Torture: les propos de Trump «glacent le sang», déclare un expert de l’ONU

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Les tortures par l’eau, des techniques de torture qui datent de fort longtemps, sont centrées sur l’idée de faire suffoquer la victime. Son statut de torture est aujourd’hui officiellement reconnu (WikiC)

Les déclarations de Donald Trump en faveur de la torture «glacent le sang» et posent un problème majeur vis-à-vis du respect du droit international, a indiqué vendredi le Rapporteur de l’ONU sur cette thématique, le Britannique Ben Emmerson.

«Entendre le président Trump, les premiers jours après son investiture, chanter les vertus de la torture comme étant une arme dans la lutte contre le terrorisme et confirmer sa volonté personnelle d’autoriser l’usage de la torture si on le lui demandait, glace le sang», a déclaré M. Emmerson devant le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU.

«Cela montre un niveau ahurissant de manque de préparation pour gouverner», a-t-il ajouté, accusant le président américain de vouloir réintroduire la torture pour des raisons «populistes».

M. Emmerson présentait son dernier rapport au Conseil, son mandat s’achevant en juin.

La simulation de noyade, méthode largement considérée comme de la torture, a été pratiquée par la CIA dans ses prisons secrètes contre les suspects de terrorisme pendant la présidence de George W. Bush (2001-2009).

Elle a été interdite par le président Barack Obama, mais Donald Trump s’est déclaré avant son élection favorable à son rétablissement, estimant que la « torture marche ».

Sur la chaîne de télévision ABC, il s’est dit en janvier convaincu de son efficacité. «Quand l’État islamique fait des choses que personne n’a faites depuis le moyen-âge, est-ce que je peux m’opposer à la simulation de noyade ? Il faut combattre le feu par le feu», avait-il dit.

Face à la levée de boucliers, Donald Trump a assuré qu’il suivrait l’avis de son ministre de la Défense et du chef de la CIA.

Lors du débat devant le Conseil des droits de l’homme jeudi, les États-Unis, par la voix d’Erin Barclay, du Secrétaire d’État, ont rappelé que «l’interdiction de la torture fait partie intégrante de notre Constitution».

Mais pour M. Emmerson, les propos de Donald Trump ont «établi un précédent»: «C’est la première fois qu’un chef d’État démocratiquement élu défend la torture ».

«La déclaration [de Donald Trump]peu importe si elle est appliquée ou pas, porte atteinte à l’interdiction internationale de la torture et augmente le risque que des suspects soient torturés», a-t-il estimé, lors d’un point de presse.

Le secrétaire d’Etat américain décrié pour son silence sur les droits de l’homme

Par ailleurs, le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson a été décrié vendredi pour avoir snobé la publication du rapport annuel mondial sur les droits de l’homme de son ministère des Affaires étrangères.

Sur le fond, malgré des inquiétudes sur ce que fera le président Donald Trump pour défendre les droits humains sur la planète, ce panorama du département d’État dans 199 pays tape, comme chaque année, sur les bêtes noires habituelles de l’Amérique: Corée du Nord, Chine, Russie, Iran ou Cuba.

Mais sur la forme, le très discret secrétaire d’État, qui a très peu parlé en public depuis sa prise de fonction le 2 février, n’a pas présenté ce rapport en personne devant la presse et à la télévision. Une rupture avec 25 années de tradition pour les ministres des Affaires étrangères successifs de l’influent département d’État.

Pour ce premier rapport de l’ère Trump-Tillerson -même si les faits concernent 2016 et ont été compilés et analysés par l’administration de Barack Obama- la publication a été très discrète. Pas d’allocution du secrétaire d’État, ni de conférence de presse de son adjoint chargé des droits de l’homme.

Cette somme sur les droits de l’homme est pourtant l’un des grands rendez-vous institutionnels de la diplomatie américaine, comme ses rapports sur les libertés religieuses, la traite des êtres humains ou sur le terrorisme, et une déclaration solennelle du ministre y ajoute du poids et du symbole. Les pays visés par les critiques américaines réagissent d’ailleurs toujours vivement.

Cette année, M. Tillerson s’est contenté de parapher la préface du rapport où il assure que « promouvoir les droits de l’homme et la gouvernance démocratique représente un élément fondamental de la politique étrangère des États-Unis ».

« Nos valeurs équivalent à nos intérêts lorsqu’il s’agit des droits de l’homme », écrit l’ancien PDG du pétrolier ExxonMobil, soulignant « l’engagement » de Washington envers « la liberté et la démocratie ».

Cela n’a pas suffi au sénateur républicain Marco Rubio, pourtant un soutien de l’administration Trump, ni aux défenseurs des droits de l’homme. M. Rubio a critiqué dans un tweet l’absence de M. Tillerson, « une première depuis longtemps ».

L’ancien secrétaire d’État adjoint aux droits de l’homme Tom Malinowski a rappelé sur Twitter que « tous les secrétaires d’État depuis au moins Warren Christopher (1993-1997) avaient publié en personne les rapports sur les droits de l’homme ». « MIA Tillerson (Ndlr: « Missing in action », ou « Porté disparu ») – Mauvais pour lui et pour le pays », a dénoncé l’ancien diplomate.

Le président de l’organisation américaine Human Rights Watch, Kenneth Roth, s’est lui demandé si « Tillerson n’avait pas échappé au rapport du département d’Etat pour éviter d’avoir à répondre à des questions sur Trump ».

De fait, l’opposition démocrate et des défenseurs des droits de l’homme aux Etats-Unis et à l’étranger s’alarment des intentions du nouveau président en la matière.

Quant au contenu du rapport, le département d’Etat n’innove pas cette année.

Sous les ministres Hillary Clinton ou John Kerry, leurs diplomates synthétisaient l’évolution de l’état des droits de l’homme dans le monde. En 2014 et 2015, Washington avait ainsi dénoncé les violations par des « acteurs non étatiques » comme les groupes djihadistes.

Pour 2016, les États-Unis s’en prennent à leurs cibles favorites.

Washington dénonce la Chine, « régime autoritaire », pour la « répression » de la société civile, la Russie pour l' »annexion de la Crimée » et des actes de « torture » sur des « prisonniers politiques ».

La Corée du Nord est condamnée pour des « exécutions extrajudiciaires » et le « travail forcé ». L’Iran est décrié pour de « graves restrictions aux libertés publiques », l’Arabie saoudite, pourtant proche de Washington, est critiquée pour empêcher ses ressortissants de « choisir leur gouvernement ».

Nouvel entrant dans l’édition 2016, l’allié philippin en raison des « exécutions extrajudiciaires » de la guerre antidrogue du président Rodrigo Duterte.

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