Pékin appelle à la suspension du programme nucléaire nord-coréen et des manoeuvres militaires US

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Un homme regarde sur un écran de télévision les images d’une fusée nord-coréenne, le 3 février 2016 à Séoul, en Corée du Sud. (AFP/JUNG YEON-JE)

Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a appelé mercredi la Corée du Nord à suspendre son programme nucléaire et, dans le même temps, les États-Unis à stopper leurs manœuvres militaires en Corée du Sud, afin de « désamorcer la crise » dans la péninsule.

Usant d’une métaphore ferroviaire, lors d’une conférence de presse à Pékin, M. Wang a mis en garde contre « une collision » en Corée entre « deux trains qui accélèrent l’un en face de l’autre sans qu’aucun des deux ne veuille céder le passage ».

« Afin de désamorcer la crise qui se prépare dans la péninsule (coréenne), la Chine propose que, dans un premier temps, (la Corée du Nord) suspende ses programmes nucléaire et balistique, en échange de l’arrêt des manœuvres militaires à grande échelle des États-Unis et de la Corée du Sud », entamées la semaine dernière, a déclaré le ministre chinois.

Cet échange de suspensions pourrait permettre « de ramener les parties à la table des négociations », a expliqué M. Wang, deux jours après les tirs de missiles nord-coréens, dont trois sont tombés dans les eaux japonaises.

En réponse, les États-Unis avaient annoncé mardi le début du déploiement de leur système de bouclier antimissile THAAD en Corée du Sud, une décision fermement combattue par Pékin qui y voit une atteinte à l’efficacité de ses propres missiles.

La Corée du Nord avait elle aussi proposé en janvier 2015 de suspendre temporairement ses essais nucléaires si les États-Unis annulaient leurs manœuvres prévues en Corée du Sud. Washington comme Séoul avaient rejeté cette proposition.

Le Conseil de sécurité a condamné avec force les tirs de missiles nord-coréens

De son côté, le Conseil de sécurité de l’ONU a condamné avec force mardi les récents tirs de missiles de la Corée du Nord, exprimant son inquiétude au sujet d’un « comportement de plus en plus déstabilisateur » de Pyongyang.

Cette condamnation provient d’un texte rédigé par les États-Unis qui a été approuvé à l’unanimité des quinze pays membres du Conseil, en dépit de tensions entre Washington et Pékin liées à l’annonce du déploiement du bouclier antimissile américain THAAD en Corée du Sud.

Le Conseil de sécurité, qui doit toujours se réunir mercredi au sujet de la Corée du Nord, qualifie les tirs de missiles de « grave violation » des résolutions de l’ONU et promet de « prendre d’autres mesures significatives » pour sanctionner Pyongyang.

Les quinze pays du Conseil se réuniront mercredi à la demande des États-Unis et du Japon pour discuter du lancement lundi de quatre missiles balistiques.

Les activités de la Corée du Nord « augmentent les tensions dans la région et au-delà, ainsi que le risque d’une course régionale aux armements », affirme le Conseil de sécurité dans sa déclaration.

Les résolutions de l’ONU interdisent à Pyongyang tout programme nucléaire ou balistique. Mais six volées de sanctions n’ont pas persuadé le régime de Kim Yong-Un d’abandonner ses ambitions militaires.

Un rapport de l’ONU publié fin février avait montré que la Corée du Nord contournait les sanctions les plus dures imposées par l’ONU en utilisant des intermédiaires ou des sociétés écrans pour continuer à commercer notamment avec la Malaisie et la Chine.

Les options de l’administration Trump face à Pyongyang

L’administration Trump est désormais au pied du mur pour définir sa politique face aux efforts de la Corée du Nord pour se doter de missiles balistiques nucléaires, capables de frapper ses voisins ou le territoire américain.

Selon la presse américaine, Barack Obama en quittant la Maison Blanche avait prévenu son successeur que les menaces de Pyongyang seraient probablement les plus urgentes auxquelles il aurait à faire face.

Et Pyongyang s’est empressée de lui donner raison lundi en tirant une salve de missiles balistiques en direction du Japon, pour, selon les mots mêmes du régime, s’entraîner à frapper les bases américaines dans l’archipel.

Même si les missiles tirés lundi ne révèlent pas de nouveaux progrès technologiques des Nord-Coréens, cette nouvelle démonstration de force oblige l’administration américaine à apporter une réponse.

