Les forces irakiennes reprennent une sinistre prison près de Mossoul

Des membres de la Force d'intervention rapide lors de l'offensive des forces irakiennes pour reprendre Mossoul aux jihadistes de l'EI, le 24 février 2017. (AFP/ARIS MESSINIS)
Temps de lecture estimé : 3 minutes
Des membres de la Force d’intervention rapide lors de l’offensive des forces irakiennes pour reprendre Mossoul aux jihadistes de l’EI, le 24 février 2017. (Archives/AFP/ARIS MESSINIS)

Les forces irakiennes ont repris mercredi près de Mossoul une prison tristement célèbre parce que le groupe Etat islamique (EI) y aurait exécuté des centaines de personnes et enfermé des femmes yézidies.

Dans la ville de Mossoul, les troupes déployées par le gouvernement ont consolidé leur progression des derniers jours en traquant les jihadistes et en désamorçant des bombes dans les quartiers « libérés ».

Elles préparent ainsi l’assaut sur la vieille ville, où les combats s’annoncent féroces.

Située au nord-ouest de Mossoul, la prison de Badouch a été reconquise par les forces de la 9e division blindée et un groupe paramilitaire, a annoncé l’armée, sans indiquer si des détenus s’y trouvaient toujours.

C’est dans cette prison qu’en juin 2014 les jihadistes avaient exécuté 600 détenus, principalement des chiites, les forçant à s’agenouiller près d’un ravin avant de les y pousser et de brûler leurs corps, selon Human Right Watch.

Une députée yézidie, Vian Dakhil, avait affirmé la même année que les jihadistes détenaient plus de 500 femmes de cette minorité religieuse qu’ils considèrent comme hérétiques.

L’armée a par ailleurs annoncé mercredi la reprise de deux nouveaux quartiers de Mossoul dans le cadre de l’offensive lancée le 19 février sur l’ouest du dernier grand bastion de l’EI dans le pays.

Ces quartiers s’ajoutent à ceux repris depuis dimanche, où les militaires se sont concentrés sur « le désamorçage » des bombes « dans les maisons piégées », a expliqué à l’AFP le colonel Abdel Amir al-Mohammedawi, des Forces d’intervention rapide, unité d’élite du ministère de l’Intérieur.

Mossoul est aujourd’hui l’une des villes les plus minées au monde, a alerté mercredi l’ONG Handicap international.

‘Etape importante’

« La libération du centre-ville est une première et très importante étape pour entamer la libération de la vieille ville », a précisé le colonel Mohammedawi, en référence à une zone proche du centre que les forces irakiennes ont reprise ces derniers jours.

Ce secteur abrite des bâtiments administratifs, notamment celui de la province de Ninive, ainsi que le musée de Mossoul, où les jihadistes avaient mis en scène la destruction de trésors archéologiques, provoquant un tollé international.

Des opérations ont débuté « pour débusquer les derniers combattants de l’EI dans les zones d’Al-Dawasa, d’Al-Danadan et d’Al-Agaidat », a précisé le lieutenant Raed Shakir Jawdat, commandant de la police fédérale.

Les organisations humanitaires craignent pour les 750.000 habitants de Mossoul-ouest, dont la majeure partie est restée sur place et manque de nourriture et de soins. Quelque 50.000 d’entre eux ont été déplacés par les combats, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Lancée le 17 octobre, l’opération pour reprendre Mossoul a déjà permis la « libération » de la moitié est de la ville fin janvier.

Le Premier ministre Haider al-Abadi a assuré mercredi que l’Irak n’hésiterait pas à frapper les positions du groupe extrémiste sunnite dans les pays voisins « si elles menacent la sécurité de l’Irak », alors que Bagdad a déjà mené en février des raids aériens de part et d’autre de la frontière syrienne.

Intenses bombardements en Syrie

Acculés en Irak, les jihadistes sont également sur le recul en Syrie voisine.

Ils font face à trois forces rivales: les troupes turques et leurs alliés rebelles syriens dans le nord, les forces gouvernementales syriennes appuyées par la Russie, et une alliance arabo-kurde soutenue par les Etats-Unis autour de leur fief de Raqa.

Mardi soir, les forces gouvernementales ont repris aux jihadistes la station de pompage d’al-Khafsa qui alimente Alep en eau courante.

Située près du fleuve Euphrate, cette station avait été mise hors service par l’EI après la reprise d’Alep par le régime en décembre, laissant les habitants de la deuxième ville de Syrie sans eau courante.

Les forces du régime renforçaient mercredi leur contrôle sur cette zone « avec d’intenses bombardements russes sur les positions de l’EI », a indiqué Rami Abdel Rahmane, le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Plus de 260 engins explosifs ont été désamorcés autour de la station, a annoncé en soirée la télévision d’Etat.

Abou Hammoud, un vieil homme ayant fui sa maison près de la station de pompage, affirme qu’il s’installera « dans n’importe quel endroit qui est sûr ».