Les aumôniers des Forces canadiennes à l’avant-garde de la lutte contre l’islamophobie

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Le sous lieutenant Jalal Khaldoune (gauche), le brigadier-General Guy Chapdelaine (centre), le major Louis-Martin Lanthier (droite).( Caporal Eric Girard/Caméra de combat des Forces canadiennes)

Les Forces armées canadiennes, championnes de la diversité, sont à l’avant-garde de l’œcuménisme, du dialogue inter-religieux et de la lutte à l’islamophobie.

Le 24 février dernier, près d’un mois après l’attentat meurtrier du 29 janvier qui a fait 6 morts et huit blessés, le brigadier-général Guy Chapdelaine, aumônier général des Forces armées canadiennes, et 16 autres aumôniers des Forces armées se sont rendus dans le cadre de l’opération SOLIDARITÉ à la Grande Mosquée de Québec assister à la prière du soir et exprimer leur solidarité à la communauté musulmane.

Mais ce n’était pas la première ni la dernière fois cette année que les Forces armées canadiennes passaient à l’action dans le cadre de l’opération SOLIDARITÉ pour lutter contre l’incompréhension et l’intolérance.

Le 3 février, à Shilo, se tenait une réunion où musulmans et non musulmans avaient l’occasion de poser des questions et de faire part de leurs préoccupations. Le même jour à la Grande Mosquée d’Halifax, le Padre O’Donnel et environ 300 militaires des Forces maritimes Atlantique participaient à une soirée de prière. D’autres soirées de prières et des services inter-religieux ont aussi eu lieu le 3 février à Borden et au CMR du Canada à Kingston et le 9 février à Winnipeg et Halifax. Et une journée consacrée au dialogue inter-religieux devrait se tenir à l’Unité de soutien des Forces canadiennes d’Ottawa le 28 février.

Mais cela ne s’arrête pas là. Les services de l’aumônerie des Forces armées canadiennes voulaient être un modèle d’œcuménisme et de dialogue inter-religieux depuis bien avant les événements tragiques du 29 janvier.

« J’encourage les gens à être ami avec un musulman », nous a déclaré lors d’un entretien le brigadier-général Guy Chapdelaine, aumônier général des Forces armées canadiennes, soulignant que œcuménisme est « L’un des moteurs de l’œcuménisme ».

« Et la vision qu’on aura de la personne va complètement changer de la religion en générale », d’ajouter l’aumônier général, précisant bien que cela a été exactement son expérience et rappelant ces aumôniers de la Première et de la Deuxième guerre mondiale « qui travaillaient ensemble alors que leurs Églises ne se parlaient pas ». Eux, ils avaient des relations d’amitié, s’entraidaient les uns les autres. »

Et, de renchérir le Padre Chapdelaine, cela est encore plus vraie depuis 1995, alors que les Forces armées ont décidé de n’avoir qu’un seul aumônier général pour toutes les confessions religieuses, chargé de veiller sur les prêtres catholiques, les pasteurs protestants, les rabbins juifs et les imams musulmans qui répondent aux besoins spirituels de tous les soldats.

Le 24 février dernier, il était donc parfaitement naturel pour le Padre Chapdelaine de se rendre à la Mosquée de Québec manifester son soutien et sa solidarité avec la communauté musulmane éprouvée, comme il l’avait déjà fait il y a environ un an et demi à Bagotville où il avait, là aussi, rencontré la communauté musulmane ébranlée après qu’a été déposée une tête de porc devant l’entrée de leur mosquée.

Aujourd’hui, la diversité et la collaboration inter-religieuse font partie de l’ADN des Forces armées canadiennes.Le Comité interconfessionnel pour l’aumônerie militaire canadienne (CIAMC) aide la Branche des services de l’aumônerie à accomplir sa mission en servant de moyen par lequel les groupes confessionnels du Canada manifestent et concrétisent leur soutien pour ce ministère

Il veille à ce que l’intégrité de tous les groupes confessionnels dans l’armée soit respectée et que des arrangements acceptables soient pris, sous réserves des exigences opérationnelles, afin que ces derniers puissent pratiquer leur foi. Il conseille aussi l’Aumônier général sur l’affectation des aumôniers principaux catholiques romains, protestants et autres (juifs, musulmanes et orthodoxe).