Donald Trump, qui aime mettre en avant ses généraux, pourrait être tenté d’envisager une épreuve de force militaire avec Pyongyang.

En décembre, alors que l’administration Obama était encore au pouvoir, un responsable de la Défense avait déjà indiqué que les hauts gradés américains accentuaient leurs réflexions sur les scénarios militaires imaginables dans la péninsule.

« Nous marchons sur un fil très étroit »

« Nous marchons sur un fil très étroit, avec peu de moyens de pression et peu de marge de manœuvre en terme de négociations. Et donc, comme vous pouvez l’imaginer, nous préparons des plans d’urgence adaptés », avait confié ce responsable.

Mais dans une péninsule coréenne qui est la zone la plus militarisée du monde, avec une capitale (Séoul) à moins de 40 kilomètres de la frontière, les risques d’un conflit militaire sont énormes.

L’option d’une offensive militaire contre Pyongyang ne peut être retenue, « cela veut dire une guerre nucléaire », explique l’expert en désarmement Jeffrey Lewis, animateur du blog spécialisé « arms control wonk ».

Pyongyang a montré ses capacité atomiques en procédant au total à cinq essais nucléaires souterrains.

Les défenses anti-missiles

À défaut d’utiliser la force, l’administration Trump pourrait chercher à développer les défenses antimissile pour mieux protéger ses alliés asiatiques et le continent américain.

Elle pourrait ainsi chercher à encourager le développement de nouvelles batteries antimissile THAAD, du type de celles qu’elle a commencé à déployer mardi par exemple en Corée du Sud, malgré les protestations de la Chine.

Une seule batterie THAAD « n’est pas suffisante pour défendre » toute la Corée du Sud, explique ainsi l’expert en défense antimissile Thomas Karako, du groupe de réflexion CSIS à Washington, qui estime qu’il en faut plusieurs pour parvenir à une bonne couverture du territoire sud-coréen.

Le Japon aussi a montré son intérêt pour le déploiement de défenses antimissile THAAD et Aegis, un autre système concerne les missiles à plus longue portée.

Donald Trump a également déjà affiché sa volonté de continuer à muscler les défenses antimissile protégeant le territoire américain de missiles balistiques intercontinentaux.

« Les États-Unis disposent de 36 missiles intercepteurs de missiles » basés en Alaska et en Californie, et ils peuvent chercher à augmenter leur nombre « et à augmenter leur fiabilité », estime Thomas Karako.

L’ex-président Obama avait déjà augmenté le nombre de ces intercepteurs, qui devait passer à 44 à la fin de l’année 2017.

Les États-Unis tenteront certainement de poursuivre également leurs cyberattaques contre le programme de missiles nord-coréen, évoquées samedi dernier par le New York Times.

Mais leur efficacité ne semble pas avoir été vraiment prouvée face à une industrie nord-coréenne très rustique et qui utilise peu de composants étrangers.

Les échecs récents des missiles nord-coréens semblent plus dus à des « défaillances mécaniques » qu’à des problèmes d’électronique, a estimé mardi John Schilling, un expert en missiles du groupe américain Aerospace.

La voie de la négociation

Pour Jeffrey Lewis, la seule manière de réduire substantiellement la menace nord-coréenne sera une négociation amenant le régime à accepter volontairement de limiter ses ambitions, sur le modèle de l’accord international sur le nucléaire iranien.

« C’est bien d’avoir de la défense antimissile et des sanctions, mais leur plus grande valeur, c’est qu’elles peuvent servir de monnaie d’échange dans le cadre d’une négociation » avec Pyongyang, souligne-t-il.

Pour Michael O’Hanlon, expert au groupe de réflexion Brookings Institute à Washington, il est peut-être temps d’essayer de réanimer les discussions à 6 (les deux Corées, Japon, Russie, Chine, États-Unis) qui avaient un temps permis d’avancer, il y a une dizaine d’années.

Il s’agirait d’obtenir un « gel » des programmes nucléaires et de missile, en échange d’une « réduction » des sanctions internationales, a-t-il expliqué.

Le secrétaire d’État américain Rex Tillerson se rendra au Japon, en Corée du Sud et en Chine du 15 au 19 mars.

« Les États-Unis consultent activement leurs alliés et partenaires dans la région pour faire face à la menace » posée par les missiles coréens, a déclaré mardi le porte-parole du département d’État Mark Toner.

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