Un homme abattu après avoir attaqué des militaires de l’op Sentinelle à l’aéroport de Paris-Orly

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Patrouille dans Paris. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Remis à jour le 18/03/2017 à 17H40

Un homme connu des services français de police et de renseignement a attaqué samedi matin une patrouille militaire à l’aéroport parisien d’Orly, avant d’être abattu. Ce que l’on sait de cette attaque, objet d’une enquête du parquet antiterroriste.
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Mise à jour 19/03/2017 à 20h21

L’homme qui a attaqué une patrouille militaire samedi à l’aéroport parisien d’Orly avant d’être abattu était sous l’emprise de l’alcool et de stupéfiants, a-t-on appris dimanche soir de source judiciaire.

« Les analyses toxicologiques réalisées ce dimanche ont mis en évidence un taux d’alcoolémie de 0,93 gramme par litre de sang et la présence de cannabis et de cocaïne », a détaillé cette source. Ziyed Ben Belgacem, un Français de 39 ans, braqueur multirécidiviste, avait été condamné en 2009 pour trafic de stupéfiants.

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Samedi matin vers 06H55 (05h55 GMT), un homme tire sur trois policiers au cours d’un contrôle routier à Garges-lès-Gonesse, au nord de Paris, blessant légèrement l’un d’entre eux à la tête avec un pistolet à grenailles.

Il roule ensuite pendant une trentaine de kilomètres jusqu’à un bar de Vitry-sur-Seine où il a ses habitudes, met en joue des clients et ouvre le feu avec son arme sans faire de blessés. Puis il repart, abandonne quelques kilomètres plus loin sa voiture, en vole une autre, et se rend à l’aéroport d’Orly, situé à une dizaine de kilomètres.

Le procureur de Paris François Molins a à cet égard évoqué « une sorte de fuite en avant avec un processus de plus en plus destructeur qui va visiblement crescendo (…) avec des intentions qui sont criminelles de façon très objective ».

Peu avant 08H30, au premier étage du hall A d’Orly-Sud, l’assaillant jette au sol un sac contenant un bidon d’hydrocarbures avant d’agresser une patrouille de trois soldats -deux hommes et une femme- : il attrape la militaire, la traîne sur quelques mètres et la menace avec son revolver ainsi que ses deux collègues.

« Poser vos armes. Mains sur la tête. Je suis là pour mourir par Allah. De toute façon, il va y avoir des morts », crie-t-il aux militaires, a relaté le procureur de Paris. Au terme d’une lutte « de plus de deux minutes », d’après le magistrat, avec la femme, il parvient à s’emparer de son fusil d’assaut, avant d’être abattu par les deux autres militaires, qui tirent à trois reprises.

Ils ont « ouvert le feu pour la protéger » et « protéger tout le public », a déclaré le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian.

Une opération de déminage a été réalisée mais aucun explosif n’a été découvert. Sur l’assaillant, les enquêteurs retrouvent 750 euros, un exemplaire du coran, un paquet de cigarettes et un briquet

Ce Français de 39 ans s’appelle Ziyed Ben Belgacem. Selon les premiers éléments, il est né le 14 février 1978 et résidait dans un appartement à Garges-lès-Gonesse.

L’homme était bien connu de la justice, avec un casier judiciaire comportant neuf mentions pour des faits de droit commun : il a en particulier été condamné à cinq ans de prison en 2011 pour des vols à main armée et à trois et cinq ans en 2009 pour trafic de stupéfiants.

En mars 2016, après avoir commis plusieurs vols par effraction à Paris, il avait été incarcéré pendant six mois avant d’être placé sous contrôle judiciaire. Il faisait depuis l’objet d’une interdiction de quitter le territoire.

Il était prêt à aller « jusqu’au bout »: le Français Ziyed Ben Belgacem, tué samedi à l’aéroport parisien d’Orly après avoir attaqué des militaires, était un braqueur, délinquant multirécidiviste, qui avait montré des signes de radicalisation.

Il était « là pour mourir par Allah » et promettait « des morts ». Ses derniers mots, rapportés par le procureur de la République de Paris François Molins, dessinent « un individu extrêmement violent », avec une intention terroriste, déterminé à « aller jusqu’au bout » de son « processus destructeur », selon le magistrat.

Comment ce Français de 39 ans, né à Paris, en est-il arrivé à s’attaquer à une militaire de l’opération anti-terroriste Sentinelle, à engager un long corps-à-corps avec elle et à lui dérober son fusil d’assaut, avant d’être abattu par l’un des deux autres soldats de la patrouille?

