Parcs Canada commémore le service des Autochtones et des auxiliaires pendant la Première Guerre mondiale

Le musée canadien de la guerre, à Ottawa (Photo: Harry Foster, MCC)
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Le musée canadien de la guerre, à Ottawa (Photo: Harry Foster, MCC)

Des plaques ont été dévoilées ce jeudi 2 mars pour commémorer le service militaire des Autochtones pendant la Première Guerre mondiale ainsi que le Fonds de souvenirs de guerre canadiens et les détachements d’auxiliaires volontaires.

Aujourd’hui, la ministre responsable de Parcs Canada, Catherine McKenna a reconnu l’importance historique nationale du service militaire des Autochtones lors de la Première Guerre mondiale, du Fonds de souvenirs de guerre canadiens et des détachements d’auxiliaires volontaires lors d’une cérémonie spéciale qui a eu lieu au Musée canadien de la guerre à Ottawa avec des membres de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

Fondée en 1919, la Commission des lieux et monuments historiques du Canada conseille la ministre de l’Environnement et du Changement climatique au sujet de l’importance historique nationale des lieux, des personnes et des événements qui ont marqué l’histoire du Canada.

« Le service de nombreuses personnes a contribué à nous définir à titre de nation aujourd’hui. La vie d’une génération entière de Canadiens et Canadiennes a été façonnée par la Première Guerre mondiale », a souligné à cette occasion la ministre McKenna.

« Le service militaire des Autochtones pendant la Première Guerre mondiale, le Fonds de souvenirs de guerre canadiens et les Détachements d’auxiliaires volontaires méritent manifestement d’être reconnus pour leur importance historique nationale », a-t-elle ajouté.

« Cette année, la population canadienne célèbre le 150e anniversaire de la Confédération de notre grande nation et il est important pour nous tous, particulièrement la génération actuelle, d’en apprendre davantage sur les personnages, les endroits et les événements qui ont modelé notre riche histoire culturelle et naturelle. », a aussi souligné la ministre.

Au Canada, environ le tiers des membres des Premières Nations âgés de 18 à 45 ans se sont enrôlés pendant la guerre. Des Métis et des Inuits leur ont emboîté le pas. Cependant, seuls les Indiens inscrits étaient officiellement reconnus par le Corps expéditionnaire canadien.

Les hommes et les femmes autochtones ont été parmi les premiers à s’y enrôler, servant ainsi dans toutes les branches de l’armée et au sein du Royal Flying Corps. À titre d’anciens combattants, ils étaient la force active à l’origine de la League of Indians of Canada établi en 1919, la toute première organisation à donner une voix nationale aux communautés autochtones.

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Document d’information
De Parcs Canada

De 1914 à 1918, des hommes autochtones de toutes les régions du Canada et de la colonie de Terre-Neuve combattent auprès des soldats canadiens lors de la Première Guerre mondiale. Ces hommes se sont portés volontaires pour servir leur pays, même si pour beaucoup d’entre eux, cette situation signifie de se battre pour un gouvernement qui considère que les Autochtones sont sous la tutelle de l’État et qui leur refuse le droit de vote. En servant aux côtés d’autres Canadiens, les soldats autochtones s’acquièrent l’acceptation et le respect de leur milieu, ce qui contraste avec le traitement et le statut qu’on leur réserve dès qu’ils rentrent au pays, et avive un sentiment de racisme déjà présent selon lequel nul ne peut être à la fois un Autochtone et un citoyen responsable. À la fin de la guerre, les vétérans autochtones et les membres des communautés autochtones entreprennent d’améliorer la situation des peuples autochtones au Canada. C’est ainsi que prend naissance une force active qui sera à l’origine de la première organisation autochtone pancanadienne, la League of Indians of Canada, qui donnera une voix nationale aux revendications des Autochtones et préparera le terrain à la lutte pour leurs droits.

