Bachar al-Assad.

La ville de Minbej illustre l’imbroglio actuel sur le sort des territoires repris au groupe État islamique en Syrie, faute de règlement politique du conflit syrien.

Plusieurs forces armées – celles du régime et de leur allié russe, celles de l’alliance arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes et de leur allié américain, et celles de groupes rebelles syriens et de leur allié turc – se trouvent dans la région de Minbej.

Régime et opposition sont conviés à un nouveau round de négociations de paix sous l’égide de l’ONU à Genève le 23 mars.

La guerre en Syrie est entrée mercredi dans sa septième année. Elle a fait plus de 320.000 morts, plus de 11 millions de déplacés et de réfugiés — soit la moitié de la population d’avant-guerre — et laissé en ruines les infrastructures du pays.

Le Pentagone envisage un millier de soldats supplémentaires

Un M777 155mm howitzers comme ceux dont sont équipés les Marines qui ont été déployés en Syrie début mars pour appuyer l’offensive sur Raqa. (DoD)
Le Pentagone envisage de déployer jusqu’à un millier de soldats américains supplémentaires en Syrie pour l’offensive contre Raqa, principal fief du groupe Etat islamique, a indiqué un responsable américain de la Défense.

Le déploiement d’un millier d’hommes supplémentaires « est une des propositions qui est sur la table pour être discutée », a indiqué le responsable, en confirmant des informations du quotidien Washington Post.

Selon ce responsable, la proposition n’a pas encore été soumise à l’approbation du secrétaire à la Défense Jim Mattis, ou du président américain Donald Trump.

Le déploiement marquerait un doublement des effectifs militaires américains déployés en Syrie, actuellement entre 8 et 900.

Selon le responsable américain, les soldats supplémentaires continueraient de rester à l’écart des combats proprement dits, se contentant d’un rôle d’appui aux forces locales menant l’assaut.

Il s’agirait par exemple d’unités d’artillerie opérant les canons de 155 mm ou les systèmes de roquettes guidées HIMARS, selon ce responsable.

Depuis la fin de 2015, des forces spéciales américaines se trouvent en Syrie pour conseiller et entraîner des forces locales se battant contre le groupe Etat islamique.

Mais leur mission en générale discrète a pris un tour nouveau ces dernières semaines.

Des blindés Stryker ont été déployés dans la région de Minbej (nord) pour dissuader des rebelles syriens et leurs alliés turcs de chercher à conquérir la ville, déjà libérée des djihadistes par un allié de la coalition, l’alliance arabo-turque des Forces démocratiques syriennes.

Une batterie d’artillerie des Marines a également déjà été déployée dans le pays pour participer à l’offensive pour reprendre Raqa.

Le président Donald Trump avait affiché pendant la campagne électorale américaine sa volonté d’accélérer la chute de l’organisation djihadiste.

Le Pentagone lui a fourni à sa demande un nouveau plan de bataille contre l’EI, mais la Maison Blanche n’a fait aucune annonce de mesures nouvelles pour l’instant.

Pour Washington, le problème syrien dépasse de loin la simple question des moyens militaires à mettre en oeuvre pour battre l’EI.

La question de l’avenir des territoires libérés des djihadistes reste une énorme inconnue, faute de succès des négociations pour une paix globale dans le pays.

Une troisième série des pourparlers d’Astana sous l’égide de la Russie et de l’Iran s’est achevée mercredi sans avancées concrètes.

Régime et opposition sont conviés à un nouveau round de négociations de paix sous l’égide de l’ONU à Genève le 23 mars.