ONU: face à Trump, le chef des Casques bleus défend le coût des missions et, à Ottawa, Trudeau temporise

Hervé Ladsous, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, en conférence de presse (Amanda Voisard/ONU)
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Hervé Ladsous, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix. (Archives/Amanda Voisard/ONU)

Remis à jour le 25/03/2017 à 10h30

Sous la menace des coupes budgétaires voulues par l’administration Trump, les missions de maintien de la paix de l’ONU sont déjà calculées au plus juste, a défendu vendredi Hervé Ladsous, le chef sortant du Département des opérations de maintien de la paix des Nations unies, pendant qu’ici, à Ottawa, le premier ministre Trudeau veut «prendre notre temps pour [faire] la bonne chose» pendant que l’ONU attend des résultats concrets de la promesse libérale.

« Nous avons diminué le coût des missions par soldat de 16% sans diminuer leur qualité », a souligné le diplomate français, pour son dernier point presse avant de céder la place à Jean-Pierre Lacroix, après six ans à la tête de l’un des postes les plus prestigieux de l’organisation.

« Nous faisons le maximum pour dépenser le moins possible », et pour « nous moderniser », a-t-il assuré, en soulignant que le cabinet américain Rand Corporation avait estimé il y a quelques années qu' »une opération gérée par les Nations Unies coûterait quatre fois moins cher que ce qu’elle coûterait à un grand pays occidental ».

« Nous avons toujours essayé de reformater les missions, chaque fois que c’était possible, pour être le plus économique possible. On revoit les mandats, les effectifs, les équipements de manière régulière », a-t-il ajouté, en rappelant la fermeture prochaine des missions en Côte d’Ivoire, au Libéria et en Haïti, qui se traduira par « des centaines de millions de dollars d’économies ».

« 16 missions, 120.000 hommes déployés à travers le monde, pour 0,4% des dépenses militaires mondiales, c’est quand même assez peu », a-t-il fait valoir.

Le patron des Casques bleus a aussi déploré « un manque de soutien » des membres du Conseil de sécurité, parfois trop indulgents envers des pays qui entravent le travail de certaines missions, comme c’est le cas actuellement au Soudan du Sud.

M. Ladsous avait recommandé un embargo sur les armes à destination de ce pays, mesure soutenue par les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne mais rejetée par le Conseil de sécurité en décembre en raison notamment de l’opposition de la Russie et de la Chine. L’embargo a de nouveau été évoqué au Conseil jeudi et pourrait revenir au vote.

Le Conseil de sécurité doit également se pencher sur la reconduction de la mission en République démocratique du Congo (Monusco), la plus importante (19.000 hommes) et l’une des plus anciennes missions de maintien de la paix. Hervé Ladsous a réitéré son appel à ne pas réduire cette mission cette année, en raison des turbulences électorales.

Le président Donald Trump a proposé mi-mars de limiter la contribution des États-Unis, la plus importante aux missions de maintien de la paix, à 25% du budget total contre quelque 29% aujourd’hui.

Ce projet de coupes budgétaires sévères a alarmé l’ONU, des pays alliés des États-Unis, des ONG internationales et nombre d’élus américains des deux bords. Des militaires et des diplomates américains redoutent également un leadership mondial « réduit » pour les États-Unis.

Missions canadiennes: patience

Du côté canadien, le premier ministre Justin Trudeau a déclaré ce samedi qu’il ne faut pas tirer de conclusion hâtive du fait que le Canada n’a pas encore formellement déposé son plan de déploiement de Casques bleus auprès des Nations unies, rapporte aujourd’hui Mélanie Marquis de La Presse Canadienne.

Le premier ministre a signalé lors d’une brève mêlée de presse avant la réunion du caucus libéral que le Canada était certes «fier» de ses contributions passées aux opérations missions de paix, mais qu’il avait aussi eu «des moments très difficiles» en Afrique, écrit la journaliste.

Le télévision publique canadienne de langue anglaise avait rapporté vendredi que les Nations unies attendaient toujours des «résultats concrets» de la promesse libérale. Et selon une source onusienne citée par la CBC, le Canada n’a toujours pas déposé l’avis officiel que les États membres doivent fournir sur leurs intentions.

Le premier ministre Trudeau a cependant assuré que le gouvernement canadien demeurait «engagé», mais qu’il vaut mieux «prendre notre temps pour s’assurer qu’on fasse la bonne chose».

En août dernier, le gouvernement libéral a annoncé son engagement de déployer jusqu’à 600 militaires et 150 policiers canadiens pour contribuer à des missions de paix sous l’égide des Nations unies.

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, avait passé les mois suivants à promettre un plan avant 2017. Il n’a toujours pas été déposé, l’arrivée au pouvoir du président Donald Trump aux États-Unis ayant amené le Canada à prendre une pause afin de réévaluer sa stratégie.

Les pays où les forces canadiennes pourraient être déployées comprennent plusieurs nations sur le continent africain dont la République démocratique du Congo, la République centrafricaine, ainsi que le Mali.

Entre temps, il est au moins acquis que le 1er Bataillon Royal 22e Régiment enverra pour sa part des troupes régulières en 2017 dans une autre mission, dans le cadre de l’opération NABÉRIUS, au Niger, en Afrique de l’Ouest, y remplacer ses Forces spéciales.

*Avec AFP et PC