Libye: nouvelle offensive sur les sites pétroliers

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Vue sur la raffinerie de Ras Lanouf, en Libye, le 11 janvier 2017. (AFP/Archives/Abdullah DOMA)

Les troupes loyales au maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort des autorités de l’est de la Libye, ont lancé mardi une large offensive pour reprendre deux importants sites pétroliers contrôlés par des groupes armés rivaux.

« Le maréchal Khalifa Haftar a donné ses ordres mardi matin pour libérer le Croissant pétrolier », a annoncé Khalifa al-Abidi, un porte-parole.

« Les forces terrestres, navales et aériennes mènent des attaques conjointes pour purger le port de Ras Lanouf des groupes terroristes », a-t-il ajouté, en précisant que l’offensive vise aussi le port d’Al-Sedra.

Les forces loyales au maréchal controversé qualifient de « terroristes » les Brigades de Défense de Benghazi (BDB) qui s’étaient emparées le 3 mars du complexe pétrolier de Ras Lanouf –qui comprend surtout un aéroport et un port–, ainsi que du port proche d’Al-Sedra.

Les médias des deux camps donnaient mardi des informations contradictoires. Libya al-Hadath, une chaîne de télévision pro-Haftar a annoncé la reprise de Ras Lanouf et la fuite des « bandes terroristes ». Mais l’agence Bouchra, bras médiatique des BDB, a affirmé que l’attaque avait été repoussée.

Il n’était pas possible dans l’immédiat de vérifier ces informations de source indépendante.

Déchirée par des luttes de pouvoir et en proie à une insécurité chronique depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est dirigée par deux autorités rivales: le gouvernement d’union nationale (GNA) à Tripoli, reconnu par la communauté internationale, et un gouvernement basé dans l’est du pays lié au maréchal Haftar.

Le GNA a nié tout lien avec l’escalade militaire dans la région du Croissant pétrolier, mais International Crisis Group a estimé qu’il entretenait des liens « complexes et ambigus » avec les BDB.

Le GNA « a officiellement (…) nié tout lien » avec cette alliance hétéroclite de milices d’orientation islamiste, mais « le ministre de la défense du GNA et certains membres (du gouvernement) soutiennent les BDB, a indiqué le centre de réflexion dans un rapport la semaine dernière.

‘Complexe et ambigüe’

Les BDB ont été formées en 2016 par des combattants, dont des islamistes, chassés durant les deux dernières années de la ville de Benghazi (est) par l’Armée nationale libyenne (ANL) autoproclamée par le maréchal Haftar.

Elles affirment que leur objectif n’est pas de s’emparer des sites pétroliers mais de retourner à Benghazi, plus à l’est, où l’ANL continue de faire face à des poches de résistance de groupes islamistes.

Les forces pro-Haftar avaient pris le contrôle en septembre des quatre principaux sites pétroliers de Libye –Zoueitina, Brega, Ras Lanouf et Al-Sedra– qui assuraient l’essentiel des exportations libyennes d’or noir.

La perte rapide des sites de Ras Lanouf et Al-Sedra a semé le doute sur les capacités militaires de l’ANL, qui doit sa supériorité notamment à ses forces aériennes et à l’appui qui lui est fourni par des pays comme l’Egypte et les Emirats arabes unis.

Depuis le succès de leur dernière offensive sur le Croissant pétrolier après plusieurs échecs, les BDB ont été renforcées par d’autres groupes armés hostiles à Haftar venus de l’ouest et du sud du pays.

Le maréchal Haftar qui s’est rapproché également de la Russie, accuse ses rivaux de « terroristes » et de recevoir du soutien de pays comme la Turquie, le Qatar et le Soudan.

L’ONU s’est déclarée mardi « profondément inquiète » par les combats dans le Croissant pétrolier, où les deux parties se sont apparemment livrés à des exécutions sommaires, des tortures et d’autres violations.

Depuis son entrée en fonction en mars 2016, le GNA peine à asseoir son autorité dans le pays, y compris dans la capitale Tripoli où des affrontements opposaient mardi des groupes armés.

Des tirs et des explosions sont entendus depuis lundi soir et des témoins ont fait état de « combats de rues » dans l’ouest de la capitale.

Plusieurs axes routiers étaient bloqués et la plupart des habitants n’étaient pas en mesure de se rendre sur leur lieux de travail ou aux écoles en raison des violences.

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