« On cherche davantage de diversité dans les Forces canadiennes parce qu’on croit que la diversité est une source de richesse », insiste le brigadier-général Chapdelaine, qui précise que l’une des conditions pour être aumônier dans les Forces canadiennes est bien évidemment la volonté de ‘travailler ensemble’.

Le Service de l’aumônerie royale canadienne compte actuellement environ 350 aumôniers, dont trois seulement sont de confession musulmane, mais les Forces armées canadiennes ont bien l’intention d’en recruter davantage et déjà, à Québec, un jeune étudiant de l’Université Laval, Jalal Khaldoune, devrait au terme de sa formation d’ici environ un an devenir le premier aumônier militaire francophone de confession musulmane.

L’aumônier est là pour tous, de quelle que religion qu’ils soient

Le brigadier-général Guy Chapdelaine, aumônier général des Forces armées canadiennes, et 16 autres aumôniers des Forces armées canadiennes se sont rendus vendredi 24 février 2017 à la Grande Mosquée de Québec afin d’exprimer leur solidarité près d’un mois après l’attentat meurtrier du 29 janvier. (Caporal Éric Girard/Combat Cam/Forces armées canadiennes)

Dans le passé, quand les Forces canadiennes étaient en Afghanistan, elles pouvaient déployer un groupe plus nombreux d’aumôniers, soit une équipe de trois à quatre aumôniers, ce qui permettaient d’avoir des aumôniers de confessions différentes.

Mais aujourd’hui, avec des déploiements plus petits où on envoie un seul aumônier, celui-ci doit être là pour tous, de quelque religion qu’ils soient. C’est aussi vrai dans le cas des navires où chaque mètre carré compte et à bord desquels il ne peut y avoir qu’un seul aumônier.

Les aumôniers, qu’ils soient juifs, chrétiens ou musulmans, outre les services religieux et les questions propres à leurs religions respectives, vont donc répondre aux besoins spirituelles de l’ensemble des troupes: »On se soucie de tous. Si quelqu’un vient me voir et me parler, je vais l’accueillir, je vais l’écouter, quelque soit sa religion, et même s’il n’a pas de religions. On est ouvert à tous. », nous a bien expliqué le brigadier-général Chapdelaine: « Si un soldat, juif ou musulman, veut me parler de difficultés dans sa vie personnelle, je peux l’écouter et l’accompagner. Mais, si jamais il s’agissait d’une dimension religieuse très précise, alors, mon rôle serait de faciliter le contact avec quelqu’un de sa religion. »

Dans le contexte des Forces armées canadiennes, on pourrait même imaginer, oh miracle, un chiite se confier à un aumônier sunnite et vice-versa, de dire l’aumônier général.

D’ailleurs, et cela est peut-être un indice de la qualité du dialogue inter-religieux dans les Forces armées canadiennes, »Même les imams, ça m’a surpris un peu au début », nous confie le Padre Chapdelaine, « les imams aimaient se faire appeler Padre. Ils avaient une lecture large du terme Padre », dans le contexte des Forces armées canadiennes.

Les Forces armées, un creuset social

Les Forces armées sont aussi un reflet de la société canadienne, mais davantage: « Notre entraînement, notre philosophie, nous amènent à travailler ensemble et à être plus proches, parce qu’on se déploie. », explique le Padre Chapdelaine.

« Quand on se déploie pour une période de 6 mois, bien sûr qu’on crée des liens. Il y a une proximité qui est un peu différente que d’habiter dans un quartier de la ville de Québec ou de la ville de Montréal où je n’ai pas de contacts avec les gens qui m’entourent. Donc, ce contact qu’on a dans les Forces armées canadiennes va susciter davantage l’occasion de se confier les uns aux autres et aussi d’être ouverts à la diversité des confessions religieuses ou la diversité des cultures qu’on retrouve au sein des Forces Armées canadiennes. »

C’est là que les Forces armées sont plus que le reflet de la société canadienne, mais aussi un exemple, un modèle pour celle-ci. « Une source d’inspiration », selon les mots du brigadier-général Chapdelaine.

