L’Irak exclu du nouveau décret migratoire de Donald Trump qui entrera en vigueur le 16 mars

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Le président américain Donald Trump au téléphone dans le Bureau Ovale, en janvier 2017. (Archives/Mandel Ngan/AFP)

Donald Trump reprend l’offensive lundi sur l’immigration et la sécurité, avec la signature d’un nouveau décret interdisant l’entrée aux Etats-Unis aux voyageurs de six des sept pays musulmans initialement ciblés, mais exemptant les détenteurs de visas et de « cartes vertes ».

L’Irak ne fait plus partie des pays dont les ressortissants ne pourront plus mettre les pieds aux États-Unis, et son gouvernement s’en est déjà félicité. Le décret prendra effet le 16 mars, pour 90 jours, selon des documents publiés lundi par le département de la Sécurité intérieure.

La suspension de l’accueil des réfugiés est également actée, pour 120 jours. Mais ceux dont le voyage aux Etats-Unis était déjà programmé auront le droit de venir.

L’action présidentielle correspond aux promesses de campagne du républicain, qui s’est engagé à mettre en place une politique de « vérification extrême » aux frontières afin d’empêcher des infiltrations djihadistes.

Son premier décret, signé une semaine après son arrivée au pouvoir, avait créé un tollé mondial, Donald Trump étant accusé de discrimination envers les musulmans, potentiellement anticonstitutionnelles.

La nouvelle version doit permettre de passer l’obstacle de la justice, qui avait suspendu l’application du texte initial le 3 février.

« Pas de chaos »

Les six pays concernés sont les trois pays appartenant à la liste du département d’Etat des Etats « soutenant le terrorisme » (Iran, Syrie, Soudan) ainsi que d’autres identifiés sous l’administration précédente comme présentant un risque (Libye, Somalie, Yémen).

L’Irak est exempté car son gouvernement aurait accepté de fournir des informations supplémentaires sur ses citoyens demandant des visas, selon Washington. Bagdad avait bruyamment protesté d’être mis au ban.

« Nous avons reçu l’assurance du gouvernement irakien que nous serons en mesure de faire les vérifications nécessaires », a dit le haut responsable américain.

La mise en place précautionneuse de cette version 2.0 du décret vise à éviter les scènes de confusion vues dans les aéroports américains et étrangers après le 27 janvier.

« Il n’y aura pas de chaos dans les aéroports », a expliqué un haut responsable sécuritaire à des journalistes. « La période de mise en place sera très sereine ».

Des détenteurs de cartes verts ou de visas de tout âge – étudiants, ingénieurs ou médecins – avaient été mis en détention voire expulsés. Des familles de réfugiés, billets d’avion en main, avaient été empêchées d’embarquer dans leur vol pour les Etats-Unis. Au moins 60.000 visas avaient été révoqués.

Ces visas révoqués ont déjà commencé à être rétablis et seront pleinement acceptés, et toutes les personnes qui bénéficiaient d’un visa le 27 janvier pourront continuer à l’utiliser.

« Si vous avez un visa valide, vous n’aurez pas de problème », a assuré un haut responsable du département d’État.

Les binationaux, par exemple les Franco-Iraniens, ne seront pas concernés s’ils voyagent sur un passeport français, mais ceux-ci doivent depuis l’an dernier demander un visa.

Réfugiés sous enquête

Les réfugiés syriens seront traités comme les autres réfugiés, alors que la suspension de leur accueil devait être d’une durée indéfinie dans la version initiale du décret.

La nouvelle décision devrait soulager les centaines de milliers d’Iraniens ou de Syriens qui travaillent et étudient aux Etats-Unis.

Mais Trita Parsi, président du National Iranian American Council, estime que le gouvernement « ne cherche qu’à limiter les scènes d’horreur dans les aéroports, et non à réduire l’intolérance aux Etats-Unis ou améliorer la sécurité ».

« Pour nous, ce n’est pas une victoire qu’ils découvrent la Constitution », dit-il à l’AFP, tout en s’interrogeant sur le traitement futur des binationaux, comme les Franco-Iraniens, qui demanderaient un visa.

Pour Washington, les nouvelles mesures sont nécessaires au nom de la sécurité nationale.

Les autorités ont révélé qu’environ 300 réfugiés présents aux Etats-Unis étaient la cible d’enquêtes du FBI pour terrorisme.

« Ce n’est pas une mesure contre les musulmans », a déclaré le haut responsable. « Il s’agit d’une suspension temporaire de l’admission de ressortissants de six pays qui sont des États en faillite ou soutiennent le terrorisme, et sur lesquels nous ne pouvons pas faire suffisamment de vérifications ».

Le changement de terrain est bienvenu pour la Maison Blanche, qui a passé le week-end à défendre les accusations de Donald Trump contre Barack Obama. Le président a accusé son prédécesseur d’avoir ordonné des écoutes téléphoniques contre la Trump Tower, sans présenter de preuves.

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