L’Irak et la Coalition enquêtent sur la mort de civils dans des frappes à Mossoul

La vielle ville de Mossoul détruite par les combats, le 25 mars 2017. (AFP/AHMAD AL-RUBAYE)
Temps de lecture estimé : 4 minutes
La vielle ville de Mossoul détruite par les combats, le 25 mars 2017. (AFP/AHMAD AL-RUBAYE)

Remis à jour le 26/03/2017 à 15h57

L’Irak enquête sur des frappes aériennes contre le groupe État islamique (EI) à Mossoul-Ouest qui, selon des témoins, ont tué un grand nombre de civils et l’armée a déployé des snipers pour empêcher les djihadistes d’utiliser les habitants comme boucliers humains.

Selon des responsables irakiens et des témoins, des raids aériens ont tué un grand nombre de civils dans le quartier de Mossoul al-Jadida ces derniers jours. Le nombre de victimes, entre des dizaines et des centaines selon les sources, ne peut pas être vérifié de source indépendante.

D’autant que les forces de sécurité n’ont pas permis aux journalistes de se rendre dans les secteurs où ces frappes ont été rapportées.

L’armée irakienne et la coalition internationale menée par Washington procèdent à des bombardements sur Mossoul-Ouest pour appuyer les troupes au sol qui tentent depuis un mois de reprendre aux djihadistes leur dernier grand bastion urbain en Irak.

La coalition a reconnu samedi avoir procédé à un raid le 17 mars dans un secteur de la ville où des pertes civiles ont été rapportées, sans préciser de quel secteur il s’agissait.

Elle a indiqué qu’elle menait une enquête pour vérifier si des civils avaient été tués par ce raid aérien.

Si plus de 200.00 habitants ont pu fuir Mossoul-Ouest depuis un mois d’après les autorités irakiennes, il reste environ 600.000 personnes dans les zones encore tenues par l’EI dans cette partie occidentale de la deuxième cité d’Irak, dont les deux tiers dans la seule vieille ville, selon l’ONU.

L’EI « a commencé à utiliser des citoyens comme boucliers humains et nous essayons de les viser avec des snipers pour les éliminer », a indiqué dimanche à l’AFP le porte-parole du Commandement des opérations conjointes, le général Yahya Rasool.

Les forces irakiennes s’en remettent à des « armes légères et moyennes, dont des fusils utilisés par des tireurs embusqués, pour chasser » les djihadistes cachés au milieu des civils, a-t-il expliqué.

Mais depuis des semaines, elles ont également tiré des obus de mortier et lancé des roquettes, des armes qui exposent les civils à des risques bien plus grands.

[toggle title= »UNE TERRIBLE TRAGÉDIE, DÉCLARE POUR SA PART LE GÉNÉRAL VOTEL , COMMANDANT DU CENTCOM » load= »hide »]

Le chef des forces américaines au Moyen-Orient a qualifié dimanche de « terrible tragédie » la mort de nombreux civils dans des frappes aériennes à Mossoul en Irak, sans endosser formellement pour autant la responsabilité de ces bombardements.

« Nous enquêtons sur cet incident pour déterminer exactement ce qui s’est passé, et nous continuerons de prendre des mesures exceptionnelles pour éviter de frapper les civils », a estimé le général Joe Votel dans un communiqué.

Les forces irakiennes, soutenues par des frappes aériennes de la coalition internationale contre le groupe Etat islamique (EI), sont engagées dans une offensive acharnée pour reprendre aux djihadistes Mossoul, la deuxième ville irakienne tombée dans les mains de l’EI à la mi-2014.

Un grand nombre de civils ont été tués dans des raids aériens dans le quartier de Mossoul al-Jadida ces derniers jours, selon des responsables irakiens et des témoins.

Le nombre de victimes, entre des dizaines et des centaines selon les sources, ne peut pas être vérifié de source indépendante.

« Le combat à Mossoul est difficile » du fait de l’imbrication des djihadistes dans la population civile, a déclaré le général Votel dans son communiqué.

Les forces irakiennes et la coalition ont « pris des mesures délibérées pour réduire au maximum les souffrances » de la population, a-t-il affirmé.

Plus de 200.00 habitants ont pu fuir Mossoul-Ouest depuis un mois, d’après les autorités irakiennes.

Mais environ 600.000 personnes se trouvent encore dans les secteurs tenus par l’EI, dont les deux tiers dans la vieille ville, un réseau dense de rues étroites, selon l’ONU.

Les frappes de la coalition contre l’EI font de plus en plus de victimes civiles, selon de nombreux témoignages qui ne sont pas démentis par les militaires américains.

Mais les militaires se défendent d’avoir changé leurs normes d’acceptation de victimes civiles après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, comme les en accusent certains observateurs.

Si le nombre de morts civils augmente, c’est que les combats ont désormais lieu dans des zones urbaines très densément peuplées, a affirmé cette semaine un responsable de la Défense américain.[/toggle]

‘Civils innocents’

Le général Rasool a par ailleurs accusé les djihadistes de rassembler des civils et de faire exploser un véhicule piégé à proximité d’eux pour faire croire que « les forces irakiennes ciblent des civils innocents ».

Il a toutefois expliqué que le ministère de la Défense avait ouvert une enquête sur des raids aériens à Mossoul qui ont débouché, selon des témoins et des responsables, sur la mort de civils.

L’armée de l’air irakienne n’a jamais publié d’estimations de ses victimes civiles depuis le début de sa campagne contre l’EI à Mossoul.

Au début du mois, la coalition, qui a indiqué samedi qu’une de ses frappes à Mossoul était peut-être à l’origine de la mort de civils, a elle jugé « probable qu’au moins 220 civils aient été tués involontairement » dans ses frappes aériennes contre l’EI en Irak et en Syrie depuis 2014.

Selon des responsables et des témoins, nombre d’habitants de Mossoul ont péri dans des frappes aériennes ces derniers jours vers Mossoul al-Jadida.

Deux habitants ayant fui la ville, Omar Mohanned Sumayr et son oncle Manhal Sumayr, ont ainsi affirmé que 170 personnes se trouvaient dans un immeuble complètement détruit par un raid.

Bachar al-Kiki, le chef du conseil de la province de Ninive, a dit que des « dizaines » de corps d’habitants étaient encore sous des décombres à la suite de frappes aériennes alors que le gouverneur provincial Nawfal Hammadi, et d’autres responsables, a parlé de « centaines » de morts.

L’ONU a de son côté appelé les forces impliquées à Mossoul à « tout faire » pour protéger les civils alors que les combats se concentrent aux abords de la vieille ville, un dédale de petites rues densément peuplé où l’utilisation d’armes lourdes risque de mettre les habitants en danger.

Les forces irakiennes ont lancé le 17 octobre l’offensive pour Mossoul. Elles ont reconquis la partie orientale fin janvier.