Lorsque la guerre éclate, les hommes autochtones sont parmi les premiers à s’enrôler dans le Corps expéditionnaire canadien (CEC) et font partie du premier contingent de Canadiens à servir outre-mer. Durant la guerre, étant donné le nombre élevé d’Autochtones qui s’enrôlent, les réserves deviennent pour ainsi dire dépourvues de jeunes hommes. Les femmes autochtones sont également des participantes actives : elles amassent des fonds, forment des comités et envoient des objets d’agrément aux hommes sur le front. Si de nombreux Autochtones s’empressent de s’enrôler, tous ne partagent pas cet enthousiasme et certaines collectivités autochtones découragent leurs jeunes hommes d’entrer au service de l’armée.

Une fois arrivés outre-mer, les Autochtones participent de multiples façons à l’effort de guerre, notamment dans des bataillons d’infanterie, des troupes ferroviaires, des corps forestiers, des bataillons de pionniers, des bataillons de travail, le service vétérinaire et même le Royal Flying Corps. Certains Autochtones reçoivent des éloges pour leurs talents de tireurs d’élite et d’éclaireurs, talents découlant de leurs activités de chasse et de trappe dans la vie civile, tandis que d’autres se voient décerner des médailles de bravoure et d’honneur, et ce, dans l’ensemble du CEC. Plus de 300 Autochtones meurent au combat, et de nombreux autres sont blessés ou décèdent à leur retour au pays.

Bon nombre d’anciens combattants autochtones considéraient qu’il y avait peu de différence entre les soldats autochtones et non autochtones au front. Par contre, après leur démobilisation, ces vétérans autochtones ont retrouvé les conditions discriminatoires d’avant-guerre, et beaucoup estimaient que leur statut social ne reflétait pas leurs faits d’armes et leurs sacrifices. Le service militaire a néanmoins permis aux soldats autochtones de différentes régions du pays de se rencontrer et d’échanger des idées, et de développer un sentiment d’appartenance à une expérience commune. La League of Indians of Canada a été fondée en 1919 par un ancien combattant et a attiré des membres de partout au Canada aspirant à lutter pour les droits des Autochtones, jusqu’à sa dissolution dans les années 1920.[/toggle]

Les détachements d’auxiliaires volontaires ont pour leur part mis leurs compétences à contribution pour venir en aide à la population après l’explosion de 1917 à Halifax et pendant la pandémie de grippe espagnole de 1918.

Même si elles ne pouvaient pas s’enrôler, les femmes se sont portées volontaires pour servir leur pays. La Croix-Rouge et l’Ambulance Saint-Jean ont mis sur pied des détachements d’auxiliaires volontaires, et les femmes qui en faisaient partie exerçaient des fonctions d’aides-infirmières, de conductrices d’ambulance et de commis de bureau dans des hôpitaux de convalescence.

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Document d’information
De Parcs Canada

Bien qu’elles n’aient pas pu s’engager dans l’armée, plus de 2 000 bénévoles canadiennes ont trouvé une façon de servir leur patrie pendant la Première Guerre mondiale et à l’occasion de deux urgences nationales − l’explosion d’Halifax et la pandémie de grippe espagnole. Coordonnés par la Société canadienne de la Croix-Rouge et l’Ambulance Saint-Jean, les membres des DAV ont travaillé comme aides‑infirmières, conductrices d’ambulance et commis de bureau dans des hôpitaux pour convalescents au Canada et dans certains hôpitaux à l’étranger. Elles prêtent main-forte au personnel médical et infirmier en prodiguant des soins aux milliers de militaires blessés et malades, certaines s’exposant aux mêmes épreuves et aux mêmes dangers que les soldats, les infirmières et les médecins qui se trouvent près de la ligne de front.

Les détachements d’auxiliaires volontaires (DAV) sont d’abord créés en 1914 par le ministère de la Milice du Canada dans le cadre de la mobilisation des ressources nationales en prévision de la guerre en Europe. Coordonnés par la Société canadienne de la Croix-Rouge et l’Ambulance Saint‑Jean, ils sont considérés à l’origine comme une réserve d’hommes et de femmes qui soutiendraient les services médicaux militaires en situation d’urgence si le Canada était envahi. Plus tard, à la suite du déclenchement de la Première Guerre mondiale, les DAV deviendront un corps d’infirmières volontaires en raison de l’intégration rapide des hommes aux forces armées. Les unités canadiennes des DAV sont fondées sur le système britannique mis en place en 1909 afin d’accroître les réserves militaires existantes d’infirmières professionnelles et de bénévoles civils ayant reçu une formation en premiers soins. En comparaison du programme britannique, auquel participent environ 23 000 infirmières durant la Grande Guerre, le programme canadien est plus modeste. Le nombre de femmes qui s’enrôlent dans les DAV au Canada est néanmoins considérable : au terme de la guerre, environ 2 000 femmes ont été formées comme infirmières des DAV. La majorité d’entre elles travaillent dans les hôpitaux militaires pour convalescents au pays, mais environ 500 membres des DAV canadiens sont envoyées dans les hôpitaux militaires britanniques à l’étranger.

