Syrie: le régime reprend Palmyre, dont l’EI s’est maintenant totalement retiré

Une partie du temple de Bêl, dans la cité antique de Palmyre, le 14 mars 2014 (AFP/Archives/JOSEPH EID)
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Une partie du temple de Bêl, dans la cité antique de Palmyre, le 14 mars 2014. L’Unesco a dénoncé comme « crime de guerre » les destructions sur le tétrapyle ainsi qu’à l’intérieur du Théâtre romain. (AFP/Archives/JOSEPH EID)

Les forces du régime syrien ont repris jeudi, selon Moscou, la ville historique de Palmyre aux jihadistes du groupe Etat islamique (EI), qui essuient ainsi un nouveau revers militaire.

Cette oasis située dans le centre de la Syrie change une nouvelle fois de main. Elle avait été conquise en mai 2015 par l’EI, reprise par le régime en mars 2016 avant de retomber dans les mains des jihadistes en décembre.

Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a informé le président Vladimir Poutine que les forces syriennes avaient achevé l’opération visant à reprendre Palmyre, a indiqué le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov cité par les agences russes.

« L’EI s’est totalement retiré de Palmyre », a précisé de son côté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). « Mais l’armée syrienne est toujours en train de nettoyer les banlieues des mines et ne s’est pas encore installée dans la totalité de la ville », a affirmé Rami Abdel Rahmane, le directeur de l’OSDH.

Appuyées par les frappes de l’armée russe qui soutient activement le régime depuis septembre de 2015, les forces syriennes avaient pénétré mercredi dans la ville.

Le secteur qui abrite le site antique le plus célèbre de Syrie a été « très miné », a précisé l’OSDH.

Le directeur général des Antiquités et Musée de Syrie, Maamoun Abdelkarim, a accueilli la reprise de « la perle » du pays avec « un mélange de joie et de peur ». « Y a-t-il beaucoup de dégradations? Y a-t-il eu des explosions sans qu’on le sache? J’attends d’aller à Palmyre pour voir l’état du site », a-t-il réagi à l’AFP.

Depuis 2015, les jihadistes ont détruit les plus beaux temples de cette cité vieille de plus de 2.000 ans et inscrite par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité.

La perte de Palmyre s’ajoute à celle de plusieurs places fortes des jihadistes sur les territoires qu’ils avaient conquis à partir de 2014 en Irak et en Syrie. Ils se retrouvent en grande difficulté à Mossoul et à Raqa, leur fief dans les deux pays.

Combats dans le nord

Quasiment six ans après le début du conflit en Syrie en mars 2011, les nouvelles négociations entamées le 23 février à Genève entre régime et opposition continuent de piétiner.

L’opposition syrienne a refusé mercredi de discuter de la question du terrorisme comme le demande la délégation du régime, qui qualifie de « terroristes » tous les rebelles.

Ces négociations sont rendues compliquées par l’extrême complexité du conflit dans lequel sont impliqués des acteurs locaux et régionaux mais aussi des puissances internationales. Le territoire est totalement morcelé, comme dans le nord du pays où Kurdes, rebelles, forces gouvernementales et jihadistes contrôlent chacun des secteurs.

La Turquie, qui affirme vouloir « sécuriser » sa frontière, a lancé en août une opération appelée Bouclier de l’Euphrate qui vise les jihadistes mais aussi les milices kurdes qu’Ankara considère comme des groupes terroristes.

Dans la province d’Alep, des rebelles syriens soutenus par la Turquie ont pris mercredi deux villages aux Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance de combattants arabes et kurdes appuyée par la coalition internationale antijihadiste dirigée par les Etats-Unis.

Mais jeudi matin, les FDS les ont repris, selon l’OSDH qui a fait état de la mort dans les combats d’un combattant de ce groupe et de deux rebelles soutenus par la Turquie.

Désaccord américano-russe

La coalition internationale a par ailleurs indiqué que les Russes avaient bombardé par erreur ses alliés syriens près d’Al-Bab, une ville située à 25 km de la frontière turque qui avait été reprise la semaine dernière par les forces du Bouclier de l’Euphrate. L’information a été démentie par Moscou.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé cette semaine que le prochain objectif serait Minbej, un ancien bastion de l’EI actuellement sous contrôle des FDS et situé à une quarantaine de km à l’est d’Al-Bab et proche de la frontière turque.

A moyen terme, la Turquie dit vouloir participer à l’opération visant à chasser l’EI de son bastion de Raqa, encore plus à l’est, et ce, en excluant toute coopération avec les milices kurdes « terroristes ».

Le chef militaire de la coalition internationale, le général américain Stephen Townsend, a cependant affirmé mercredi que des Kurdes syriens participeraient à l’assaut sur Raqa. Les Etats-Unis voient en effet les milices kurdes comme leur allié le plus efficace pour vaincre l’EI, qui sévit aussi en Irak et qui a mené de nombreux attentats en Occident.