Un exemple pour les autres pays

Un padre et un imam de la Grande Mosquée de Québec lors de visite du brigadier-général Guy Chapdelaine, aumônier général des Forces armées canadiennes, et de 16 autres aumôniers des Forces armées canadiennes vendredi 24 février 2017 en signe de solidarité avec la communauté musulmane où la douleur est encore vive après l,attentat meurtrier du 29 janvier dernier.(Caporal Éric Girard/Combat Cam/Forces armées canadiennes)

« Il y a quelques semaines, j’étais à Rome », nous raconte le Padre Chapdelaine « et j’ai rencontré le Cardinal responsable du dialogue œcuménique [le Cardinal Kurt Koch, NDLR], et il me disait, lui qui est d’origine suisse, ‘Vous êtes à l’avant-garde! »

« Je regarde un peu ce qu’on vit à l’intérieur des Forces armées canadiennes, partout, au plan spirituel, au plan religieux, on est en avance sur bien des paroisses où ils n’ont pas l’occasion de se retrouver avec des collègues, travailler avec des collègues de différentes confessions religieuses, et encore moins la possibilité de rencontrer des musulmans ou des rabbins juifs ».

C’est une chance dans les Forces armées canadiennes d’avoir cette possibilité, souligne avec enthousiasme l’aumônier général, » et de même créer des liens d’amitié. », car « le dialogue œcuménique et le dialogue inter-religieux, c’est d’abot tisser des liens d’amitié », affirme-t-il avec conviction.

Les Canadiens s’attendent à ce que Forces armées canadiennes soient ainsi, selon les mots du brigadier-général, un « standard exceptionnel » et, à maints égards, elles le sont.

Cela est tellement vrai que le service d’aumônerie des Forces armées canadienne a accueilli il y a quelques semaines l’aumônier-chef de l’Arménie avec une délégation de ses compatriotes, le primat de l’Église arménienne au Canada et un groupe de prêtres arméniens et de laïcs, venus discuter de collaboration et d’entraînement des aumônier arméniens.

Le Canada a accueilli l’an dernier, parmi les réfugiés syriens, plusieurs Arméniens de Syrie, au moins 3 000 en tout selon le primat de l’Église arménienne.

L’expérience canadienne en matière de stress post-traumatique, comment être à l’affût des symptômes, des signes de problèmes de santé mentale, devrait être encore une fois mise à profit.

Parce que le Canada, encore une fois, a développé une expertise quasi-unique dont tous les Canadiens devraient être immensément fiers.

Les Forces armées canadiennes, une école de solidarité humaine

Et, si une chose est certaine, c’est que, de l’aumônier au simple soldat, en passant par le général, tous doivent savoir que l’une des conditions pour intégrer les Forces armées canadiennes est la volonté de travailler dans un contexte « pluraliste », à l’image de ce que le Canada veut être: ouvert, accueillant et riche de sa diversité.

C’est pourquoi le brigadier-général Chapdelaine et ses 16 collègues aumônier militaires étaient là le 24 février, pour dire aux membres de la communauté musulmane visés par un fou qui affichait sa xénophobie, son islamophobie et son rejet des autres sur les réseaux sociaux que les musulmans étaient bel et bien nos compatriotes et nos frères et que nous voulions prier avec eux pour les victimes de la tragédie du 29 janvier, leurs familles et tous les blessés encore à l’hôpital.

Parce que les Forces armées canadiennes, c’est aussi une école de vie et de solidarité humaine et que, si les membres des Forces canadiennes ne comprenaient pas que nous sommes « plus forts ensemble », qui le pourrait ?

La semaine prochaine, une interview du futur premier aumônier militaire francophone, le Marocain (et Canadien!) Jalal Khaldoune >>

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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