Turquie: réunion militaire au sommet avec Washington et Moscou

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Les trois chefs d’état-major, le Turc Hulusi Akar (C), l’Américain Joseph Dunford (G) et le Russe Valery Gerasimov le 7 mars 2017 à Antalya, en Turquie. (Turkish military press office)

Les chefs d’état-major turc, américain et russe ont examiné mardi en Turquie les moyens d’améliorer leur coordination en Syrie afin d’éviter des affrontements entre les forces rivales que leurs pays appuient contre le groupe Etat islamique (EI).

Cette réunion trilatérale exceptionnelle survient alors qu’Ankara s’oppose à la participation aux opérations de milices kurdes soutenues par Washington, au moment où l’EI recule face à la coalition antijihadiste et aux forces prorusses.

Les tensions se cristallisent autour de la ville syrienne de Minbej, d’où la Turquie veut chasser les milices kurdes YPG, mais dans les environs de laquelle les Etats-Unis ont déployé des militaires et la Russie a envoyé des véhicules de transport blindés.

Les trois chefs militaires, le Turc Hulusi Akar, l’Américain Joseph Dunford et le Russe Valéri Guerassimov se sont réunis mardi à Antalya (sud de la Turquie) et devaient se revoir mercredi, a indiqué le Premier ministre turc Binali Yildirim.

« Nous avons besoin de bien nous coordonner, car il y a de nombreux pays là-bas (en Syrie) (…) S’il n’y a pas cette coordination, il pourrait y avoir un risque d’affrontement indésirable », a déclaré M. Yildirim.

« C’est le but de cette réunion: éviter, pendant que la lutte contre le terrorisme se poursuit, que les différentes parties interfèrent avec les opérations des autres, et s’assurer que des incidents regrettables ne se produisent pas », a ajouté le chef du gouvernement turc.

Ce risque est réel: Moscou soutient le président syrien Bachar al-Assad, que les rebelles soutenus par Ankara cherchent à renverser, tandis que Washington appuie des milices kurdes honnies par la Turquie.

Or, toutes ces forces combattent les jihadistes en Syrie et un affrontement entre ces factions rivales pourrait nuire à la lutte contre l’EI, au moment où le groupe ultraradical est sur la défensive.

Priorité à l’EI

Cette réunion trilatérale intervient à trois jours d’un déplacement du président turc Recep Tayyip Erdogan en Russie, où il doit rencontrer son homologue Vladimir Poutine, dont les deux pays se sont récemment rapprochés sur le dossier syrien.

La Turquie a lancé fin août une vaste offensive dans le nord de la Syrie, chassant l’EI de plusieurs villes. Mais son opération vise également à repousser les YPG, qu’elle considère comme l’extension des séparatistes kurdes turcs du PKK, une organisation « terroriste » pour Ankara et ses alliés occidentaux.

Ankara a menacé à plusieurs reprises de lancer une offensive contre Minbej, aux mains des Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition arabo-kurde dont font partie les milices YPG, si les combattants kurdes ne s’en retiraient pas.

Mais Washington y a déployé lundi des soldats de manière ostensible pour prévenir tout affrontement entre les forces en présence. « Nous voulons dissuader les parties d’attaquer tout autre ennemi que le groupe Etat islamique », a souligné le porte-parole du Pentagone Jeff Davis.

Pour Washington, les FDS représentent les forces combattantes locales les plus efficaces pour affronter au sol l’EI, alors que se profile une vaste offensive contre la « capitale » autoproclamée de l’EI, Raqa.

Les FDS, appuyées par l’aviation de la coalition internationale emmenée par les Etats-Unis, ont ainsi coupé lundi l’axe de ravitaillement des jihadistes entre Raqa et Deir Ezzor, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

La Turquie a d’ores et déjà fait savoir qu’elle ne participerait pas à une offensive contre Raqa si les YPG y étaient associées et propose aux Etats-Unis de s’appuyer sur un contingent de quelque 10.000 rebelles syriens arabes entraînés par Ankara.

« On ne peut annihiler une organisation terroriste avec une autre organisation terroriste », a insisté le Premier ministre Yildirim mardi.

La réunion trilatérale survient également alors que les forces irakiennes soutenues par la coalition internationale antijihadiste progressent dans l’ouest de Mossoul, bastion de l’EI dans le nord de l’Irak.

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