Son passé judiciaire esquisse le profil d’un délinquant chevronné, habitué des tribunaux et des séjours derrière les barreaux. Son casier porte neuf mentions : violences, outrages, recel… Et dès 2001, une condamnation à cinq ans de prison pour vol à main armée.

Ce séjour en prison n’est pas le seul. En 2009, cet homme au visage dur et aux sourcils broussailleux est condamné successivement à trois puis cinq ans d’emprisonnement pour trafic de stupéfiants.

Au cours d’un de ces séjours en détention, il laisse transparaître « des signaux de radicalisation », en 2011 et 2012, selon M. Molins. L’homme n’est pas pour autant fiché S (sûreté de l’Etat), mais son profil justifie une perquisition administrative chez lui, dans le cadre de l’état d’urgence en 2015. Sans résultat.

L’assaillant vivait au sixième étage d’un immeuble dans un quartier populaire de Garges-lès-Gonesse, en banlieue nord de Paris. Plusieurs voisins décrivent à l’AFP un homme sombre et renfermé, que nul ne connaissait réellement. Il semblait solitaire.

Nul n’avait idée de son passé carcéral, ni de son inculpation dans une affaire de cambriolage, pas plus tard qu’en mars 2016. Depuis septembre et sa dernière sortie de prison, il était sous contrôle judiciaire.

« La dernière fois que je l’ai vu, c’était il y a trois jours. Il avait l’air déterminé comme s’il voulait en découdre avec sa famille ou ses collègues. (…) Cet homme vivait recroquevillé chez lui », confie Hamid, un voisin du cinquième étage.

« Parfois on se croisait à l’ascenseur, c’est tout. Il portait des tenues de sport. (…) Il avait une tête qui faisait peur. Un petit diable vraiment », se rappelle Hatice, sa voisine de palier.

Rien ne montre à ce stade qu’il aurait effectué des séjours à l’étranger, selon le procureur de Paris, contrairement à de nombreux islamistes radicaux.

De la cocaïne a été retrouvée chez lui, et il avait ses habitudes dans un bar italo-cubain au sud de Paris. Un endroit connu pour ses nuits agitées, selon un riverain.

C’est là qu’il s’est immédiatement rendu après avoir tiré au petit matin sur un policier qui tentait de le contrôler au nord de Paris, car il roulait trop vite et tous feux éteints. Dans ce bar, il met les clients en joue avec son pistolet à grenailles et tire à nouveau, sans faire de blessés.

A ses proches, il a confié au téléphone avoir fait « des bêtises ». Engagé dans « une sorte de fuite en avant avec un processus de plus en plus destructeur qui va visiblement crescendo », selon le procureur, il vole ensuite une voiture. Direction Orly, avec sur lui un bidon d’hydrocarbures et un Coran.

Une enquête a été ouverte, notamment pour tentative d’homicide et tentative d’assassinat sur personnes dépositaires de l’autorité publique, en relation avec une entreprise terroriste, ainsi que pour association de malfaiteurs terroriste criminelle.

Les enquêteurs vont s’attacher à rechercher d’éventuelles complicités. L’homme n’était pas fiché « S » (sûreté de l’Etat). Sa radicalisation avait été toutefois repérée pendant un séjour en prison en 2011-2012, ce qui avait conduit à une perquisition administrative en 2015 « qui n’avait rien donné », d’après le procureur de Paris qui a ajouté qu’aucun séjour à l’étranger, en particulier vers la zone irako-syrienne, n’avait été pour l’instant établi.

Samedi en fin de matinée, les enquêteurs ont placé en garde à vue son père et son frère, qui se sont présentés d’eux-mêmes à la police. Ils ont affirmé que l’assaillant les avait contactés au téléphone vers 07H15, confiant « avoir fait une bêtise ». Un de ses cousins, âgé de 35 ans, qui est aussi allé spontanément au commissariat, est également en garde à vue. Il avait retrouvé l’agresseur la nuit ayant précédé les faits dans le bar de Vitry-sur-Seine.

Une perquisition a été effectuée chez Ziyed Ben Belgacem au cours de laquelle quelques grammes de cocaïne et une machette ont été retrouvés. Une autopsie doit être réalisée dimanche qui permettra notamment de déterminer si l’assaillant était sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants au moment des faits.

Près de 3.000 personnes ont été évacuées du terminal Sud d’Orly ou confinées dans le terminal Ouest voisin. Le trafic aérien a été interrompu aux alentours de 08H50.

Les témoins ont décrit une scène aussi brève que violente. « Ca a été la panique générale : les gens couraient de partout », a raconté à l’AFP Sofiane Slim, agent d’escale de la Royal Air Maroc.

Le terminal d’Orly-Ouest a rouvert ses portes vers midi, suivi de celui d’Orly-Sud vers 15H00.


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