Au Canada, des détachements d’auxiliaires volontaires sont d’abord créés à Halifax, à Québec et à Saint John, car on s’attend à ce que ces ports soient les premiers à recevoir des soldats blessés de retour de l’étranger. Des unités sont ensuite créées à Montréal, à Ottawa et à Victoria. À la fin de la guerre, au total six détachements canadiens ont été établis. On confie d’abord aux membres des DAV des tâches n’ayant aucun rapport avec les soins infirmiers, comme de distribuer divers articles aux soldats avant leur départ – par exemple des tablettes de chocolat et des cigarettes – et de souhaiter à ces derniers de revenir sains et saufs. À mesure que la guerre se poursuit, cependant, les infirmières participent à la création, à l’aménagement et à la mise en service d’hôpitaux militaires pour convalescents, un rôle qui acquiert beaucoup d’importance à partir du début de 1915, alors qu’un nombre croissant de soldats blessés et malades reviennent au Canada.

Bon nombre des membres des DAV sont impatientes de se rendre en Europe là où les besoins sont les plus pressants, mais ce n’est qu’en septembre 1916 que le premier contingent de membres des DAV canadiens part pour l’étranger, en réponse à l’appel de la Croix-Rouge britannique. Le Corps de santé de l’Armée canadienne (CAMC) refuse d’envoyer des infirmières volontaires dans ses hôpitaux à l’étranger, mais les infirmières des DAV sont les bienvenues dans les hôpitaux militaires britanniques. Dans l’ensemble, l’Ambulance Saint-Jean envoie plus de 360 volontaires canadiennes à l’étranger, et de nombreux autres membres des DAV canadiens paient leur propre voyage jusqu’en Angleterre et proposent leurs services directement au siège des DAV britanniques à Londres. Intégrées au personnel médical militaire britannique, les infirmières des DAV canadiens travaillent comme stagiaires sous la supervision d’infirmières qualifiées. Comme c’est le cas dans les hôpitaux pour convalescents au pays, elles effectuent diverses tâches d’infirmière, comme faire les lits, préparer des régimes alimentaires pour des patients invalides et veiller au confort général des soldats. Dans certains cas, les tâches confiées aux membres des DAV s’apparentent à celles des infirmières qualifiées : les volontaires changent des pansements chirurgicaux et prennent en charge certaines unités des hôpitaux durant la nuit. Tout comme les infirmières militaires qui les supervisent, les membres des DAV canadiens postées en France et dans les zones de combats plus éloignées s’exposent aux épreuves et aux dangers inhérents à la ligne de front. La bravoure que nombre d’entre elles démontrent pendant les attaques ennemies a été reconnue.

Au pays comme à l’étranger, le travail au sein des DAV varie beaucoup d’un endroit et d’un type d’hôpital à l’autre. Les membres occupent divers postes dont ceux d’aides-infirmières, de conductrices d’ambulance et de commis de bureau et effectuent diverses tâches d’appui utiles en temps de guerre.

Les infirmières des DAV démontrent également leur savoir-faire à la suite de l’explosion d’Halifax en décembre 1917 et lors de la pandémie de grippe espagnole de 1918, crises nationales pendant lesquelles elles fournissent une aide médicale et des soins infirmiers cruciaux.

Les infirmières canadiennes des DAV ont été en service durant la Première Guerre mondiale et les années qui ont suivi, prodiguant des soins aux soldats en convalescence bien après la signature de l’armistice en 1918. Elles ont été officiellement démobilisées en octobre 1920.[/toggle]

Quant Fonds de souvenirs de guerre canadiens, il a permis quelque 100 artistes de créer près de 1 000 œuvres d’art individuelles.

