L’étau se resserre encore sur l’EI à Mossoul et en Syrie

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Un soldat des forces irakiennes dans les décombres d’un immeuble détruit, le 27 février 2017 à Mossoul pendant l’offensive contre les djihadistes de l’EI. (AFP/Archives/AHMAD AL-RUBAYE)

Les djihadistes du groupe État islamique (EI) étaient en difficulté lundi à Mossoul face aux forces irakiennes et dans l’est de la Syrie où une alliance arabo-kurde soutenue par Washington a coupé un axe stratégique.

L’étau se resserre ainsi sur les deux derniers grands fiefs, Mossoul en Irak et Raqa en Syrie, à partir desquels les djihadistes avaient établi leur « califat » sur un large territoire à cheval sur les deux pays depuis 2014.

Dans la deuxième ville d’Irak, les forces irakiennes se rapprochent de la vieille ville en avançant depuis plusieurs directions vers un quartier administratif et sur les bords du fleuve Tigre qui traverse la ville.

Les Forces d’intervention rapide, liées au ministère de l’Intérieur, « progressent dans les secteurs de Dawasa et Dindan pour libérer les bâtiments administratifs et ouvrir un passage sécurisé pour permettre aux familles de quitter » leur quartier et fuir les combats, a déclaré à l’AFP le colonel Abdelamir Mohammedawi.

Leur objectif est de prendre le contrôle des bâtiments du gouvernement local de la province de Ninive qui sont situés à proximité du pont Al-Hourriyah, l’un des cinq de Mossoul. « Nous n’avons pas encore atteint le pont, nous y sommes à quelques mètres », a expliqué le colonel.

Les forces irakiennes mènent depuis le 19 février une offensive pour reprendre les quartiers ouest de Mossoul et parachever leur reconquête de la totalité de la ville, dont la partie orientale avait été reprise en janvier.

Les combats à Mossoul-Ouest ont poussé plus de 45.000 personnes à fuir la ville pour être accueillies dans des camps à proximité, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Mais la majeure partie des quelque 750.000 habitants de cette partie restent sur place, où ils manquent de nourriture et de soins.

L’opération sur Mossoul avait été lancée le 17 octobre par les forces irakiennes avec l’appui crucial de l’aviation américaine et de conseillers militaires américains au sol.

‘Axe stratégique’

En Syrie, les États-Unis soutiennent aussi activement les Forces démocratiques syriennes (FDS) qui ont « réussi lundi à couper la principale voie de ravitaillement de l’EI entre la ville de Raqa et la province de Deir Ezzor », selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Un dirigeant des FDS a confirmé à l’AFP que cette « route stratégique pour Daech (EI) avait été coupée ce matin ». Il s’agit d' »une victoire stratégique de nos forces pour renforcer le siège » autour de l’EI, a-t-il souligné.

Long d’environ 140 km, il s’agit du seul grand axe dans la vallée de l’Euphrate qui relie Raqa au nord à Deir Ezzor, situé plus au sud-est au milieu d’une région désertique et pétrolière.

Les FDS mènent depuis novembre une opération pour encercler puis reprendre Raqa à l’EI avec le soutien de frappes de la coalition.

Les FDS sont « une force irrégulière d’infanterie légère, qui se déplace surtout sur des pick-ups », et qui a « très peu d’armes lourdes », a récemment expliqué le chef militaire de la coalition contre les djihadistes, le général américain Stephen Townsend.

Cette alliance est composée à 60% de groupes de combattants arabes et à 40% de milices kurdes, notamment les Unités de protection du peuple (YPG), bras armé du Parti de l’Union démocratique (PYD), selon lui.

L’EI recule en outre dans le nord-ouest de la Syrie. Il a perdu le 23 février la ville d’Al-Bab, dans la province d’Alep, prise par les forces turques alliées à des groupes rebelles syriens après des semaines de combat acharné.

Parallèlement, les djihadistes défendent leurs positions dans le sud-est de la province face à l’avancée des troupes du régime de Bachar al-Assad.

Les combats dans cette région ont provoqué la fuite de quelque 66.000 personnes, a indiqué dimanche le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha). Un grand nombre de ces déplacés se réfugient dans la grande ville de Minbej, aux mains des FDS.

L’EI oblige les habitants de Raqa à s’habiller comme les djihadistes

Par ailleurs, le groupe État islamique (EI) oblige désormais les hommes de Raqa, son fief en Syrie, à porter la même tenue que ses combattants pour les aider à se fondre dans la population, a indiqué lundi un militant.

«Depuis plus de deux semaines, le vêtement à l’afghane (une grande chemise descendant aux genoux et un pantalon en tissu léger) a été imposé par Daech», a indiqué à l’AFP Abou Mohamed, du groupe «Raqa est massacrée en silence» (RBSS), en utilisant l’acronyme arabe de l’EI.

«Quiconque n’obéit pas encourt une peine de prison et une amende», a-t-il ajouté.

Cette interdiction intervient alors qu’une coalition de combattants kurdes et arabes, les Forces démocratiques syriennes (FDS), s’approche de Raqa avec le soutien de frappes aériennes de la coalition internationale antidjihadistes menée par Washington.

L’idée est de «tenter de rendre plus difficile pour les avions (de la coalition) et les forces kurdes la distinction entre civils et djihadistes», selon le militant.

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a également fait part de ce nouveau code vestimentaire. «L’EI a imposé le vêtement à l’afghane aux habitants de Raqa pour que les informateurs qui donnent des coordonnées à la coalition (pour bombarder) ne soient plus à même de faire la différence entre civils et combattants», a expliqué son directeur Rami Abdel Rahmane.

Selon Abou Mohamed, qui reçoit des informations en provenance de Raqa, la ville est «en état d’alerte» et de nouveaux points de contrôle y ont été établis par l’EI. «Les prix s’envolent et il n’y a plus d’électricité ni d’eau» courante, a-t-il dit.

Selon l’OSDH, les FDS ne sont plus qu’à 8 kilomètres au nord-est de Raqa.

Par ailleurs, des civils et des familles de combattants de l’EI tentent depuis quelques jours de fuir l’est de la province d’Alep, où le groupe djihadiste recule face aux forces prorégime d’un côté et aux FDS de l’autre, vers la province limitrophe de Raqa, d’après l’Observatoire.

«Des milliers de familles ont tenté d’atteindre les limites administratives de la province de Raqa ces derniers jours, comme environ 120 familles de combattants et commandants de l’EI», a expliqué Rami Abdel Rahmane. Selon lui, l’EI a interdit à ces gens d’entrer, à l’exception des familles de ses combattants, autorisées à se rendre dans la ville de Raqa.

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