Les révélations de WikiLeaks, nouveau coup dur pour la CIA

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Dans le hall d’entrée de son quartier général, à Langley, en Virginie, le sceau de la Central Intelligence Agency (CIA) ou Agence centrale de renseignement »), l’agence de renseignement américaine chargée de l’acquisition du renseignement (notamment par l’espionnage) et de la plupart des opérations clandestines effectuées hors des États-Unis (Archives/CIA/Headquarters Tour)

Les révélations de WikiLeaks sur les programmes d’espionnage de la CIA sont un nouveau coup dur pour l’agence du renseignement américaine, accusée d’incompétence par Julian Assange et dont les systèmes seraient « obsolètes », selon les propres mots de Donald Trump.

WikiLeaks a diffusé mardi près de 9.000 documents présentés comme provenant de la CIA, estimant qu’il s’agissait de la plus importante publication de données secrètes du renseignement jamais réalisée.

Le site créé par l’Australien Julian Assange y dévoile « la majorité de l’arsenal de piratage informatique » de la CIA, programmes malveillants, virus, cheval de Troie et autres logiciels pouvant infiltrer et prendre le contrôle d’appareils électroniques.

Encore plus humiliant pour les espions américains, Julian Assange a insisté sur « l’incompétence dévastatrice » de la CIA pour avoir stocké tous ces programmes de cyberespionnage dans un seul et même endroit.

Et le président américain Donald Trump n’a rien fait pour venir au secours de ses troupes: estimant que les systèmes de l’agence d’espionnage étaient « obsolètes », il n’a formulé aucune critique envers WikiLeaks pour les avoir mis au jour.

Ces révélations étaient les quatrièmes subies par la communauté du renseignement américain depuis 2013. L’Agence de sécurité nationale (NSA), soeur de la CIA en quelque sorte, a tout d’abord été ébranlée par les fuites d’Edward Snowden il y a quatre ans, expliquant comment elle surveillait les télécommunications des Américains et de leurs alliés.

En début d’année dernière, un groupe de pirates informatiques appelés les « Shadow Brokers » avaient ensuite offert en ligne aux acheteurs intéressés une série d’outils de piratages volés à la même NSA.

Et fin 2016 celle-ci a découvert qu’un autre de ses collaborateurs, Harold Martin, avait dérobé et caché chez lui environ 50.000 giga-octets de documents et de données, dont certains éléments sensibles.

Il n’y a dans ce dernier cas aucune preuve que M. Martin ait partagé ces données avec qui que ce soit, mais ces différents épisodes ont conduit à « l’érosion continue dans la confiance envers les agences du renseignement américaines et à des dommages à leur réputation », souligne Paul Rosenweig, consultant en sécurité.

« Dans la communauté du renseignement tout le monde regarde par-dessus son épaule maintenant », dit-il. « Et en dehors de cette communauté, franchement si je faisais partie des agences de renseignement britannique, française ou israélienne, j’y réfléchirais à deux fois avant de donner quoi que ce soit aux Américains », ajoute-t-il.

Les révélations de WikiLeaks ont en tout cas conduit à l’ouverture d’une enquête pour savoir comment toutes ces données avaient pu fuiter.

Les investigations vont notamment se pencher sur le fait de savoir si la CIA s’est montrée trop légère dans les contrôles de ses sous-traitants et contractuels privés qu’elle embauche par exemple pour créer ou tester des outils de piratage.

Mais l’enquête pourrait aussi tourner à « une énorme chasse à la taupe », comme l’a suggéré le Washington Post, pour trouver qui a fait fuiter les données au sein de l’agence.

Une fuite venant d’un sous-traitant ne serait pas une surprise: c’était le cas avec Snowden et Martin, qui travaillaient tous deux pour une entreprise habituée des collaborations avec le secteur du renseignement, Booz Allen Hamilton.

Tim Schorrock, journaliste et auteur spécialiste du monde de l’espionnage, souligne qu’il y a eu une expansion folle des recours à de tels sous-traitants pour les cyber-opérations dans le renseignement, et même chez les militaires.

« Cette structure bureaucratique est idéale pour les fuites. Vous aurez toujours quelqu’un à un moment qui va poser des questions », estime-t-il en référence à Edward Snowden. Celui-ci a décidé de révéler les secrets de la NSA après avoir découvert qu’il ne soutenait pas du tout ce que l’agence faisait.

Mais les grandes fuites de documents ne viennent pas toujours de contractuels: Chelsea Manning, qui a donné à WikiLeaks des centaines de milliers de pages de correspondances diplomatiques en 2010, était ainsi analyste du renseignement dans l’armée.

Et si WikiLeaks affirme avoir reçu ses documents sur la CIA d’un sous-traitant, beaucoup dans le monde du renseignement prennent cette affirmation avec des pincettes.

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