Le regard d’un français sur la vie citoyenne et militaire canadienne

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M. Miara, un français impliqué dans la communauté militaire de la région, raconte l’histoire de son père, qui fut admiratif de l’action des Canadiens lors du débarquement de juin 1944. (45e Nord/Thalia Cohen Bacry)

Le parcours étonnant d’un homme et de sa famille, qui a abouti à son implication dans la vie militaire de la région. Français d’origine, cela fait une dizaine d’années que Monsieur Jean-Paul Miara et sa conjointe Madame Marie-Claude Battaglia voyagent au Québec. Il y a quelques années ils se sont installés à Shawinigan en Mauricie pour y passer plusieurs mois par an.

Le couple s’est rapidement intégré dans la vie quotidienne québécoise, malgré certaines différences notables dans les modes de vie des un et des autres. En effet, les québécois ont aussi adopté certaines traditions françaises, telles que « la fête des voisins » comme le dit M. Miara.

« Nous avons bouleversé leur communauté, » explique-t-il, « Nous avons une dynamique qui nous permet de mettre en commun nos différentes expertises. »

Les québécois les ont aussi fait intensément participer à la vie canadienne/québécoise au travers du bénévolat, de camping d’hiver, de la construction d’une yourte, de scoutisme, d’une compétition de rabaska de la Tuque à Trois-Rivières, et ainsi de suite.

M. Jean Paul Miara et sa femme Marie-Claude Battaglia ont donc eu une intégration réussie et se sentent Shawiniganais de cœur.

Implication dans la vie militaire

L’implication récente de M. Miara dans la vie militaire de la région a commencé le jour où il a observé deux canons d’artillerie dans la ville de Shawinigan.

De fil en aiguille, il a découvert que le 62e Régiment d’artillerie de campagne (RAC) basé à Shawinigan avait participé au débarquement de juin 1944 en France.

Son père, Prosper Miara, était artilleur dans la 2e Division Blindée (2DB) du Général Leclerc durant la Seconde Guerre mondiale et a débarqué juste derrière les canadiens à Juno Beach.

Son frère et lui ont alors décidé de créer une fondation, la Bourse Prosper Miara, pour rendre hommage à leur père afin de “rester en ligne avec ses idéaux,” souligne M. Miara.

Ainsi, une bourse de 500$ à été attribuée pour la première fois en décembre dernier à deux étudiantes-militaires, Laurie Cloutier et Joanie Trudel-Mongrain, respectivement membres de la batterie de fanfare et artilleur.

M. Miara explique l’importance de ces bourses non seulement pour soutenir les membres du manège militaire mais aussi “pour encourager l’éducation” de jeunes qui poursuivent des études post-secondaires.

Petit à petit, cette très généreuse contribution aux jeunes réservistes lui a permis de découvrir un autre aspect de la société Shawiniganaise, celle de la communauté militaire.

Depuis, M. Miara a été invité à un repas par la 34e Division et les soldats et le commandant du 62e RAC l’ont invité à un exercice au gymnase ainsi qu’à une répétition de la fanfare.

Cette bourse et l’implication grandissante de M. Miara dans le domaine militaire sont un moyen pour lui de faire vivre la mémoire de son père, lequel n’a jamais oublié la contribution très importante du Canada lors de la Seconde Guerre mondiale et les lourdes pertes humaines que le pays a subi.

Par ce geste, Jean-Paul Miara a souhaité honorer la mémoire de son père et des canadiens tombés sur les plages de Normandie. D’après lui, c’est tout simplement « la reconnaissance d’un patriote français à des gens qui ont donné leur vie pour la France et qui n’étaient pas français. »

Le débarquement vu par un français

Prosper Miara a foulé le sol français trois semaines après le débarquement du 6 juin 1944. Alors membre de la 2DB il racontera à ses enfants ses souvenirs des gilets de sauvetage et des corps gisant encore sur le terrain, mais surtout du « génie logistique des canadiens, qui étaient de grands bricoleurs et de véritables ‘démerdards’ (sic) d’après lui, » raconte son fils, « et qui étaient capable de tout fabriquer sur place par eux-même. »

“On parle surtout des américains lorsque l’on parle de la libération de la France au mains des Allemands, » dit M. Miara, « la vérité, et il faut l’admettre, c’est qu’à Juno s’était surtout une libération Commonwealth (R-U, Canada, Australie) et non pas française.”

Ce sont donc les américains, les anglais, les australiens, et les canadiens qui ont débarqué en premier en Normandie, Juno étant la plage conquise par les troupes ‘Commonwealth’.

M. Miara, qui a le don de la narration, nous fait entrer de plein pied dans les événements de cette époque: « Le plus grand regret du Général Leclerc fut que les français n’aient pas pu être les premiers à libérer la France. Il avait donc demandé aux É-U de laisser rentrer la 2eDB à Paris et à Strasbourg. »

Cette course contre la montre se terminera au Nid d’aigle de Berchtesgaden, le bureau d’Hitler. Prosper Miara et quelques camarades furent désignés pour y entrer.

Prosper Miara a alors eu droit à une prise de guerre, il choisit un cadre contenant une gravure d’un paysage bucolique, qui est maintenant adotée d’un tampon de la 2eDB et de la croix de Lorraine.

Devenu adjudant-chef à la fin de la guerre, Prosper Miara est ensuite démobilisé en Algérie en 1945-46. Il serait resté militaire mais étant juif et l’antisémitisme étant fort dans la société française à cette époque, il est mis à l’écart. En effet, les autorités doutaient de sa loyauté quand au poste qu’il aurait occupé et qui aurait pu consister à taper des notes confidentielles sur ses “coreligionnaires juifs”.

Pour son fils, cette déception l’a aidé et lui a donné la force « d’un homme qui n’a jamais mis les pieds à terre. »

Prosper Miara n’a pas eu la Légion d’honneur, notamment par son refus de participer au peloton d’execution de deux déserteurs français, mais aussi parce que l’armée française n’a jamais pu mettre sa religion judaïque de côté pour le traiter comme un soldat. Prosper Miara a reçu la croix de guerre militaire en 1993.

Prosper Miara a publié « ma vie » (2009) qui revient sur ses expériences et les évènements historiques auxquels il a participé.

L’histoire de cet homme met en relief l’antisémitisme de l’époque, même après la seconde guerre et la réalité des camps de concentration. Une prise de conscience qui n’aura lieu qu’à la fin des années 70.

C’est aussi celle de la vie d’un homme en paix avec lui même qui avait pour devise: “il est tellement facile de faire du mal, alors si tu le peux, prend l’effort de faire du bien.”

Jeune diplômée de l’Université de Colombie-Britannique en Histoire et Relations Internationales, Thalia est intéressée par les conflits internationaux, la sécurité nationale, et spécifiquement les stratégies liées à l’antiterrorisme.

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