Sérieux accrochage militaire entre Israël et la Syrie

Des soldats israéliens lors d'un entraînement militaire sur le plateau du Golan, près de la frontière avec la Syrie, le 21 février 2017 (AFP/Archives / JALAA MAREY)
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Des soldats israéliens lors d’un entraînement militaire sur le plateau du Golan, près de la frontière avec la Syrie, le 21 février 2017 (AFP/Archives / JALAA MAREY)

Israël et la Syrie ont connu dans la nuit de jeudi à vendredi leur plus sérieux accrochage depuis 2011, avec des raids sur le territoire syrien, une riposte anti-aérienne et l’interception d’un missile en direction du territoire israélien.

L’armée syrienne a affirmé avoir abattu l’un des avions israéliens et en avoir atteint un deuxième, ce qu’Israël a réfuté.

Cette riposte syrienne pourrait refléter une attitude plus agressive du régime de Bachar al-Assad, conforté récemment par la prise d’Alep et le soutien continu de la Russie, face aux raids régulièrement menés par Israël, estiment des experts israéliens.

Quatre avions israéliens « sont entrés dans l’espace aérien (syrien) à 02H40 (00H40 GMT) via le territoire libanais et ont atteint une cible militaire près de Palmyre », dans le centre de la Syrie, a indiqué l’armée syrienne citée par l’agence officielle Sana.

« Notre défense aérienne a abattu un appareil, touché un autre et forcé les autres à fuir », a-t-elle dit.

L’armée israélienne a démenti. « La sécurité de civils israéliens ou de l’appareil de l’aviation israélienne n’a à aucun moment été menacée », a-t-elle affirmé.

L’armée israélienne a fait état de plusieurs tirs de missiles anti-aériens, dont l’un a été intercepté par le système israélien de défense anti-aérienne.

Ce missile visait un avion déjà dans l’espace israélien de retour de sa mission, ont indiqué des médias israéliens. Il aurait été abattu par le système Arrow, ce qui serait l’un des tout premiers cas d’usage opérationnel d’Arrow.

L’armée israélienne n’a confirmé ni la localisation de l’interception, ni l’armement employé.

Les sirènes d’alerte se sont déclenchées dans plusieurs localités israéliennes de la vallée du Jourdain, qui sépare Israël de la Jordanie et remonte en direction de la Syrie. Des témoins ont fait état de deux explosions qui pourraient évoquer l’entrée en action du système antimissiles.

Des débris de missiles sont retombés à Irbid, dans le nord de la Jordanie, a indiqué l’armée jordanienne.

Présence iranienne

Cet incident est le plus sérieux entre Israël et son voisin syrien depuis le début de la guerre civile en 2011.

Les deux pays restent officiellement en état de guerre depuis des dizaines d’années. Les relations sont d’autant plus tendues que le régime syrien est soutenu dans sa bataille contre les rebelles par le mouvement chiite libanais Hezbollah et l’Iran, deux grands ennemis d’Israël.

Tout en veillant à ne pas être aspiré dans le conflit du pays voisin, Israël a frappé à plusieurs reprises sur le territoire syrien.

Il est cependant exceptionnel qu’Israël confirme sur le coup de tels raids. En avril 2016, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait admis qu’Israël avait attaqué des dizaines de convois d’armes destinés au Hezbollah.

Israël a aussi régulièrement pris pour cible des positions syriennes sur le plateau du Golan en réponse à des tirs présumés perdus provenant du conflit de l’autre côté de la ligne de démarcation.

Israël a annexé en 1981 la partie du Golan (1.200 km2) qu’il occupait depuis 1967 et la guerre des Six Jours. Cette annexion n’est pas reconnue par la communauté internationale.

Israël suit avec la plus grande attention l’évolution du conflit syrien. M. Netanyahu a exprimé à plusieurs reprises son souci que l’Iran, soutien du Hezbollah, non seulement ne poursuive le transfert d’armements sophistiqués à son allié, mais n’ouvre graduellement un front près du territoire israélien.

Assaf Orion, expert à l’Institut pour les études de sécurité nationale, a vu dans la riposte syrienne de la nuit un changement « significatif ».

Le régime syrien se contentait jusqu’alors de ripostes dérisoires. Mais, renforcé par l’évolution de la guerre civile en sa faveur et l’aide russe, le président Assad « dit à Israël: +ne me cherchez pas, je ne suis plus aussi faible qu’avant+ », estime Assaf Orion.