Ceux et celles qui visitent le Musée canadien de la guerre ont ainsi accès à des centaines de peintures, de dessins, de photographies et de films qui ont été produits par des artistes canadiens lors de cette période charnière de l’histoire canadienne qu’a été la Première Guerre mondiale, illustrant le conflit tel qu’il était perçu d’un point de vue canadien.

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De Parcs Canada

Le Fonds de souvenirs de guerre canadiens est une organisation caritative fondée par Max Aitken (plus tard appelé lord Beaverbrook) en novembre 1916. Le Fonds a été le premier programme canadien d’art militaire et a institué cette tradition toujours bien vivante qui consiste à commander à des artistes des œuvres représentant le Canada sur les différents théâtres de guerre. Il était une ramification du Bureau canadien des archives de guerre (BCAG), un organisme du gouvernement canadien créé en février 1916 et dirigé par Beaverbrook pour documenter la guerre d’un point de vue canadien au moyen de films, de photos et de documents imprimés. Il recueillait entre autres pour le BCAG des rapports quotidiens officiels, des cartes, des photos ainsi que des carnets de guerre et d’autres types de documents.

Les activités de commande et de collecte d’œuvres découlant de ce nouveau projet sont créées entre autres parce qu’il est difficile d’obtenir des photos de guerre officielles, particulièrement après la seconde bataille d’Ypres et les batailles de Festubert, de Saint-Éloi et de Givenchy, qui ont été très peu documentées, du moins visuellement. De plus, les œuvres d’après-guerre qui représentaient les événements étaient critiquées pour leur manque d’exactitude. Pire encore, la production de photos et de films frauduleux illustrant supposément des combats fait son apparition. Beaverbrook croit également que les photos ont une durée de vie maximale de 25 ans, et que seules les œuvres peintes seront conservées suffisamment longtemps pour faire connaître à la postérité les activités canadiennes pendant la Première Guerre mondiale.

Bien que Beaverbrook doive surmonter des obstacles majeurs avant de réussir à envoyer au front des artistes et des journalistes, il parvient finalement à obtenir pour les artistes la permission d’exercer leurs fonctions sur le terrain à titre officiel. Les artistes de guerre reçoivent une commission militaire et, en tant qu’employés du Fonds de souvenirs de guerre canadiens, ils reçoivent une allocation pour leur matériel, leur atelier et leurs œuvres achevées. En collaboration avec le critique d’art P. G. Konody, Beaverbrook élabore un projet pour la réalisation d’œuvres de très grande taille, peintes dans la tradition des toiles représentant des batailles historiques, ainsi que de plus petites œuvres de nature documentaire. Beaverbrook et Konody accordent une grande importance au travail sur le terrain, insistant pour que les artistes passent du temps sur le champ de bataille à dessiner des croquis qui pourront plus tard être transposés sur une toile. Le Fonds a produit près d’un millier de tableaux, photographies, dessins et films commandés à plus d’une centaine d’artistes, dont le tiers d’entre eux étaient Canadiens. Il a donc permis d’encourager le perfectionnement artistique d’un bon nombre artistes canadiens importants en leur procurant un salaire, des commandes et des fournitures et en attirant sur eux l’attention des médias à une époque où l’on n’attachait guère d’attention à la production artistique. Ce Fonds a également permis de stimuler l’essor de l’art canadien en rassemblant artistes, conservateurs, archivistes, protecteurs des arts et institutions d’art.

La collection produite pour le compte du Fonds de souvenirs de guerre canadiens est présentée à Londres, dès la fin de la guerre ainsi que dans les années 1920 et 1930, et est généralement acclamée par le public et la critique. Elle est confiée à la Galerie nationale du Canada en 1921. En 1971, la majeure partie des œuvres d’art sont transférées au Musée canadien de la guerre, où elles sont encore présentes aujourd’hui. Ce fonds illustre, commémore et met en lumière l’expérience canadienne pendant la Première Guerre mondiale à travers les yeux d’artistes canadiens.[/toggle]