Une Syrie exsangue entre dans sa septième année de guerre

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Des civils syriens ayant fui les quartiers est d’Alep arrivent à des postes de contrôle gérés par les forces pro-gouvernementales, le 10 décembre 2016. (Archives/AFP/George OURFALIAN)

La guerre en Syrie, qualifiée par l’ONU de « pire catastrophe provoquée par l’homme depuis la Seconde Guerre mondiale », entre mercredi dans sa septième année avec le régime de Bachar al-Assad en position de force face à des rebelles désemparés.

Six années de conflit ont fait plus de 320.000 morts, plus de 11 millions de déplacés et de réfugiés — soit la moitié de la population d’avant-guerre — et laissé en ruines l’infrastructure du pays.

Le sombre anniversaire coïncide avec un troisième cycle de pourparlers de paix sur la Syrie au Kazakhstan mais en l’absence des rebelles, laissant peu d’espoir pour une avancée notable dans le règlement du conflit.

Sur le terrain, la guerre continuait mercredi de faucher des vies: au moins neuf civils dont quatre enfants ont péri à l’aube dans des frappes aériennes sur la ville d’Idleb (nord-ouest), chef-lieu de la province éponyme contrôlée par des rebelles et des jihadistes.

On ‘veut vivre en paix’

« Mes plus beaux souvenirs de la révolution, c’est lorsque ma ville a été libérée de l’oppresseur Bachar al-Assad », affirme à l’AFP Abdallah al-Hussein, 32 ans, un joueur de foot de Saraqeb, une des villes d’Idleb.

L’étincelle de la guerre avait été allumée le 15 mars 2011 par des manifestations pacifiques après l’arrestation et la torture d’élèves soupçonnés d’avoir écrit des slogans antirégime sur les murs à Deraa (sud).

Durement réprimées, elles ont dégénéré en une rébellion armée puis en une guerre civile impliquant une myriade de forces locales, régionales et internationales.

« Quand nous avons commencé à manifester, je ne m’attendais pas à en arriver là. On pensait que ça allait se terminer en deux, trois mois, un an au plus tard », regrette Abdallah.

« Que cette guerre se termine par les armes ou pacifiquement, peu importe. Le peuple veut vivre en paix », assure-t-il.

La communauté internationale a été divisée pendant des années entre un bloc pro-régime mené par la Russie et l’Iran d’une part et un camp pro-opposition mené par les Etats-Unis, de nombreux pays européens ainsi que la Turquie et les pays du Golfe.

‘Plus comme avant’

Mais contrairement aux attentes du deuxième bloc, le régime d’Assad a renversé la donne avec l’appui indéfectible et militaire de Moscou, entrée en action en septembre 2015.

En face, la rébellion a été minée par des dissensions internes et éclipsée par la montée de groupes jihadistes brutaux comme l’Etat islamique (EI).

Elle se retrouve aujourd’hui extrêmement affaiblie et marginalisée, notamment après la perte en décembre du secteur est d’Alep, son plus important bastion.

Dans le même temps, l’opposition politique ne peut plus trop compter sur le soutien turc, après le rapprochement fin 2016 entre Moscou et Ankara –jusque-là rivaux, ni sur les Américains,l’administration américaine de Donald Trump se désintéressant des dernières négociations à Astana et Genève.

Malgré cela, « ll y a aujourd’hui une volonté internationale de mettre fin à la guerre et le peuple syrien veut une solution », affirme Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

« Mais les petites guerres vont se poursuivre et la Syrie ne reviendra plus comme avant », dit-il. Car « ce n’est pas seulement l’infrastructure qui a été détruite mais aussi le tissu social ».

Pour le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, le conflit syrien est « la pire catastrophe provoquée par l’homme depuis la Seconde Guerre mondiale ».

Pas d’impunité

Amnesty International rappelle pour sa part la nécessité de juger les criminels de guerre.

« Après six années de tourment, il n’y a aucune excuse pour laisser impunis les horribles crimes de droit international qui sont perpétrés en Syrie », affirme Samah Hadid, du bureau régional de l’ONG.

Dans un document présenté mardi au Conseil des droits de l’Homme, la commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie a dénoncé une multitude de crimes commis par les forces du gouvernement, les accusant entre autres d’avoir commis un « crime de guerre » en bombardant fin 2016 une source d’eau alimentant Damas.

Il y a deux semaines, la Commission avait dénoncé aussi l’usage par les forces syriennes dans des zones résidentielles d’armes interdites comme le chlore ou les bombes à fragmentation.

Le rapport publié mardi dénonce également les attaques indiscriminées menées par les groupes rebelles, qui tuent des civils dont de nombreux enfants dans les zones sous contrôle du gouvernement.

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